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Le resvératrol du vin rouge allonge-t-il vraiment la durée de vie ?

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On confère au resvératrol, une molécule du raisin retrouvée aussi dans le vin rouge, le pouvoir d'allonger l'espérance de vie. Alors qu'on commence à le tester chez l'Homme, une étude suggère qu'il serait efficace uniquement chez des espèces éloignées de la nôtre, elle est quasiment sans effet sur l'espérance de vie de la souris. À quoi devons-nous nous attendre ?

Le resvératrol, composé retrouvé notamment dans le vin rouge et auquel il conférerait des vertus thérapeutiques, aurait été extrait d'une plante appelée vératre en 1939 qui lui aurait donné son nom. S'il allonge la durée de vie de vers, peut-il également le faire chez l'Homme ? © Jon sullivan, public-domain-images.com, DP

La molécule miracle ? C'est un peu cette vision idyllique qu'on a du resvératrol, une substance contenue dans certains fruits et leurs dérivés, notamment le vin rouge, qui procurerait de nombreux bénéfices sur la santé. Chez les animaux, il diminue l'occurrence des cancers, des maladies cardiovasculaires, l'obésité et protège les neurones... contribuant ainsi à augmenter l'espérance de vie.

La molécule rentre en phase de test chez l'Homme. Les premières analyses sous-entendent quelques avantages, notamment dans la régulation du taux d'insuline (qui en cas de défaut conduit au diabète) et dans des fonctions métaboliques. Il est encore trop tôt pour vérifier son efficacité pour prolonger la vie humaine mais le resvératrol suscite de nombreux espoirs.

Pour se donner une idée des résultats qu'on pourrait obtenir dans notre espèce à la fin de l'essai clinique, des scientifiques néo-zélandais de l'University of Otago ont passé en revue dix-neuf études portant sur l'effet du principe actif dans six espèces animales différentes. Ils ont résumé leur travail dans la revue Biology Letters... et laissent planer le doute sur l'intérêt réel de cette molécule.

Notobranchius furzeri est le vertébré qui vit le moins longtemps : seulement quelques mois. Cependant, quand on lui donne du resvératrol, ses risques de mourir sont divisés par six ! © Ugau, Wikipédia, cc by sa 3.0

Le resvératrol pas aussi efficace que la restriction alimentaire

De manière irréfutable, le resvératrol augmente l'espérance de vie des levures, des nématodes (des vers) et chez une espèce particulière de poisson (Notobranchius furzeri), réputée pour avoir l'espérance de vie la plus courte de tous les vertébrés. En revanche, on ne peut pas en dire autant chez les deux espèces de mouches drosophiles testées et, plus proche de nous, de la souris, qui semble très peu affectée par la molécule.

Une disparité de résultats qu'on ne trouvait pas lorsqu'on considérait un autre mécanisme d'allongement de la durée de vie : la restriction alimentaire. En effet, chez tous ces animaux, la diminution de l'apport calorique permet de mourir bien plus tard, y compris chez les souris. Les auteurs supposent alors que le resvératrol ne mime pas l'effet d'un jeûne et ne suffit pas, à lui seul, à déclencher tous les mécanismes de préservation des cellules contre le vieillissement, du moins chez les vertébrés supérieurs.

L'Homme étant nettement plus proche de la souris que de n'importe quelle autre espèce testée, il paraît donc plus pertinent de rapprocher les résultats futurs avec ceux obtenus chez le rongeur. Dans ce cas, le resvératrol ne produirait pas vraiment l'effet escompté, il faudrait chercher la fontaine de Jouvence ailleurs. Et se méfier des entreprises qui vendront la molécule comme agent antivieillissement, car aucun élément ne permet encore de l'affirmer chez l'Homme.

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