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Un travail colossal sur le château

Dossier - Guédelon : renaissance d'un château médiéval
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Thierry Darques

Depuis 20 ans, 45 « œuvriers » construisent sous vos yeux un château fort avec les techniques du XIIIe siècle, au cœur de la forêt, avec à leur disposition les matériaux nécessaires à la construction : l'eau, la pierre, la terre, le sable, le bois.

  
DossiersGuédelon : renaissance d'un château médiéval
 

L'un des buts à atteindre pour l'an VIII du chantier était d'achever le périmètre du rez-de-chaussée sur le logis seigneurial. Cet édifice de 24 mètres sur 7 mètres, adossé à la courtine Nord, abrite le grand cellier et la cuisine du château avec sa cheminée monumentale.

Chantier de la porte entre deux tours, 2017. © Clément Guérard, Guédelon - Tous droits réservés
Vue du logis seigneurial : on aperçoit au premier plan la cuisine qui sera équipée d'une cheminée, évier... et au second plan le cellier, pour le stockage des vivres. La salle du 1er étage : la aula est une salle dédiée aux cérémonies et aux grands repas. © Guédelon - Reproduction et utilisation interdites - Tous droits réservés

Logis seigneurial, le périmètre du rez-de-chaussée

Les « œuvriers » ont réalisé la porte d'entrée du cellier située sous l'escalier dit « grand degré » ; une porte remarquable qui possède deux arcs en plein cintre intérieur et extérieur et, au niveau de la feuillure, un arc surbaissé. Côté sud, le mur gouttereau est arrivé au niveau des linteaux de portes. Le mur de refend, séparant la cuisine du cellier, est à la même hauteur. Enfin, les chaînages d'angle ont raccordé le pignon est du logis à la courtine.

Passage sous escalier du logis seigneurial. © Guédelon - Reproduction et utilisation interdites - Tous droits réservés

Les courtines encadrent la tour maîtresse

Côté courtines, on prend aussi de la hauteur. Avec ses rangs de réalignement et ses chaînages, la courtine nord est désormais complètement ancrée à la tour maîtresse. À l'est, le mur de courtine épais de six pieds et demi (deux mètres) vient épauler la tour par une maçonnerie en escalier.

Vue nord-est : tour maîtresse en cours de restauration. Terminée elle fera 30 mètres. Au pied de la tour, on aperçoit la cage à écureuil (engin de levage) qui permet de monter pierres et mortier sur la tour en construction. © Guédelon - Reproduction et utilisation interdites - Tous droits réservés

La tour maîtresse jusqu'à la clé de voûte

La plus grande tour du château est désormais un chantier permanent. Pas un jour sans qu'une ou plusieurs équipes ne s'activent sur la croisée d'ogives, les arcs formerets, l'escalier rampant ou la maçonnerie de parement. Le parti a été pris de faire monter la tour en continu jusqu'à son sommet ; elle culminera alors à une centaine de pieds (environ 30 mètres). Fin 2005, la tour maîtresse était à 33 pieds (10 mètres).

Cage à écureuil au pied de la tour maîtresse. On aperçoit les pierres qui sont hissées au haut de la tour. © Guédelon - Reproduction et utilisation interdites

La chambre de tir à cinq archères est maintenant surmontée d'une voûte en croisée d'ogives verrouillées par une clé. Cet ensemble comporte 96 voussoirs et 6 culots. Voûte et voûtains achevés, on a 60 tonnes de maçonnerie en suspension ! Dans la tour maîtresse, ultime sanctuaire défensif du château, tout est en grès ferrugineux, ce qui confère une grande force à l'ensemble. Un univers exclusivement minéral, couleur de rouille.

L'escalier de la tour maîtresse, voûté en plein cintre, a été équipé d'un jour en archère qui déverse la lumière sur les marches. Un second jour en archère, orienté au sud, va éclairer la chambre de tir du rez-de-chaussée.

À la forge, on répare et on fabrique les outils

Chasses, têtus, broches, ciseaux... La grande majorité des outils de carrière et de taille sont fabriqués à la forge du chantier à partir d'un acier au carbone.

Forgeron : l'essentiel du travail du forgeron réside dans la réparation et la fabrication des outils du chantier. Il réalise également toutes les ferronneries du château : gonds, pentures. © Guédelon - Reproduction et utilisation interdites - Tous droits réservés

Le développement croissant du travail de taillanderie à Guédelon va de pair avec l'exploitation en carrière d'un grès de plus en plus dur, à mesure de la progression dans le front de taille. On passe de 15 à 20 outils usés quotidiennement en travaillant de la « paf », à 30-40 outils avec de la « pif » bleue, très dure. La forge assure également la production des gonds, pentures, clous et pointes. Par exemple, les travaillons couvrant la tuilerie ont été fixés avec 7.000 pointes forgées.

Une quarantaine de cages à écureuils par jour

Les cages à écureuils font l'unanimité sur le chantier. Grâce à elles, finies les lourdes et épuisantes manutentions de pierres et de mortier sur les échelles ou avec les palans à poulies. Une des cages, sur la courtine ouest, permet d'amener les pierres de la carrière dans la cour du château. La seconde, au pied de la courtine nord, élève les matériaux directement sur la tour maîtresse.

Cage à écureuil permettant de hisser les matériaux en haut des tours et des courtines. © Guédelon - Reproduction et utilisation interdites - Tous droits réservés

La procédure de manœuvre, en observant toutes les règles de sécurité est parfaitement au point. Les cages servent pratiquement en continu toute la journée, surtout celle de la tour maîtresse. On lui a apporté quelques modifications : on a remplacé l'ancien bras de levage par une potence à poulie fixée sur boulins. Ce principe permet de travailler plus haut que le bras de levage, en gardant la même structure jusqu'au sommet de la tour. On a également amélioré la sécurité sur la zone de réception des matériaux par l'ajout de garde-corps mobiles et d'un arceau permettant de guider le béneau à l'arrivée.

Quelques chiffres étonnants

Quelques calculs éclairent fort bien l'utilité de ces cages :

  • 40 montées par jour ;
  • 150 kg de charge utile par cage soit environ 6 tonnes par jour ;
  • les marcheurs qui actionnent la roue parcourent 87 mètres par montée soit 3.500 mètres par jour (7.000 mètres en comptant la descente) ;
  • l'ascension verticale des charges représente 296 mètres par jour, presque la hauteur de la Tour Eiffel.

Le nombre de montées chaque jour, était devenu trop important pour être effectué en totalité par la même équipe de maçons et tailleurs. Dorénavant tous les membres du chantier vont passer aux cages à écureuils, limitant ainsi les montées à deux par jour et par personne. Une formule qui permet à tous de mieux percevoir les réalités techniques du travail sur le château.