En observant une radiographieradiographie du crânecrâne de Toutankhamon, Bob Brier, spécialiste des momies à l'université de Long Island, a noté un caillotcaillot de sang calcifié situé à sa base. La radiographie montre qu'un petit bout d'os flotte dans la boîte crânienneboîte crânienne, et la tache sombre observée pourrait correspondre à un hématome. Ce dernier se serait formé à la suite d'un coup donné à l'aide d'un objet contondant qui aurait causé la mort de Toutankhamon.

Masque funéraire de Toutankhamon. © Mykreeve<em>, Wikimedia commons,</em> CC 3.0
Masque funéraire de Toutankhamon. © Mykreeve, Wikimedia commons, CC 3.0

Douglas Derry, professeur à l'université du Caire, a trouvé des traces d'humidité sur le linceul enveloppant Toutankhamon, ce qui montre que le corps du souverain était humide au moment de l'embaumement, ce qui est contraire aux procédés habituels. La momification consiste en effet à dessécher le corps afin de l'empêcher de se décomposer. Donc, selon lui, Toutankhamon a été tué, et son corps a commencé à se décomposer avant l'embaumement. Les analyses effectuées au scannerscanner par le neurologue Ernest Rodin vont aussi dans ce sens. D'ailleurs, en 1922, Howard Carter observe que le corps et le tombeautombeau sont enduits de l'équivalent de deux seaux d'onguent (résine parfumée), que l'on a probablement appliqué afin de masquer les odeurs de la décomposition. On peut donc supposer qu'on a trouvé le corps de Toutankhamon un peu de temps après sa mort, puis qu'on l'a embaumé.

On observe également, sur les os délimitant les orbitesorbites, des fractures qui pourraient avoir été provoquées par une chute en arrière ou par un coup donné derrière la tête. Le coup aurait violemment projeté le cerveau de Toutankhamon contre les os de la face, causant ainsi les fractures (voir ci-après les objets contondants et les traces laissées sur les ossements).

Crâne de Toutankhamon. La momie de l’enfant-pharaon est toujours conservée dans la vallée des rois. © Rémi Noyon, CC by-sa 2.0
Crâne de Toutankhamon. La momie de l’enfant-pharaon est toujours conservée dans la vallée des rois. © Rémi Noyon, CC by-sa 2.0

L'analyse des radiographies faite par Richard Boyer, radiologiste à Salt Lake City, démontre que Toutankhamon souffrait de plusieurs maladies : syndromesyndrome Klippel-Feil (paralysie de la colonne cervicale), scoliosescoliose et spina bifida. Plusieurs vertèbres cervicales sont en effet fusionnées : Toutankhamon ne pouvait donc pas tourner la tête sans faire pivoter son tronc. Un coup derrière la tête lui aurait sûrement été fatal, puisqu'il n'aurait pas pu voir venir l'agresseur ni se défendre en se retournant. À cette époque, les infirmes étaient tués. Mais comme Toutankhamon était de sang royal, il a pu échapper à cette règle.

Mort de Toutankhamon : les avis scientifiques très partagés

En 2006, Zahi Hawass - anthropologue, archéologue et ancien directeur du Conseil suprême des antiquités égyptiennes auprès du gouvernement égyptien, qui a également travaillé pour la National Geographic Society - affirme que Toutankhamon n'a pas reçu de blessure derrière la tête. En effet, on n'a jamais pu observer la présence d'une fracture derrière l'oreille sur les images en trois dimensions obtenues grâce à un scanner. La momie ne porteporte donc aucune trace d'un coup fatal porté derrière la tête. Toujours selon lui, Toutankhamon est mort d'une infection de la jambe gauche, qui a rapidement été gagnée par la gangrènegangrène. À l'appui de sa thèse, le scanner révèle une fracture non cicatrisée à la jambe gauche. Cette fracture est donc survenue peu de temps avant le décès, ou encore lors des manipulations de la momie au moment de sa découverte. La mort de Toutankhamon n'est donc pas imputable à des problèmes de croissance ou à des maladies infantiles. Par ailleurs, on sait que les Égyptiens savaient faire des trépanationstrépanations et pratiquaient la chirurgie plastiqueplastique. Il est donc probable qu'ils savaient quoi faire en cas de jambe gangrenée.

Parmi ceux qui pensent que cette fracture aurait été provoquée par les manipulations de la momie lors de sa découverte en 1922, Ashraf Silim, professeur de radiologieradiologie à l'université du Caire, affirme que « de telles fractures [de la jambe] n'auraient pas pu causer la mort du pharaon, qui était jeune et vigoureux », et il impute les autres fractures - celle située derrière la tête et celles aux orbites - à Howard Carter.

Malgré les différentes études anthropologiques, les avis scientifiques sur la mort de Toutankhamon restent très partagés.

Les objets contondants et les traces laissées sur les ossements

Les objets contondants sont des objets qui ne sont ni tranchants ni piquants, par exemple une batte de baseball, un marteau ou une massue. Ils peuvent provoquer différentes lésions :

  • érosions : perte superficielle de l'épidermeépiderme due à une frictionfriction ;
  • contusions (trace de coups) : rupture de petits vaisseaux dans les tissus un peu plus profonds de la peau, avec une hémorragie dans les tissus. Cette hémorragie tissulaire est l'ecchymoseecchymose, véritable signature de la contusion ;
  • plaies contuses : rupture de la peau et lèvres de la plaie irrégulières ;
  • fractures : transversales, spiroïdes (en forme de spirale), en coin ou en aile de papillon, selon la force utilisée ;
  • embarrures : fracture de la voûte du crâne avec déplacement d'un fragment osseux ; les embarrures sont classiquement des fractures qui enfoncent les tables (table externe et table interne) des os de la voûte crânienne, provoquant des dégâts encéphaliques par un phénomène de coup et de contrecoup, ainsi que des esquilles osseuses s'enfonçant dans le parenchymeparenchyme cérébral ;
  • os enfoncés, selon la force utilisée.

Les objets contondants ont tendance à écraser les tissus du corps. L'anthropologue ne s'intéresse ni aux érosions, ni aux confusions, ni aux lacérations, mais aux lésions observées sur les os, par exemple une fracture ou un os enfoncé.