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Des parasites intestinaux retrouvés dans des excréments des Croisés

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Découverte peu ragoûtante mais pourtant intéressante : des œufs de parasites intestinaux dans les égouts d'un château, occupé jusqu'en 1222 par des Croisés. Cela suggère qu'en raison des conditions d'hygiène déplorables, de nombreux soldats en guerre sainte seraient morts de malnutrition durant les épisodes de famine, fréquentes lors des sièges.

Un creux en forme de demi-lune percé au milieu d'un siège : pas de doute, ce sont des toilettes. Dans les égouts du château de Saranda Kolones à Chypre, inoccupé depuis 1222, les chercheurs ont trouvé des vers parasites qui révèlent que l'hygiène des Croisés n'était pas très bonne. Cela a pu coûter la vie à de nombreux combattants. © E. Anastasiou et P. Mitchell, International Journal of Paleopathology

Le 29 octobre 1187, le pape Grégoire VIII lance un appel à la croisade pour récupérer les territoires perdus par les chrétiens en terre sainte. Les rois et empereurs d'Europe occidentale et centrale répondent présents. Durant le voyage, Richard Cœur de Lion, régnant alors sur l'Angleterre, la Normandie et le Poitou, prend le contrôle de l'île méditerranéenne de Chypre en 1291. Il y fit construire un petit château nommé aujourd'hui Saranda Kolones (que les archéologues prirent longtemps pour un temple) dans le but de protéger le port de Phalos. Vendue en 1192 à son allié Guy de Lusignan, jusque-là roi de Jérusalem, cette fortification tomba en ruine en 1222 à la suite d'un violent séisme d'une magnitude d'au moins 7 sur l'échelle de Richter, et ne fut jamais reconstruite.

Quelques vestiges subsistent malgré tout. Parmi eux, les latrines de l'époque, situées au rez-de-chaussée. Elles se présentent sous la forme d'un orifice au milieu d'un siège, ouvrant sur une fosse semblable à des égouts. Ces latrines représentent un véritable trésor pour les archéologues, qui peuvent déterminer le régime alimentaire et les maladies intestinales des personnes ayant laissé des traces de leur passage.

Evilena Anastasiou et Piers Mitchell, deux spécialistes des parasites intestinaux du passé à l'université de Cambridge, y ont fait une découverte intéressante, qu'ils révèlent dans l'International Journal of Paleopathology. Selon eux, l'hygiène de l'époque de la troisième croisade était déplorable, à tel point que de nombreux soldats devaient être porteurs de vers dans leurs intestins, les rendant plus susceptibles de succomber aux épisodes de disette...

Des vers parasites retrouvés 800 ans plus tard

Des études précédentes ont pu estimer que 15 à 20 % des Croisés mouraient de malnutrition. Mais pourquoi supportaient-ils si mal la privation de nourriture ? Les chercheurs britanniques ont effectué des prélèvements de fossiles dans une fosse ayant autrefois utilisée comme collecteur d'excréments. Après réhydratation et passage dans un tamis très fin, ils ont récupéré des œufs de parasites de 0,1 mm de diamètre. Puis ceux-ci ont été observés au microscope.

Le ver Ascaris lumbricoides est un parasite intestinal de l'Homme et d'autres mammifères. Il peut mesurer jusqu'à 30 cm de long. Mieux vaut ne pas en avoir trop dans son ventre... © Johann Gottfried Bremser, Traité zoologique et physiologique sur les vers intestinaux de l'Homme, Wikipédia, DP

Deux espèces communes de vers nématodes parasites des intestins ont été distinguées : Trichuris trichiura, à l'origine de la trichocéphalose, et Ascaris lumbricoides, donnant l'ascaridiose et étant le plus grand de son embranchement retrouvé chez l'Homme, pouvant mesurer jusqu'à 30 cm de long. Ces deux vers colonisent les intestins et se nourrissent à partir des aliments ingérés par l'hôte. Peu nombreux, ils passent inaperçus mais retrouvés massivement, ils consomment tellement que le porteur a du mal à récupérer ses forces. Leurs œufs, une fois pondus, se retrouvent dans les excréments et se transmettent par voie fécale-orale, en contaminant une eau de boisson, ou par contact de mains mal lavées.

Des Croisés pas très portés sur l’hygiène

Qu'ont-ils déduits de leur découverte ? Selon les auteurs, c'est le signe que bon nombre de soldats en croisade ayant transité par le château de Saranda Kolones vivaient dans des conditions insalubres et étaient infestés par des vers parasites. Ceux-ci étaient donc autant amenés à mourir sur les champs de bataille que de malnutrition ou de maladies. Cela confirme que si de nombreux Croisés ne sont pas rentrés à la maison, ce n'est pas qu'ils périrent sous les épées et les arcs ennemis, mais qu'ils furent emportés par des parasites.

En effet, ces vers se nourrissant au détriment de leur hôte, ce dernier devient fébrile au moment des famines, caractéristiques des périodes de siège où la nourriture vient à manquer. Il partage bien malgré lui et à son insu son repas avec les nématodes. Dans ces temps difficiles, cela pouvait s'avérer fatal.

Cette recherche permet également de fournir un point de comparaison avec d'autres lieux de la même époque, concernant les conditions d'hygiène qui pouvaient y régner. Et ainsi de mesurer les progrès en la matière depuis les huit derniers siècles.

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