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La récupération rapide après chirurgie : sitôt opéré, sitôt debout

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La récupération rapide après chirurgie (RRAC) a été mise au point par un médecin danois, le docteur Henrik Kehlet, à la fin des années 1990. Cette méthode permet de diminuer la période d'hospitalisation après une opération chirurgicale. Elle est répandue dans les pays scandinaves et fait peu à peu son apparition en France.

Lors de la récupération rapide après chirurgie (RRAC), le patient est en position verticale et devient ainsi « acteur de sa guérison ». © Stocklite, shutterstock.com

Deux heures à peine après son opération de prothèse totale de hanche, monsieur B. est debout, sans canne ni béquille. Il a bénéficié de la méthode danoise de la RRAC, pour récupération rapide après chirurgie, une méthode encore balbutiante en France, mais prometteuse et probable source d'économies. Vêtu d'un short et d'un T-shirt, ses tennis au pied du lit, monsieur B., quinquagénaire, semble prêt à faire du sport. Mais, si le corps fonctionne, l'esprit est encore ralenti par l'anesthésie, avertit le docteur Moulay Méziane qui vient de l'opérer à la clinique Claude-Bernard, à Ermont, en région parisienne.

« Ça va ? », lui demande le chirurgien. Après un blanc de quelques secondes, le patient répond d'une voix assurée : « Oui, très bien. J'attends la visite du kiné pour rentrer chez moi ». Satisfait, le médecin lui donne quelques petites tapes amicales dans le dos qui le font légèrement tanguer. « Prenez bien appui sur vos deux jambes », insiste-t-il. Deux infirmiers, restés près du patient, sourient. « Il y a encore quelques années, après une prothèse de hanche, le patient se levait au bout de dix jours, maintenant c'est deux heures », souligne l'un d'eux.

C'est tout l'enjeu de la récupération rapide : en position verticale, le patient devient « acteur de sa guérison », souligne le docteur Karem Slim, président de l'association Grace (Groupe francophone de réhabilitation améliorée) et chirurgien au CHU de Clermont-Ferrand, qui applique la méthode depuis 2007.

La RRAC pour diminuer le stress

La récupération rapide après chirurgie (RRAC), mise au point par un médecin danois, le docteur Henrik Kehlet, à la fin des années 1990 et répandue dans les pays scandinaves, consiste à diminuer le stress que représente toute intervention chirurgicale. Moins « agressé » donc « moins immunodéprimé, le patient se sent mieux, se remet plus vite et fait moins de complications », assure le docteur Slim.

Fini le jeûne de 24 heures avant l'opération. Dans le protocole de la récupération rapide, le patient peut manger six heures avant et boire deux heures auparavant. L'anesthésie est plus légère. Perfusions et sondes sont évitées au maximum. Le patient remange rapidement.

La récupération rapide après chirurgie (RRAC) a été mise au point à la fin des années 1990 par le médecin danois Henrik Kehlet. Elle est très répandue dans les pays scandinaves. © SEppl, Wikimedia Commons, DP

Une meilleure convalescence du patient

La RRAC s'applique à des hospitalisations longues comme la chirurgie ambulatoire et concerne des interventions lourdes : prothèse du genou ou de hanche, ablation partielle de la vessie ou du côlon...

À la clinique Claude-Bernard, qui applique la RRAC depuis deux ans, la durée d'hospitalisation moyenne est passée de 7 jours fin 2013 à 4,5 jours fin 2014 pour une prothèse de hanche. Aux hospices civils de Lyon (HCL), où certains services recourent à la méthode depuis 2012, « la durée moyenne de séjour a baissé de deux jours en deux ans [dans ces unités, NDLR] », évalue Véronique Faujour, du département stratégie.

« Une fois que l'on a vu les résultats, on ne peut pas revenir en arrière », assure la gestionnaire. D'autant que la réduction des durées de séjour et la diminution des complications entraînent des économies pour le système de santé. Aux hospices civils de Lyon, 200.000 euros d'économies par an ont été réalisées grâce à la RRAC, estime Véronique Faujour.

Une méthode danoise aux résultats prometteurs

Dans un récent rapport, l'assurance maladie juge que la méthode danoise « est une dynamique à encourager » car elle permet « la diminution de la durée de séjour, l'amélioration de la convalescence et de la qualité de vie du patient ».

La Haute autorité de santé (HAS) réalise actuellement un état des lieux de la réhabilitation rapide, en France et à l'étranger, attendu au printemps 2016. Dans sa note préparatoire, elle qualifie de « prometteurs » les résultats de cette méthode, tout en soulignant « l'hétérogénéité des pratiques, d'où la nécessité d'évaluation ».

Ses conclusions sont attendues avec impatience par les partisans de la RRAC. Selon le docteur Slim, « il faut que la législation et la nomenclature évoluent pour encourager les bonnes pratiques ».

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