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Météorites martiennes : Diderot, le compagnon de la Chassignite

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Si les 32 météorites martiennes connues sur Terre sont sans nul doute possible des pierres exceptionnelles, deux se détachent du lot, et sont plus rares que toutes les autres : ALH84001 et la Chassignite.

La météorite martienne NWA 2737, ou Diderot. (crédit : Bruno Fectay et Carine Bidaut)

ALH84001, qui se distinguait déjà par son grand âge (elle s'est effectivement formée il y a 4,5 milliards d'années, alors que toutes les autres météorites martiennes sont beaucoup plus jeunes), est devenue célèbre lorsque la NASA a annoncé avoir découvert dans ses cristaux des traces fossiles d'une vie martienne. L'affaire s'est dégonflée comme un ballon de baudruche percé, mais ALH84001 continue de faire l'objet d'intenses recherches. Quant à la seconde rareté, il s'agit de la Chassignite, notre Chassignite pourrait-on ajouter avec fierté.

© Grand - Gueules d'Humour pour Futura-Sciences

D'un point de vue historique, la Chassignite a effectivement été la première météorite martienne jamais ramassée sur Terre. Elle s'est écrasée avec fracas le 3 octobre 1815 près du village français de Chassigny sur le plateau de Langres en Haute-Marne. Comme pour marquer sa différence, la Chassignite n'a jamais cessé de se distinguer des autres météorites martiennes par une composition minéralogique bien particulière, et toutes les pierres trouvées ultérieurement ont été classées soit parmi des shergottites, soit parmi des nakhlites (à l'exception d'ALH84001, qui est décidément elle aussi une espèce à part). Ainsi, si elle est la première, la Chassignite est également la seule de sa famille. Du moins... jusqu'à aujourd'hui.

Car la Chassignite a cessé d'être unique. Deux chasseurs de météorites français, Bruno Fectay et Carine Bidaut, ont accompli l'exploit d'en dénicher une autre dans les sables de l'Afrique du nord (ce qui porte à 33 le nombre de météorites martiennes connues à ce jour). Même sans ce coup d'éclat, le palmarès de ce jeune couple était déjà stupéfiant, puisqu'ils ont découvert par le passé pas moins de six météorites martiennes, un record absolu, qui n'est pas près d'être battu. Pour eux, la Chassignite est un peu le joyau de la couronne, et ces passionnés possèdent aujourd'hui des spécimens appartenant aux trois grandes familles de météorites martiennes.

© Fil - Gueules d'Humour pour Futura-Sciences

Pesant environ 600 grammes, la chassignite se présente sous la forme de plusieurs fragments très sombres. Si des analyses sont actuellement réalisées par plusieurs équipes de part le monde, il est clair que la pierre présente des caractéristiques hors du commun. Sa couleur noirâtre est inhabituelle pour une roche volcanique constituée presque entièrement d'olivine, ce qui explique que sa nature n'ait pas été immédiatement reconnue. La pierre avait effectivement été rangée avec d'innombrables roches à l'origine météoritique douteuse, et abandonnée dans un coin. D'après les premières analyses, il semble que la pierre ait été exposée à des pressions considérables, qui sont parvenues à "voiler" l'olivine et à la transformer en un verre sombre.

La petite merveille a été affublée du sigle barbare de NWA 2737. Si ce code est le seul à être reconnu par la Meteoritical Society (seul organisme habilité à cataloguer les météorites), les scientifiques l'ont baptisé Diderot. Un bel hommage à cet encyclopédiste français qui est née à Langres, lieu de découverte de la première chassignite, et par la même de la première météorite martienne. Si elles représentent une manne financière propre à susciter bien des convoitises, les 7 météorites martiennes découvertes par Bruno Fectay et Carine Bidaut sont aussi une belle aubaine pour les scientifiques français et européens, qui disposent ainsi d'un matériau hors du commun pour tenter de percer les secrets de la planète rouge.

© Alexis - Gueules d'Humour pour Futura-Sciences

La collecte de météorites martiennes a effectivement longtemps été la chasse gardée de la NASA et des Etats-Unis. Très coûteuses, les campagnes de collecte en Antarctique (qui fournissent la majorité des pierres martiennes) ne peuvent être conduites que par des pays dotés d'un budget de recherche conséquent. Grâce au travail de Bruno Fectay et Carine Bidaut, les chercheurs français peuvent désormais placer sous leurs instruments d'analyses des spécimens représentatifs des trois grandes familles de météorites martiennes, et développer ainsi une expertise qui n'a plus rien à envier à celle des américains. Nul doute que ces compétences analytiques seront mises en avant si une mission internationale de retour d'échantillons martiens voit bel et bien le jour au cours de la prochaine décennie ...

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