Un gorille mâle, dos argenté, observe les visiteurs. Les chercheurs qui les étudient les reconnaissent à leur nez et à ses plis, propres à chaque individu comme le sont nos empreintes digitales. L'animal n'est pas spécialement craintif, mais il protège son groupe. Pour se défendre, ce paisible herbivore a de fortes canines, une masse imposante et une musculature puissante. On est bien loin de King Kong... © Frontview Production, MFP (image extraite du film)

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En image : une rencontre exceptionnelle entre un homme et des gorilles

ActualitéClassé sous :zoologie , gorille , Parc national des volcans du Rwanda

Découvrez en avant-première les images d'un film étonnant : Un amour de gorille, diffusé ce dimanche sur France 2. L'histoire est celle d'André Lucas, un naturaliste qui, 38 ans après sa collaboration avec Dian Fossey au Rwanda, tente de retrouver Pompon, une femelle qu'il a baptisée. Le réalisateur Jean-Christophe de Revière raconte à Futura-Sciences un tournage épique, occasion d'une rencontre fascinante avec des animaux pacifiques et méconnus.

Un homme de 70 ans, dans le parc national des Volcans, au Rwanda, marche à 3.000 m d'altitude, dans la jungle, derrière le guide Diogène, à la recherche des gorilles. Discrète, l'équipe dirigée par le réalisateur Jean-Christophe de Revière (qui travaille depuis trois ans pour Thalassa) filme.

L'histoire est peu banale et son héros aussi. André Lucas, amoureux fou de la nature, a commencé sa carrière professionnelle comme soigneur au Jardin des plantes du Muséum national d'histoire naturelle, à Paris, en 1962. Aventurier, authentique voyageur, il se prend de passion pour les gorilles et, en 1976, se met au service de Dian Fossey, qui les étudie dans les montagnes des Virunga.

André Lucas (à gauche) et Diogène imitant l'expression de colère d'un gorille : lèvres pincées et bras tendus. © Frontview Production, MFP (image extraite du film)

Un gorille est pacifique, mais peut charger...

Elle les protège des braconniers qui sévissaient à l'époque et, sans doute pour cette raison, elle est assassinée en décembre 1985. À cette époque, avec Dian Fossey, il approche plusieurs groupes de gorilles, jusqu'à passer des heures avec eux et à partager leurs jeux. Dans l'un des groupes naît une petite femelle, qu'il surnomme Pompon.

André Lucas repart 38 ans plus tard vers les volcans Virunga pour tenter de retrouver Pompon, avec une équipe de cinéastes qui doivent se faire oublier. « On ne se rendait pas bien compte de la difficulté, explique aujourd'hui Jean-Christophe de Revière à Futura-Sciences. Les gorilles se trouvaient à trois ou quatre heures de marche de notre base. Et les gorilles sont pacifiques, mais les mâles dépassent les 200 kg et ils peuvent charger quand ils se sentent agressés. » L'équipe et André Lucas en particulier se feront ainsi charger deux fois, comme le montrent les images de ce film, souvent assez sidérantes.

Dian Fossey et André Lucas en 1976 dans le parc national des Volcans, au Rwanda. © Frontview Production, MFP (image extraite du film)

Espèce protégée

« Ce n'est pas tout à fait un documentaire. Les images ne sont pas volées. Il fallait se poser et cadrer. Et notre voyage faisait, en soi, partie du sujet. » André Lucas n'est pas un acteur. Il fallait le filmer discrètement, mais avec sa complicité. Et puis il y avait les gorilles. Ils ont pu être approchés de très près, ce qui a été possible grâce à l'excellente connaissance de ces animaux qu'ont André Lucas et Diogène.

Le naturaliste n'a cependant pas pu échanger des caresses ou des bourrades, comme lui et Dian Fossey le faisaient dans les années 1970. Il n'en a plus le droit. Il est aujourd'hui en effet interdit de les approcher à moins de 7 m, pour éviter de les déranger et de leur transmettre des microbes. Exceptionnellement, Diogène et André Lucas ont pu aller plus près.

Les gorilles se laissent approcher facilement pour peu qu'on ne les dérange pas trop, ce qui, justement, impose désormais de limiter strictement les visites, effectuées sous le contrôle des guides du parc. Cette image est donc exceptionnelle. André Lucas a eu une autorisation rare. Mais il ne craint pas grand-chose. « J'ai eu l'occasion de discuter du sujet avec des pygmées. Nous, nous imaginons King Kong en voyant un gorille, mais eux disent qu'il est bien moins dangereux qu'un buffle », nous explique Jean-Christophe de Revière, réalisateur du film. © Frontview Production, MFP (image extraite du film)

Chacun a son caractère

Grâce à eux, nous découvrons ces primates au regard tendre, herbivores tranquilles pour qui la sieste est sacrée et vivant en groupes soudés (c'est l'occasion de découvrir ou redécouvrir notre diaporama, avec des photos de Sébastien Meys). Énervement possible, cependant : celui d'un mâle lorsque quelqu'un passe entre lui et une femelle. Habitués aux humains dans ce parc où se croisent touristes et scientifiques, ils ne sont pas très farouches, mais ils ont leur caractère et certains sont plus difficiles à approcher que d'autres. « Nous en avons vu un vraiment rebelle et un autre très cool. Quand ils se méfient, c'est surtout de la nervosité, de l'inquiétude. Ils ont un regard qui ne trompe pas. Ils ont vraiment quelque chose d'humain. Ils ne sont pas comme les chimpanzés, dans les mimiques et les agressions. C'était une émotion de dingue ! Jusque-là, mon plus fort souvenir de tournage était une plongée au milieu des requins. Là, c'était aussi puissant. »

André Lucas retrouvera-t-il sa Pompon, qui doit être aujourd'hui une femelle âgée ? Le film raconte cette quête, mais donne surtout à voir ces primates aussi doux qu'ils sont massifs. Diffusé dans la série Grandeurs NatureUn amour de gorille est programmé dimanche 30 mars à 16 h 25 sur France 2. Les amoureux de la nature ne devraient pas regretter de rester devant leur poste...

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