Santé

Des selles artificielles contre une infection bactérienne

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Cela n'a rien d'appétissant. Pourtant, des chercheurs canadiens ont créé des selles artificielles à partir de populations bactériennes, afin de lutter contre l'infection récurrente par Clostridium difficile, parfois mortelle. Après une transplantation dans le côlon de deux patients, cette thérapie s'est avérée plus efficace que celles ordinairement utilisées.

La bactérie Clostridium difficile est un pathogène opportuniste qui se retrouve fréquemment dans la flore intestinale et qui, dans de rares circonstances, induit des troubles intestinaux. Aux États-Unis, ces infections sont de plus en plus fréquentes et surtout de plus en plus mortelles. © Janice Carre, CDC, DP

Contre les infections bactériennes, les antibiotiques parviennent souvent à éliminer le pathogène mais ils peuvent aussi causer des dommages collatéraux aux conséquences potentiellement dramatiques. L'être humain vit en harmonie avec des milliards de bactéries s'épanouissant sur sa peau, dans sa bouche ou encore dans ses intestins. Or, la prise d'antibiotiques affecte aussi ces populations microbiennes.

Au niveau du tractus digestif, certaines espèces déclinent fortement. D'autres encore se montrent résistantes au traitement. C'est parfois le cas de Clostridium difficile, une bactérie s'établissant dans le côlon. Quand toutes ses voisines meurent, elle investit alors les lieux et se montre pathogène, entraînant des diarrhées sévères ou d'autres troubles pouvant, dans les cas extrêmes, causer la mort du sujet infecté.

Des bactériothérapies fécales contre Clostridium difficile

Du fait de son insensibilité, l'infection est difficile à contrôler. Les patients enchaînent parfois les traitements antibiotiques sans succès. Les chercheurs ont alors eu l'idée de restaurer l'équilibre des populations dans le côlon et proposent aux patients une transplantation de matières fécales. Une opération peu ragoûtante qui révulse certains malades au point de refuser la bactériothérapie.

De plus, un tel traitement n'est pas tout à fait sans danger, car il est difficile de déterminer le contenu bactérien exact de la matière fécale récoltée. Ainsi, des microbes pathogènes peuvent y résider et entraîner de nouvelles maladies une fois injectés chez le patient.

Des scientifiques canadiens de l'université de Guelph ont peut-être une solution pour contourner ces problèmes. Ils exposent dans la revue Microbiome le moyen de produire des selles artificielles moins dangereuses et moins rebutantes qui peuvent efficacement traiter l'infection récurrente par C. difficile.

La bactérie Escherichia coli est très fréquente dans l'intestin des personnes. C'est l'une des espèces présentes dans les selles artificielles mises au point par les chercheurs canadiens. © Janice Carr, CDC, DP

Des selles artificielles plus efficaces que les selles naturelles

Parmi les échantillons récupérés sur une donneuse de 41 ans, les auteurs ont sélectionné ceux ne contenant pas de bactéries résistantes aux antimicrobiens. Ils ont alors obtenu une trentaine d'espèces, mises en culture dans un robot mimant l'environnement intestinal. Résultat : des selles artificielles créées à partir de populations bactériennes fécales.

Ce probiotique de synthèse a été appelé Repoopulate (le mot poop désignant en anglais la matière fécale). Son apparence est par ailleurs moins rebutante que les selles habituellement transplantées.

Il a ensuite été testé chez deux patients victimes d'infections chroniques à C. difficile, chez qui au moins trois traitements antibiotiques se sont révélés inopérants. Deux à trois jours après le dépôt dans le côlon, les symptômes avaient disparu. Six mois après, ils n'étaient toujours pas réapparus.

Un traitement aux selles artificielles pour d’autres maladies ?

Autre avantage : les populations bactériennes transplantées semblent persister, chose rare avec les traitements probiotiques. Cela signifie que la bactériothérapie dure dans le temps, ne laissant plus l'opportunité à C. difficile d'exprimer son pouvoir pathogène.

Enfin, le contenu des selles artificielles peut être parfaitement contrôlé, ce qui n'est pas le cas lorsque les échantillons proviennent d'un donneur. Il devient alors possible de s'adapter aux différents cas rencontrés, améliorant encore un peu plus l'efficacité du traitement.

Les auteurs espèrent un jour démocratiser cette pratique pour l'étendre à d'autres pathologies. Les bactéries de la flore intestinale jouent un rôle tellement crucial qu'elles pourraient faire l'objet de thérapies spécifiques pour soigner certaines maladies. Encore faut-il que les patients en acceptent l'idée.

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