Un homme de 34 ans s’est vu greffer son pénis près de 24 heures après son amputation complète à la suite d'une tentative de suicide. Une performance accomplie par une équipe de chirurgiens britanniques qui ont réussi à rétablir toutes les fonctions de l’organe érectile.

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« C'est la greffe de pénis réalisée après la plus longue période d'ischémieischémie jamais décrite dans la littérature scientifique », se félicitent encore les chirurgiens de l'hôpital de Birmingham, au Royaume-Uni. Il faut dire que le cas qu'ils décrivent dans un article du BMJ Case Reports est loin d'être banal.

Au début de l'année, ils reçoivent un homme de 34 ans avec des antécédents de schizophrénie paranoïaque s'étant volontairement coupé le pénispénis avec un couteau lors d'une tentative de suicide. Le patient, qui s'est également auto-infligé des lacérations aux poignets et des coups de couteau dans le cou et le ventre, est trouvé inconscient par les secours 15 heures plus tard et amené aux urgences, en compagnie du bout de son pénis conservé dans du tissu.

Le pénis réattaché avec une veine du bras

En raison des autres blessures constituant des urgences vitales, l'homme passe d'abord huit heures en salle d'opération avant que les chirurgiens ne puissent examiner le cas de son pénis. C'est donc après plus de 23 heures sans irrigationirrigation sanguine que l'opération de greffegreffe peut enfin débuter. Le pénis a été coupé à 2,5 cm de sa base, mais les médecins parviennent facilement à identifier les veines et les nerfsnerfs.

Après avoir plongé le pénis dans une solution d'héparine, ils arrivent à rétablir la circulation dans les corps caverneuxcorps caverneux (les tissus spongieux à l'intérieur du pénis qui servent notamment à la fonction érectile). Le morceau de pénis est alors réattaché à l'aide d'une veine prélevée sur l'avant-bras du patient. Les médecins achèvent de suturer la peau et fixent provisoirement le pénis au scrotum « pour prévenir tout mouvementmouvement excessif ». Enfin, un cathétercathéter urétréal est mis en place le temps du rétablissement des fonctions urinaires.

À gauche, le pénis sept jours après sa réimplantation, montre des tissus nécrosés. À droite, le pénis trois mois après la réimplantation et la greffe de peau. © Nader Henry et al, <em>BMJ Case Reports</em>, 2020
À gauche, le pénis sept jours après sa réimplantation, montre des tissus nécrosés. À droite, le pénis trois mois après la réimplantation et la greffe de peau. © Nader Henry et al, BMJ Case Reports, 2020

L'opération est un succès : durant les heures suivant la greffe, le pénis commence à retrouver une température normale, la peau redevient rose et le sang recommence à irriguer. Six semaines plus tard, « l'homme a retrouvé ses sensations et connait une érection spontanée », se félicitent les médecins. Une nouvelle greffe de peau est pratiquée deux mois après et signe la fin de la prise en charge.

Les délires psychotiques à l’origine des amputations de pénis

Les amputations complètes du pénis sont rares, le plus souvent liées à des déliresdélires psychotiques, la schizophrénieschizophrénie ou des blessures auto-infligées sous l'effet de la droguedrogue. Mais, surtout, les chances de réimplantation après une si longue période d'ischémie (sans circulation sanguine) sont très faibles, avec un risque élevé de nécrose, de perte de fonction érectile et de sensation, ainsi que d'autres complications.

L’association britannique des urologues considère ainsi que la greffe d'un pénis conservé au chaud doit être pratiquée dans les 4 heures après l'amputationamputation, et jusqu'à 16 heures dans le cas où l'organe est conservé au froid. « Le succès de cette opération devrait encourager les chirurgiens à tenter une réimplantation du pénis même avec un temps d'ischémie prolongé, au vu des graves conséquences physiquesphysiques et psychologiques que provoque la perte de cet organe pour le patient », avancent les auteurs de l'article.