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Un éléphant, ça trompe énormément...

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Par contre, un éléphant ne se laisse pas duper si facilement ! Des chercheurs ont en effet mis en évidence sa capacité à identifier sa propre image dans un miroir. Une aptitude hautement cérébrale, qui lui vaut de faire désormais partie, avec les humains, les chimpanzés et les orangs-outans, de l'élite des animaux.

Un éléphant asiatique prenant son bain Crédit : Kalyan Varma

Comme les dauphins, les éléphants présentent un comportement social très développé. A la base de cette complexité sociale, on pense que la prise de conscience de soi, inaccessible à la plupart des animaux, joue un rôle important. Mais cette faculté n'est pas innée et nécessite un apprentissage progressif : chez les humains, le bébé ne reconnaît pas son reflet dans un miroir avant l'âge de 2 ans.

Pour étudier le comportement des éléphants, l'équipe de chercheurs a installé un miroir « taille jumbo » (2.5 m sur 2.5 m) dans l'enclos de 3 femelles asiatiques, au Bronx Zoo à New York, et les a observées 5 mois durant à l'aide d'une caméra. Les trois pachydermes, Happy, Maxine et Patty, se sont vite précipités vers le miroir pour l'inspecter, le reniflant, le touchant de leur trompe et cherchant même à regarder ce qui se cachait derrière. A aucun moment, ils n'ont fait preuve d'agressivité, ce qui aurait été le cas s'ils avaient considéré ces répliques comme des intrus. Après un certain temps, ils en ont même tiré profit pour examiner leur propre corps.

Face à son reflet, l'éléphant est capable de se rendre compte qu'il ne s'agit pas d'un étranger. Une preuve, s'il fallait encore le démontrer, de sa très grande intelligence (avec l'aimable autorisation de Joshua Plotnik)

Selon les spécialistes, un animal possédant l'aptitude à identifier son reflet (ou MSR, pour mirror self-recognition) passe typiquement par 4 étapes lorsqu'il est face à un miroir : une réponse sociale envers le reflet, suivie d'une phase d'inspection physique (comme regarder derrière le miroir) puis d'un comportement répétitif visant à tester le miroir, et enfin la réalisation que c'est lui-même qu'il voit dans la glace. Bien que seul Happy ait passé avec succès un test ultime au quatrième stade (l'usage spontané du miroir pour toucher sur son corps une marque autrement imperceptible), « tous les trois ont fait preuve d'un comportement auto-dirigé, et nous étions donc convaincu qu'ils prenaient tous les trois conscience que l'image dans le miroir était d'eux-mêmes », argumente Joshua Plotnik, doctorant à l'Emory University d'Atlanta et principal auteur de l'étude.

Le test ultime de la marque permet de vérifier la prise de conscience de soi de l'éléphant : (A) Une croix est dessinée sur la tête d'Happy. De l'autre côté, on dessine une marque qui lui est invisible. (B) Face au miroir, Happy touche la marque avec le bout de sa trompe. D'un jour à l'autre, on inverse l'emplacement du marquage visible, vérifiant ainsi que c'est bien grâce au miroir qu'il se rend compte de la présence de la croix (extrait de Proc. Natl. Acad. Sci. USA, 10.1073/pnas.0608062103, Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America)

Pour Plotnik et ses collègues, il se pourrait que d'autres espèces du règne animal possèdent une telle capacité d'auto-identification« Si on en découvre d'autres, il s'agira probablement d'un mammifère très intelligent, comme l'épaulard », conclut Plotnik.

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