Santé

Mort de Toutânkhamon : passons aux indices

Dossier - Secrets d’ossements, les énigmes résolues par la science
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Comment les os peuvent-ils aider une enquête criminelle ? Apprenez en quoi la datation au carbone 14 ou la croissance osseuse, utilisées par les anthropologues, permettent de résoudre des énigmes comme la mort de Toutânkhamon ou des soldats de Napoléon.

  
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En observant une radiographie du crâne de Toutânkhamon, Bob Brier, spécialiste des momies à l'université de Long Island, a noté un caillot de sang calcifié situé à sa base. La radiographie montre qu'un petit bout d'os flotte dans la boîte crânienne, et la tache sombre observée pourrait correspondre à un hématome. Ce dernier se serait formé à la suite d'un coup donné à l'aide d'un objet contondant qui aurait causé la mort de Toutânkhamon.

Douglas Derry, professeur à l'université du Caire, a trouvé des traces d'humidité sur le linceul enveloppant Toutânkhamon, ce qui montre que le corps du souverain était humide au moment de l'embaumement, ce qui est contraire aux procédés habituels. La momification consiste en effet à dessécher le corps afin de l'empêcher de se décomposer. Donc, selon lui, Toutânkhamon a été tué, et son corps a commencé à se décomposer avant l'embaumement. Les analyses effectuées au scanner par le neurologue Ernest Rodin vont aussi dans ce sens. D'ailleurs, en 1922, Howard Carter observe que le corps et le tombeau sont enduits de l'équivalent de deux seaux d'onguent (résine parfumée), que l'on a probablement appliqué afin de masquer les odeurs de la décomposition. On peut donc supposer qu'on a trouvé le corps de Toutânkhamon un peu de temps après sa mort, puis qu'on l'a embaumé.

On observe également, sur les os délimitant les orbites, des fractures qui pourraient avoir été provoquées par une chute en arrière ou par un coup donné derrière la tête. Le coup aurait violemment projeté le cerveau de Toutânkhamon contre les os de la face, causant ainsi les fractures (voir ci-après les objets contondants et les traces laissées sur les ossements).

Crâne de Toutânkhamon. La momie de l’enfant-pharaon est toujours conservée dans la vallée des rois. © Rémi Noyon, cc by sa 2.0

L'analyse des radiographies faite par Richard Boyer, radiologiste à Salt Lake City, démontre que Toutânkhamon souffrait de plusieurs maladies : syndrome Klippel-Feil (paralysie de la colonne cervicale), scoliose et spina bifida. Plusieurs vertèbres cervicales sont en effet fusionnées : Toutânkhamon ne pouvait donc pas tourner la tête sans faire pivoter son tronc. Un coup derrière la tête lui aurait sûrement été fatal, puisqu'il n'aurait pas pu voir venir l'agresseur ni se défendre en se retournant. À cette époque, les infirmes étaient tués. Mais comme Toutânkhamon était de sang royal, il a pu échapper à cette règle.

En 2006, Zahi Hawass — anthropologue, archéologue et ancien directeur du Conseil suprême des antiquités égyptiennes auprès du gouvernement égyptien, qui a également travaillé pour la National Geographic Society — affirme que Toutânkhamon n'a pas reçu de blessure derrière la tête. En effet, on n'a jamais pu observer la présence d'une fracture derrière l'oreille sur les images en trois dimensions obtenues grâce à un scanner. La momie ne porte donc aucune trace d'un coup fatal porté derrière la tête. Toujours selon lui, Toutânkhamon est mort d'une infection de la jambe gauche, qui a rapidement été gagnée par la gangrène. À l'appui de sa thèse, le scanner révèle une fracture non cicatrisée à la jambe gauche. Cette fracture est donc survenue peu de temps avant le décès, ou encore lors des manipulations de la momie au moment de sa découverte. La mort de Toutânkhamon n'est donc pas imputable à des problèmes de croissance ou à des maladies infantiles. Par ailleurs, on sait que les Égyptiens savaient faire des trépanations et pratiquaient la chirurgie plastique. Il est donc probable qu'ils savaient quoi faire en cas de jambe gangrenée.

Parmi ceux qui pensent que cette fracture aurait été provoquée par les manipulations de la momie lors de sa découverte en 1922, Ashraf Silim, professeur de radiologie à l'université du Caire, affirme que « de telles fractures [de la jambe] n'auraient pas pu causer la mort du pharaon, qui était jeune et vigoureux », et il impute les autres fractures — celle située derrière la tête et celles aux orbites — à Howard Carter.

Malgré les différentes études anthropologiques, les avis scientifiques sur la mort de Toutânkhamon restent très partagés.

Les objets contondants et les traces laissées sur les ossements

Les objets contondants sont des objets qui ne sont ni tranchants ni piquants, par exemple une batte de baseball, un marteau ou une massue. Ils peuvent provoquer différentes lésions :

  • érosions : perte superficielle de l'épiderme due à une friction ;
  • contusions (trace de coups) : rupture de petits vaisseaux dans les tissus un peu plus profonds de la peau, avec une hémorragie dans les tissus. Cette hémorragie tissulaire est l'ecchymose, véritable signature de la contusion ;
  • plaies contuses : rupture de la peau et lèvres de la plaie irrégulières ;
  • fractures : transversales, spiroïdes (en forme de spirale), en coin ou en aile de papillon, selon la force utilisée ;
  • embarrures : fracture de la voûte du crâne avec déplacement d'un fragment osseux ; les embarrures sont classiquement des fractures qui enfoncent les tables (table externe et table interne) des os de la voûte crânienne, provoquant des dégâts encéphaliques par un phénomène de coup et de contrecoup, ainsi que des esquilles osseuses s'enfonçant dans le parenchyme cérébral ;
  • os enfoncés, selon la force utilisée.

Les objets contondants ont tendance à écraser les tissus du corps. L'anthropologue ne s'intéresse ni aux érosions, ni aux confusions, ni aux lacérations, mais aux lésions observées sur les os, par exemple une fracture ou un os enfoncé.