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En danger, le gorille des montagnes est aidé... par la consanguinité

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Le séquençage complet du génome des gorilles des montagnes révèle que ces grands singes vivent en petits groupes depuis des milliers d'années. Alors que la consanguinité pourrait, à terme, dégrader la santé de cette espèce en danger critique d'extinction, cette situation semble plutôt jouer en sa faveur.

Les efforts de conservation des gorilles des montagnes vivant dans la chaîne volcanique des Virunga, aux frontières du Rwanda, de l'Ouganda et de la République démocratique du Congo, ont porté leurs fruits. La population compte aujourd'hui 480 individus contre 253 en 1981, quand ils étaient victimes d'une forte chasse et de la destruction de leur habitat. © Cai Tjeenk Willink, Wikimedia Commons, CC by-sa 3.0

La consanguinité semble être bénéfique à la survie des gorilles des montagnes, rapporte un article paru dans Science. Pour la première fois, chez cette sous-espèce de grands singes en voie de disparition (Gorilla beringei beringei), des chercheurs ont entièrement séquencé les génomes de plusieurs individus et les ont comparés avec les trois autres sous-espèces du genre Gorilla.

Si les gorilles des montagnes font l'objet de nombreuses études en vue de leur préservation, leur diversité génomique et leur passé évolutif restaient jusque-là méconnus. Dans la présente étude, des analyses génétiques ont pu être réalisées à partir d'échantillons de sang prélevés sur plusieurs animaux sauvages soignés à la suite de blessures occasionnées par des pièges disposés dans les montagnes des Virunga, en Afrique centrale. « Trois ans après le séquençage du génome de référence de gorille, nous pouvons maintenant comparer les génomes de toutes les populations de gorilles, y compris le gorille de montagnes, en danger critique », se réjouit Chris Tyler-Smith, chercheur au Wellcome Trust Sanger Institute, en Grande-Bretagne, et co-auteur de l'article.

Grâce au séquençage complet du génome des gorilles, il est désormais possible d'identifier les origines de ceux qui ont été capturés ou tués illégalement. Des informations utiles aux enquêtes pour engager des poursuites contre les braconniers. © Dylan Walters, Wikimedia Commons, CC by-sa 2.0

Une bonne résilience a empêché l'extinction

Les résultats montrent que les gorilles des montagnes, ainsi que leurs voisins, les gorilles des plaines de l'Est (Gorilla beringei graueri), avec lesquels ils sont étroitement liés, présentent une diversité génétique deux à trois fois moins importante que celle de populations plus nombreuses de gorilles des régions plus occidentales.

Grâce à des outils analytiques récents, les chercheurs ont également pu remonter dans le temps et réaliser que cette sous-espèce vivait en petits groupes depuis plusieurs milliers d'années, soit bien plus que ce qu'ils pensaient.

Les primates ont donc pu vivre malgré une forte consanguinité. Mieux, dans ces populations à faibles effectifs, au fil des générations, la consanguinité leur a été profitable car elle a permis d'expurger des gènes délétères. Plus précisément, les individus étudiés s'avèrent plus pauvres pour certaines formes nocives de gènes (variants ou allèles) qui stoppent le fonctionnement d'autres gènes et génèrent des problèmes de santé potentiellement mortels.

« Cette nouvelle compréhension de la diversité génétique et de l'histoire démographique des populations de gorilles nous fournit des informations précieuses sur la façon dont les grands singes et les humains, leurs cousins ​​étroitement liés, se sont adaptés génétiquement à vivre dans de petites populations », explique Aylwyn Scally, co-auteur et chercheur à l'université de Cambridge. Alors que des niveaux comparables de consanguinité ont contribué à l'extinction des Néandertaliens, les gorilles des montagnes se montrent plus résilients. Selon les auteurs de cette étude, s'ils restent protégés du braconnage et de la destruction de leur habitat, ces grands singes pourraient vivre encore des milliers d'années.

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