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Histoire d’une réconciliation

Dossier - Darwin et les fossiles : histoire d'une réconciliation
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Bien qu’ils ne figurent qu’en seconde place, on constate que les fossiles ont constitué un déclencheur dans la réflexion de Darwin sur l’évolution.

  
DossiersDarwin et les fossiles : histoire d'une réconciliation
 

Dans l'un de ses carnets de notes, Charles Darwin écrivit en 1837 de façon télégraphique « En juillet, ouvert le premier carnet de note sur la Transmutation des Espèces. Fortement marqué depuis mars dernier par caractères des fossiles sud-américains, et par les espèces de l'archipel des Galápagos. Ces faits (en particulier le second), sont à l'origine de toutes mes vues ». Bien qu'ils ne figurent qu'en seconde place, on constate que les fossiles ont constitué un déclencheur dans la réflexion de Darwin sur l'évolution. 

Charles Darwin en 1854

Dans son ouvrage fondamental de 1859, l'Origine des espèces au moyen de la sélection naturelle ou la lutte pour l'existence dans la nature (raccourci en Origine), Darwin consacra un chapitre entier à la question des fossiles intitulé Insuffisance des documents géologiques. Comme le titre l'indique, Darwin constate que le registre fossile illustre plutôt mal l'histoire évolutive du monde vivant. Il explique cette situation en soulignant l'imperfection de l'enregistrement fossile : « Quant à moi, je considère les archives géologiques, selon la métaphore de Lyell, comme une histoire du globe incomplètement conservée, écrite dans un dialecte toujours changeant, et dont nous ne possédons que le dernier volume traitant de deux ou trois pays seulement. Quelques fragments de chapitres de ce volume et quelques lignes éparses de chaque page sont seuls parvenus jusqu'à nous. Chaque mot de ce langage changeant lentement, plus ou moins différent dans les chapitres successifs, peut représenter les formes qui ont vécu, qui sont ensevelies dans les formations successives, et qui nous paraissent à tort avoir été brusquement introduites. Cette hypothèse atténue beaucoup, si elle ne les fait pas complètement disparaître, les difficultés que nous avons discutées dans le présent chapitre. » Il conclut plus loin : « Bien que les recherches géologiques aient incontestablement révélé l'existence passée d'un grand nombre de chaînons qui ont déjà rapproché les unes des autres bien des formes de la vie, elles ne présentent cependant pas, entre les espèces actuelles et les espèces passées, toutes les gradations infinies et insensibles que réclame ma théorie, et c'est là, sans contredit, l'objection la plus sérieuse qu'on puisse lui opposer. »

A l'époque de la première édition de l'Origine, la paléontologie était déjà constituée en véritable discipline scientifique depuis plus de 50 ans, et les connaissances accumulées étaient très importantes. Pourtant, il est vrai, peu de fossiles, en particulier des fossiles de vertébrés, illustraient les étapes clés de l'histoire évolutive de ces animaux. Plus précisément, on connaissait de nombreux  groupes éteints, mais on avait peu d'indices qui démontraient comment s'étaient déroulées les transitions d'un groupe vers l'autre. 

Darwin a découvert quelques fossiles durant son voyage circumterrestre de 1831 à 1836, en particulier des restes de gros mammifères sud américains éteints (ici Glyptodondu Muséum de la Ville de Genève) © Philippe Wagneur, MHNG

Cette quasi-absence de forme de transition a été très utilisée par les contemporains de Darwin pour combattre son hypothèse, et cet argument et devenu un des leitmotivs des anti-évolutionnistes jusqu'à nos jours. Même au sein de la communauté scientifique, les faits paléontologiques sont souvent oubliés lorsqu'il s'agit de parler d'évolution au profit des preuves qui reposent sur les liens de parentés entre organismes vivants sur la base d'analyses moléculaires. 

Mais quelle est la situation en 2009, 150 ans après la sortie de l'ouvrage de Darwin ? Est-ce que les fossiles restent toujours muets sur les transitions entre les grands groupes de vertébrés ? La réponse est clairement non. Aujourd'hui, Darwin serait réconcilié avec les fossiles.