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L'énigme des taches noires dans la tombe de Toutânkhamon

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Plusieurs fresques murales du tombeau de Toutânkhamon sont couvertes de taches sombres dont l'origine est problématique. Il s'agirait des restes de champignons s'étant développés à la faveur de la tombe fermée à la hâte, sans attendre que les peintures sèchent.

Les mystérieuses taches sombres sur les fresques murales du tombeau de Toutânkhamon. © Harvard University-The J. Paul Getty Trust, 2001

Toutânkhamon n'a toujours pas livré tous ses mystères et le débat sur la cause de son décès dure encore. Né très probablement en -1345 et mort vraisemblablement en -1327, il était le onzième pharaon de la XVIIIe dynastie (Nouvel Empire). D'après des tests ADN, il est le fils du mythique Akhénaton et de sa propre sœur, et non le fils de Néfertiti cette grande épouse royale mondialement célèbre par son buste découvert dans une maison et un atelier en ruine. Trouvée en fouillant l'ancienne capitale amarnienne, Amarna, la maison semble avoir appartenu à Thoutmôsis, le sculpteur officiel présumé du pharaon Akhénaton.

Mort jeune et donc sans avoir eu l'occasion de marquer l'Histoire par des exploits lors d'un long règne, à l'instar de Ramsès II, il est pourtant le plus célèbre des pharaons. Et cela pour une raison : il est le seul dont on ait trouvé la tombe quasiment intacte. Elle avait été découverte en 1922 puis explorée pendant dix ans par l'archéologue Howard Carter. À l'époque, lui et ses collègues remarquent d'intrigantes taches noires sur plusieurs des peintures murales, sans savoir de quoi il s'agissait. Depuis quatre-vingt-neuf ans, elles ne semblent pas avoir évolué, comme le montrent des photos prises à l'époque.

Toutefois, concernées par la conservation de la tombe, les autorités égyptiennes se sont tournées vers le Getty Conservation Institute, lequel a demandé à un des microbiologistes d'Harvard et à son équipe de poser un diagnostic. Ralph Mitchell est l'auteur d'un ouvrage sur la microbiologie et l'héritage culturel, dans lequel il traite des effets des microorganismes sur la dégradation des œuvres d'arts et des documents.

Toutânkhamon, le onzième pharaon de la XVIIIe dynastie, garde encore bien des mystères. © Dalbera, Flickr CC by-2.0

La parole à la microbiologie

Combinant des techniques d'analyses chimiques et même de génomique avec du séquençage d'ADN, lui et ses collègues n'ont pas découvert de microorganismes biologiquement actifs dans les taches sombres mais ils ont bel et bien trouvé des traces chimiques laissées ordinairement par des champignons.

Pour Ralph Mitchell, l'explication est simple. Pressés pour des raisons inconnues, les constructeurs du tombeau, donc probablement les prêtres, auraient procédé à sa fermeture sur la momie de Toutânkhamon avant que les peintures des fresques murales n'aient eu le temps de sécher. La présence de nourriture et d'encens dans une tombe encore humide aurait constitué un excellent milieu pour le développement de champignons sur les parois. Mourant quelque temps plus tard dans une atmosphère finalement devenue sèche, les champignons auraient laissé les traces qui nous sont parvenues après un voyage à travers le temps de près de 3.300 ans.

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