Ce magnifique cliché révèle toute la beauté de la galaxie NGC 5128. Barre de poussière, coquille d'étoiles, galaxies très lointaines tout autour, rien ne manque sur cette image qui représente la somme de plus de 20 heures de poses avec un télescope de 35 centimètres de diamètre. Crédit K. Crawford

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Restes de cannibalisme dans le Centaure

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Connue également sous le nom de Centaurus A, NGC 5128 est la galaxie active la plus proche de nous, fruit de la rencontre passée entre une galaxie elliptique et une spirale. Quelques années après les astronomes professionnels, un amateur a photographié pour la première fois les preuves de cette collision galactique.

La constellation australe du Centaure héberge une somptueuse galaxie. A 11 millions d'années-lumière de nous, NGC 5128 est la cinquième galaxie la plus brillante du ciel. Elle fut découverte par James Dunlop en 1826, mais c'est en 1847 que John Herschel remarqua que cette galaxie elliptique était traversée par une bande de poussière sombre. Cette particularité fit rentrer NGC 5128 dans l'Atlas of Peculiar Galaxies réalisé en 1966 par l'astronome Halton Arp, un recueil de 338 galaxies particulières.

Le centre de cette galaxie est occupé par un trou noir supermassif de plusieurs centaines de millions de masses solaires (certains astronomes avancent le chiffre d'un milliard de masses solaires) dont l'activité se traduit par de puissants rayonnements X et gamma, ainsi que par la présence de deux jets radio symétriques très importants.

Sur ce gros plan de NGC 5128, un arc bleuté trahit la collision passée entre deux galaxies à l'origine de Centaurus A. Crédit K. Crawford

Des rides, témoins d'une ancienne collision

Dans les années 1980, on a découvert les premières traces de la fusion des deux galaxies à l'origine de NGC 5128. Cette collision, qui se serait produite il y a environ cent millions d'années, a laissé des rides autour de la galaxie, un peu comme les ondes qui se propagent sur la surface de l'eau quand on y jette une pierre. On a d'abord pensé que ces rides n'étaient constituées que de jeunes étoiles bleues. En 2000, des observations conduites avec un radiotélescope de 15 mètres de diamètre par une équipe d'astronomes de l'Observatoire de Paris ont montré que ces rides, appelées aussi coquilles d'étoiles, étaient également constituées de grands nuages de gaz moléculaire. L'an passé, l'Atacama Pathfinder Experiment (Apex) a fourni aux astronomes de l'Eso de nouvelles données pour affiner le portrait de Centaurus A.

Les traces de la rencontre des deux galaxies à l'origine de NGC 5128 sont très ténues. Il aura fallu toute la dextérité de l'astronome amateur Ken Crawford pour les révéler. Utilisant à distance un télescope de 35 centimètres de diamètre situé au Riverland Dingo Observatory dans le sud de l'Australie, Ken Crawford a cumulé plus de 20 heures de poses avec une caméra CCD et différents filtres. L'image finale révèle la galaxie dans toute sa splendeur avec à sa périphérie un filet bleuté long d'un millier d'années-lumière. Un arc identifié désormais comme un reste de cannibalisme galactique. Pour Eric Peng, diplômé de l'Université Johns Hopkins, « il s'agit là d'une nouvelle preuve que les halos de galaxies elliptiques sont bien constitués à partir de l'accrétion d'une ou plusieurs galaxies satellites. L'étude de ces halos est intéressante car ils évoluent très lentement et gardent les traces de la formation des galaxies ».

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