Rio de Janeiro est au cœur de l’épidémie de Zika. La ville peut-elle décemment accueillir 500.000 personnes du monde entier sans risque ? © marchello74, Shutterstock

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Zika : selon un expert, il faut déplacer les JO de Rio

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Un expert de santé publique canadien suggère de repousser ou de déplacer les JO prévus en août 2016 à Rio de Janeiro afin d'éviter que l'épidémie de Zika ne devienne mondiale. Il craint que le virus atteigne des pays dans lesquels les systèmes de santé ne pourront pas faire face.

La question mérite d'être posée, alors même que le Brésil traverse une crise politique majeure et une grave récession qui ont quelque peu masqué l'épidémie de Zika : peut-on envoyer un demi-million de visiteurs au Brésil en ce moment ? Pour Amir Attaran, professeur de santé publique, la réponse est clairement non. Il en explique les raisons dans un commentaire paru dans la Harvard Public Health Review. Dans cet article, il plaide en faveur du déplacement ou du report des Jeux olympiques en raison du risque de dissémination du virus Zika dans le monde.

Apparu au Brésil l'an passé, le virus Zika a désormais été détecté dans 50 pays, le Brésil restant le pays le plus touché. Le virus Zika est transmis par les moustiques Aedes aegypti et conduit à des symptômes légers tels que de la fièvre, des douleurs, de nombreuses personnes infectées ne présentant pas de symptômes. Mais le virus Zika est responsable d'anomalies chez des bébés qui naissent avec une tête anormalement petite et un cerveau insuffisamment développé. Il est aussi associé au syndrome de Guillain-Barré, une maladie neurologique grave qui peut conduire à la paralysie et au décès.

En février, l'OMS a déclaré que le virus Zika était désormais « une urgence de santé publique de portée internationale ». Aussi pour Amir Attaran, qui s'exprime dans The Guardian, le maintien des Jeux est insensé et va à l'encontre des principes d'éthique, étant donné les risques sanitaires : « Est-ce que c'est ça que les Jeux olympiques représentent ? »

Car l'État de Rio est loin d'être épargné par l'épidémie. Au contraire. Il a enregistré 26.000 cas suspects de Zika, le plus grand nombre des États du Brésil, avec une incidence de 157 pour 100.000, le quatrième taux du pays. Rio n'est pas du tout à la marge de l'épidémie, mais bien en plein cœur.

Le lien entre l’infection par le Zika et les microcéphalies est avéré. © idé

Moins de piqûres de moustiques en hiver

En mars, d'après le site Internet du Comité olympique, le président du CIO Thomas Bach, « a souligné l'étroite coopération entre le CIO et l'Organisation mondiale de la santé, laquelle a fait part de sa confiance dans la réussite des Jeux olympiques en août prochain et l'innocuité de leur environnement. » Le comité olympique a expliqué dans The Guardian : « Nous travaillons avec nos partenaires de Rio sur des mesures pour faire face aux mares d'eau stagnante autour des sites olympiques, où les moustiques se reproduisent, pour minimiser le risque que les visiteurs entrent en contact avec eux. »

Certes, les Jeux auront lieu pendant la saison d'hiver au Brésil, lorsque les moustiques sont moins actifs et le risque de piqûres moins important. Les maladies liées aux moustiques déclinent pendant les mois d'hiver, de juillet à septembre, mais Amir Attaran souligne que Rio n'a aucune expérience d'un hiver avec le Zika. Le Zika est proche de la dengue, également transmise par le moustique Aedes aegypti ; il est possible que la transmission décline dans l'hiver, mais qu'elle ne disparaisse pas, comme c'est le cas avec la dengue. En plus, la dengue est particulièrement présente cette année à Rio : 8.133 cas dans le premier trimestre de 2016 contre 1.285 l'an passé. Pourtant la mobilisation pour lutter contre les moustiques est exceptionnelle.

De plus, Amir Attaran rappelle que la souche brésilienne du Zika semble différente et plus dangereuse que le « vieux » Zika découvert il y a près de 70 ans. Par exemple, dans Rio, une étude récente montre que, chez les femmes qui ont eu le Zika pendant leur grossesse, des anomalies fœtales sont détectées chez 29 % d'entre elles. Les microcéphalies enregistrées au Brésil semblent particulièrement sévères.

L'arrivée en masse des athlètes et des visiteurs à Rio, en provenance du monde entier, pourrait faciliter la transmission du virus dans des pays qui ne sont pas encore touchés. Pour le professeur de santé publique, des pays comme le Nigeria, l'Inde ou l'Indonésie ne disposent pas des ressources du Brésil pour combattre le Zika. Amir Attaran souligne qu'en 1976 les Jeux olympiques d’hiver ont été déplacés en Autriche, à cause de problèmes économiques dans la ville où ils avaient été attribués (Denver). Il suggère que des villes comme Londres, Pékin, Athènes ou Sydney qui possèdent déjà les infrastructures olympiques accueillent des épreuves sportives.

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