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Prothèses PIP et cancer : connaît-on le réel danger ?

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Alors que les prothèses mammaires de la marque PIP créent la polémique en France et même à l'international, aucune étude n'a pu montrer le lien entre les implants mammaires et l'apparition de cancers. Les implants PIP seraient-il une exception ?

Les implants mammaires à base de silicone n'ont jamais montré un caractère cancérigène. Les prothèses PIP sont-elles l'exception qui confirme la règle ? © FDA, DP

À l'heure où l'éventuelle toxicité des implants mammaires PIP s'invite dans un débat international, les arguments scientifiques l'attestant sont encore assez faibles, voire nuls. La mort d'Edwige Ligoneche des suites d'un lymphome (cancer du système lymphatique) du sein qui s'est développé à l'endroit même de la prothèse le 21 novembre 2011 constitue à ce jour le principal argument des accusateurs de la marque PIP. Depuis, la presse annonce 7 autres cas de cancer (dont 5 affectant le sein) et un huitième aurait également été détecté.

L'institut national du cancer (Inca) rappelait pourtant vendredi 23 décembre que le lien entre prothèses mammaires PIP et apparition de tumeurs n’avait pas été démontré. En réalité, depuis les années 1970, plusieurs études ont tenté de vérifier si les femmes aux seins siliconés présentaient davantage de risques de déclarer un cancer. La plus longue, réalisée sur plus de 3.000 femmes au Danemark entre 1973 et 1995, n'a pas constaté un effet toxique des implants mammaires sur la santé. D'autres recherches, menées sur des animaux, ont même conclu que le silicone était l'un des matériaux les plus biocompatibles, donc les plus à même de servir d'implants.

Un gel de silicone non agréé dans les prothèses PIP

Cependant, ces travaux ont été réalisés sur des implants contenant des gels agréés par les services de santé, ce qui n'a pas été le cas des prothèses PIP concernées puisque le directeur de l'entreprise, Jean-Claude Mas, a reconnu avoir changé dans le silence la composition du produit pour des raisons de rentabilité. Le silicone médical a en fait été remplacé par du silicone industriel. Une telle modification doit être signalée, testée puis validée par les autorités supérieures. L'Afssaps s'en est aperçue en mars 2010 lorsque de nombreuses clientes s'étaient plaintes d'une rupture de leur prothèse. L'entreprise PIP a été inspectée et la supercherie révélée. Les implants ont alors été aussitôt retirés du marché. C'est en fait la nature même du gel utilisé par PIP qui entraîne la rupture de la poche et le déversement du gel dans le corps.

On estime à environ 500.000 le nombre de Françaises ayant subi une opération de chirurgie pour se faire poser un implant mammaire. Cette illustration explique les procédés utilisés. © Idé

Les prothèses PIP responsables malgré tout ?

Cela suffirait-il à justifier la déclaration de certains cas de cancers ? Pour l'heure, aucun élément ne permet de l'affirmer. Si effectivement le gel n'était pas conçu pour une utilisation médicale mais bien pour servir le monde industriel, cela ne signifie pas pour autant qu'il est cancérigène. En réalité, il n'a pas subi des tests aussi poussés pour mesurer sa toxicité. Si ce gel est irritant et cause des inflammations, cet argument n'est pas à l'heure actuelle suffisant pour affirmer qu'il favorise l'apparition de cancers constatent les spécialistes.

Comment expliquer alors cette dizaine de femmes ayant contracté la maladie ? Il existe deux possibilités. Le gel est toxique et induit un cancer. Ou bien ces femmes auraient déclaré leur pathologie même sans les implants. Statistiquement, sur 30.000 femmes porteuses des implants depuis une dizaine d'années pour les plus anciens, on constatera la survenue de tumeurs cancéreuses pour un certain nombre d'entre elles. Plus l'échantillon est large et plus il est représentatif de la population. Reste à savoir si elles sont plus nombreuses que la moyenne nationale. Seules des études approfondies permettront d'incriminer ou de discriminer les prothèses PIP. En attendant d'en savoir plus, les femmes porteuses sont invitées à prendre rendez-vous avec leur chirurgien pour constater l'état de leurs implants, et envisager ou non avec le spécialiste le retrait au plus vite.

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