De notre point de vue humain, l'inceste rebute. Mais chez les autres espèces animales, il semblerait que ce tabou ne soit pas présent.

Tabou. Chez la plupart des populations humaines, l'inceste révulse. En raison des crimes auxquels il peut être associé et de nos mœurs. Une morale nous poussant à éviter la consanguinité. Mais chez les autres espècesespèces animales, cette consanguinité ne semble pas être fuie. L'inceste ne ferait ni chaud ni froid, à rebours de nos premières intuitions.

Une dose de consanguinité, pas si mal ?

Des chercheurs ont compilé 139 études expérimentales, réparties sur 40 ans de recherche, pour en tirer une méta-analyse. Leurs résultats apportent « peu de soutien » à l'hypothèse d'une aversion pour la consanguinité. Et ce, chez 88 espèces animales. Ce qui n'est pas si surprenant. « La théorie de l'évolutionthéorie de l'évolution nous dit que les animaux devraient tolérer, ou même préférer, s'accoupler avec un membre de la famille », souligne Raïssa de Boer, éthologue et coautrice du papier.

Si cette fratrie est maintenue ensemble et non stérilisée, il est possible qu'elle se reproduise. © Rita Kochmarjova, Adobe Stock
Si cette fratrie est maintenue ensemble et non stérilisée, il est possible qu'elle se reproduise. © Rita Kochmarjova, Adobe Stock

Cette consanguinité aurait certains avantages. Elle pourrait notamment améliorer la « valeur sélectivevaleur sélective » d'un individu, c'est-à-dire sa capacité à se reproduire et à obtenir une descendance fertile - nombreuse, de préférence. Un bénéfice à double tranchant. Car l'inceste présente aussi un risque plus élevé de développer une maladie génétique : au sein d'une famille, il est plus probable que deux individus aient les mêmes déficiences génétiques. Elles sont compensées par des gènes de meilleure qualité, mais si ces individus s'accouplent, leurs enfants peuvent hériter de deux gènes déficients. Rien ne le contrebalancera.

Dans un cas extrême, on parle de dépression de consanguinité. Une population ayant recours à l'inceste, régulièrement, voit le nombre d'individus malades augmenter. Les chances de concevoir une descendance nombreuse et fertile s'amenuisent. Cette population réduit. Étonnamment, cela peut bien se terminer. Si cette situation fait l'effet d'une purge, donc que tous les individus ayant reçu des gènes défectueux meurent avant de se reproduire. Petit à petit, les individus restants n'héritent que des bons gènes. Mais il faut que cette population soit capable de se rétablir...

L'équipe de recherche espère que leurs résultats seront pris en compte dans les efforts de conservation des espèces. © Rita Kochmarjova, Adobe Stock
L'équipe de recherche espère que leurs résultats seront pris en compte dans les efforts de conservation des espèces. © Rita Kochmarjova, Adobe Stock

Oups

Chez les espèces examinées dans cette étude, aucune préférence n'a été relevée. « Les animaux ne semblent pas se soucier de savoir si leur partenaire potentiel est un frère, une sœur, un cousin ou une personne non apparentée lorsqu'ils choisissent avec qui s'accoupler », indique Regina VegaVega Trejo, également éthologue et coautrice. Mais ce n'est pas ce qui surprendra le plus les néophytes. Au-delà de nos normes culturelles, les chercheurs n'ont décelé « aucune preuve » que les humains préfèrent éviter la consanguinité.