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Jeanne d'Arc : son ultime procès est... scientifique !

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Les vestiges présumés de Jeanne d'Arc, dont l'Association des Amis du Vieux Chinon est le dépositaire, et l'archevêché de Tours le propriétaire depuis le XVIIe siècle, sont-ils bien ceux de la « Pucelle d'Orléans » ?

La place du Vieux Marché de Rouen, où Jeanne d'Arc aurait été brûlée vive

C'est justement la question que se posent le médecin légiste Philippe Charlier et l'équipe de 18 chercheurs placés sous sa direction, qui viennent de recevoir, à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches (92), les hypothétiques cendres de Jeanne d'Arc. Analyse ADN, datation au carbone 14, microscopie, toxicologie, radiologie. C'est à l'ensemble des techniques de la médecine et de l'archéologie qu'ils comptent faire appel pour percer ce mystère.

Les reliques détenues par l'Association des Amis du Vieux Chinon sont-elles bien les cendres de Jeanne d'Arc ?

Un peu d'histoire…

Jeanne d'Arc est née en Lorraine, en 1412, dans le contexte de la guerre de Cent ans. Jusque là très simple et pieuse, la vie de la jeune fille est bouleversée quand, à l'âge de treize ans, elle entend les voix de Sainte Catherine, Sainte Marguerite, et Saint Michel, lui demander de « bouter les Anglais hors de France » et de mettre le dauphin du royaume sur le trône. C'est ainsi qu'elle gagnera Chinon, déguisée en homme, lèvera une armée, et entrera en campagne contre les anglais pour libérer Orléans.

C'est le 9 janvier 1431 que Jeanne d'Arc est accusée d'hérésie et soumise à la question, dans le château de Philippe Auguste. Et le 30 mai qu'elle est conduite sur la place du Vieux Marché de Rouen pour y être brûlée vive, puis calcinée à deux reprises. Les croyances veulent que ses cendres aient été jetées dans la Seine.

Selon le Vatican, une authenticité « probable, mais non certaine »

C'est au pied du brasier, sur lequel Jeanne d'Arc aurait péri, qu'auraient été récoltées les cendres que Philippe Charlier entend analyser. Au moment de sa béatification, le Vatican avait jugé l'authenticité de ces reliques - une côte humaine de 14 centimètres de long ceinte d'une couche anthracite, des vestiges de bûches et de corps d'animaux - « probable mais non certaine ». Dans six mois, temps nécessaire à l'étude, le voile sera enfin levé sur ce mystère.

Une datation au carbone 14 devrait permettre de déterminer l'année du décès, une analyse ADN le sexe de la victime, et l'étude des fragments de bois leur origine géographique. Mais l'indice le plus pertinent devrait être la vérification de la triple crémation à laquelle aurait été soumis le corps de Jeanne d'Arc, et qui devrait être visible sur les ossements : « Il n'y a pas eu 1 000 femmes brûlées à Rouen en 1431, notamment à trois reprises », a précisé à ce sujet Philippe Charlier.

Le docteur Philippe Charlier (Crédits : http://www.cudl-lille.fr)

Les enjeux de l'étude

Mais quel est véritablement l'objectif de cette étude, réalisée à titre gracieux ? Outre son indéniable intérêt historique, elle devrait surtout permettre aux médecins de mieux maîtriser l'ensemble des techniques de la médecine légale, et d'affiner les diagnostics apportés par la mise en commun de ces techniques, telles la macroscopie, la toxicologie, la radiologie et l'analyse ADN : « Pour nous, c'est juste une occasion de tester des méthodes médico-légales et scientifiques en général sur des restes humains anciens, dans le contexte des méthodes qui vont être utilisées a posteriori sur des restes beaucoup plus récents ». Et le professeur d'ajouter que l'étude n'est pas d'ordre politique ou religieuse, mais strictement médical, et consiste à « vérifier si c'est un faisceau d'arguments tellement fins, tellement rapprochés, qu'on atteint quasiment la certitude que c'est bien Jeanne d'Arc ».

Reste qu'au printemps dernier, le docteur Philippe Charlier avait déjà fait sensation en annonçant avoir découvert que la cause du décès d'Agnès Sorel, maîtresse de Charles VII, était une intoxication au mercure. Comme quoi, quand la médecine avance vers l'avenir, le passé rattrape le présent...

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