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Une puce à ADN pourra-t-elle un jour établir un portrait-robot ?

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À partir des séquences génétiques qui codent pour certains traits physiques, des chercheurs ont mis au point une micropuce à ADN en mesure de déterminer simultanément et de manière relativement fiable le sexe d'une personne, la couleur de ses yeux et celle de ses cheveux, ainsi que son origine géographique. Ce petit circuit ne parvient pas, cependant, à établir précisément le portrait-robot du suspect.

Avec la micropuce, les tests ADN pourraient être poussés un cran au-dessus. S'ils permettent de définir les premières lignes du portrait-robot d'un coupable dans un cambriolage ou un meurtre, les auteurs espèrent aussi l'utiliser pour retrouver une personne disparue. À partir d'échantillons récupérés et en connaissant les caractéristiques physiques de l'individu, ils espèrent détecter là où elle serait passée. © Alchemica, Wikipédia, cc by sa 3.0

La police scientifique et la justice se servent de l'analyse de l’ADN pour arrêter et confondre ou bien innocenter un suspect. Ce test se base sur l'analyse d'une bonne quinzaine de fragments génétiques connus pour varier d'un individu à l'autre. La probabilité de se tromper est quasiment nulle, de l'ordre d'une chance sur des millions de milliards.

Cependant, ces régions investiguées représentent des parties non codantes de l'ADN. Autrement dit, s'il permet de définir précisément qui est le porteur de ce génome, ce test ne révèle aucune caractéristique physique, sachant que certains de nos traits sont inscrits dans nos gènes.

Le consortium d'universités nommé Visigen s'est donné pour mission de mettre en évidence tous les gènes impliqués dans l'apparence : taille, forme du visage, couleur des yeux, etc. Si pour l'heure les connaissances sont encore limitées, elles sont déjà exploitées par ces chercheurs qui viennent de développer une puce capable de définir, à partir d'un simple échantillon d'ADN, certains traits physiques, établissant un profil type. Ses caractéristiques sont décrites dans l'International Journal of Legal Medicine.

Une puce à ADN qui décrypte des caractéristiques physiques

De tels produits existent déjà, mais dans le meilleur des cas, ils se limitent à la couleur des cheveux et des yeux. Pas plus. Ce modèle, baptisé Identitas Version 1 Forensic Chip, permet en plus de déterminer le sexe et l'origine géographique des ascendants, simplement à partir d'un échantillon.

La génétique n’explique pas tout. Si l’ADN détermine certaines caractéristiques physiques, l’interaction des gènes entre eux, l’épigénétique (l’expression génique) et l’environnement participent à l’apparence d’un individu. © Maurizio de Angelis, Wellcome Images, Flickr, cc by nc nd 2.0

À l'intérieur, la puce contient très exactement 201.173 courtes séquences d'ADN différentes, capables de se lier avec autant de polymorphismes nucléotidiques (les variations d'une seule paire de bases azotées entre individus). Ainsi, il est possible de connaître l'enchaînement des nucléotides sur des gènes qu'on sait en lien avec des traits physiques. Un ordinateur va analyser le contenu et, sur la base des connaissances actuelles, sortir une sorte de portrait-robot, très réducteur, de la personne possédant l'ADN étudié.

Une efficacité mitigée

L'outil a été testé sur 3.196 échantillons d'ADN à travers le monde afin d'évaluer sa fiabilité. Dans 99 % des cas, le sexe a été correctement défini. La précision atteint 97 % lorsqu'il s'agit de déterminer l'origine géographique de Caucasiens ou de personnes provenant de l'Asie de l'Est. En revanche, elle chute à 88 % pour les Africains.

L'efficacité diminue encore pour les couleurs des yeux et des cheveux. Les iris marron sont repérés avec une réussite de 85 %, tandis que cette dernière atteint seulement 70 % pour les yeux bleus. Pour les cheveux, c'est encore plus faible : 72 % pour les bruns, 63 % pour les blonds et 48 % pour les roux.

Une éventuelle utilisation de la puce à ADN qui fait débat

Du fait de la marge d'erreur importante pour certaines caractéristiques, cette puce ne peut être utilisée par les enquêteurs, qui ont besoin de certitudes et non de suppositions. Néanmoins, les auteurs imaginent déjà l'utiliser en complément du témoignage d'une personne ayant assisté à la scène et pouvant fournir des informations physiques sur le suspect ou la victime. Alors qu'elle est prête à être lancée, les scientifiques travaillent déjà à l'élaboration d'un nouvel outil plus performant, capable de discriminer précisément davantage de critères physiques.

Certains s'inquiètent déjà d'une utilisation éventuelle, stigmatisant à chaque fois un type de population avec des caractéristiques physiques particulières. Faut-il interroger tous les Européens de sexe masculin aux yeux bleus et aux cheveux bruns si les données émanant de la machine vont en ce sens, en sachant pertinemment qu'il ne s'agit que d'indications qu'il faut prendre avec des pincettes ? À cela, les auteurs rétorquent que la police se sert déjà de critères ethniques et physiques pour appréhender des suspects, à partir de témoignages. Cette fois, ces traits ne seraient pas déterminés par la vue, mais par la génétique.

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