Une fois encore, Soho a été témoin d’une comète rasant la surface du Soleil. En vingt ans, l'observatoire spatial en a vu des milliers mais celle-ci est l’une des plus brillantes. L'astre chevelu semble ne pas avoir survécu à cette visite trop rapprochée et le coronographe a pu filmer son dernier plongeon à deux millions de kilomètres à l'heure. Un joli cadeau pour ce soir de Nuit des étoiles...
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[EN VIDÉO] La comète Ison frôlant le Soleil, vue par Soho Saisie par l'observatoire spatial Soho, la comète Ison fonce vers le Soleil, entre le 26 et le 27 novembre 2013. Sa trajectoire la fait passer très près de notre étoile, et le rayonnement solaire échauffe la glace qui forme un superbe panache derrière elle. © Nasa

Le 2 décembre 2015, SohoSoho (Solar and Heliospheric Observatory) fêtait le 20e anniversaire de son lancement. Voilà deux décennies que le vénérable satellite observe sans relâche notre étoile dans plusieurs longueurs d'ondelongueurs d'onde. Depuis sa position, entre la TerreTerre et le SoleilSoleil, à 1,5 million de kilomètres (au point de Lagrangepoint de Lagrange L1), il a ainsi pu être témoin de quasiment deux cycles d'activité et aussi du passage d'innombrables comètes.

En 2011, elles étaient plus de 2.000 repérées lors de leur incursion dans le champ des coronographes de Soho (Lasco C2 et Lasco C3), faisant pour certaines du rase-motte -- en anglais, sungrazing comets --, et il y a un an, en septembre 2015, 3.000 étaient recensées ! Les chercheurs de la mission sont très reconnaissants envers les « scientifiques citoyens » qui consultent jour après jour les images du satellite car c'est à eux qu'ils doivent la découverte d'environ 95 % de ces astres glacés (à voir en vidéo, une animation montrant leurs orbitesorbites et leurs familles respectives).

Parmi toutes ces comètes, il y a pas mal de cas de suicide : elles sont surprises en train de se jeter dans la fournaise solaire. Beaucoup aussi sont blessées ou brisées par leur survolsurvol trop rapproché et ne s'en remettent pas. Telle la comète Ison, un exemple plus célèbre que d'autres car celle-ci était pressentie pour être la « comètecomète du siècle » en 2013. Or, elle n'a pas survécu à son premier passage près du Soleil.

Les comètes ne sont donc pas rares à rendre visite à notre étoile, foyerfoyer du Système solaireSystème solaire. Et pas plus tard qu'en ce début août 2016, un nouveau cas s'est fait remarquer. L'un des plus lumineux.


En vidéo, le plongeon final de la comète vu dans le champ du coronographe Lasco C2. Le cercle blanc indique la véritable taille du Soleil. © Esa, Nasa, Soho, Joy Ng

Un des objets les plus rapides du Système solaire

Cette nouvelle comète repérée le 2 août lors de son entrée dans le champ large du coronographecoronographe Lasco C3 est devenue l'une des plus impressionnantes, de par sa luminositéluminosité, qu'il fut donné de voir aux scientifiques de la mission. À mesure qu'elle s'approchait du Soleil, sa vitessevitesse n'a cessé d'augmenter pour dépasser 2 millions de km/h en fin de parcours. Elle fut alors probablement l'un des objets le plus rapide du Système solaire. Malheureusement, elle n'a pas survécu à ce frôlement de l'astreastre solaire, au contraire par exemple de C/2011 W3 Lovejoy, en décembre 2011. Ses puissantes forces de maréeforces de marée et son rayonnement ont en effet eu raison d'elle. Elle s'est brûlée les ailes...

Pour les chercheurs, tout indique qu'elle appartenait à la famille dite de Kreutz, du nom de l'astronomeastronome allemand Heinrich Kreutz, lequel s'est intéressé à la grande comète de septembre 1882. Celle-ci devint soudainement très lumineuse, jusqu'à cent fois plus que la LuneLune, si bien qu'elle fut visible en plein jour. Plusieurs autres cas spectaculaires partageant les mêmes paramètres orbitaux ont été observés, telles la comète Ikeya-Sekicomète Ikeya-Seki de 1965, la comète Lovejoycomète Lovejoy (2011) ou, plus ancienne, celle de 1680. Elles empruntent toutes le même chemin et rasent le Soleil, si bien que les astronomes leur soupçonnent une origine commune : une grande comète de plusieurs dizaines ou centaines de kilomètres qui se serait fragmentée en de nombreux petits morceaux... Le principal suspect est X/1106 C1, observé en l'an 1106. Sa taille est estimée à 100 km. Après s'être brisée en deux, l'une des parties est peut-être le parent de celle de 1882. L'enquête continue.