La cigarette électronique n'a pas fait la preuve de son efficacité. © leszekglasner, Adobe Stock
Santé

La cigarette électronique ne serait pas efficace comme sevrage tabagique

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[EN VIDÉO] Interview : les dangers de la cigarette électronique, par Paul Hofman  Moins chère et peut-être moins toxique que le tabac, la cigarette électronique connait depuis quelques années un franc succès. Futura est parti à la rencontre de Paul Hofman, directeur du laboratoire de pathologie de Nice et chercheur pionnier dans la détection du cancer du poumon, pour en savoir plus sur les risques de la cigarette électronique. 

Un avis du Haut Conseil de la santé publique tombe comme un pavé dans la mare dans le domaine du sevrage tabagique. La cigarette électronique, souvent présentée comme traitement de substitution, n'a pas fait la preuve de son efficacité et ne doit pas être conseillée par les professionnels de santé.

Le HCSP (Haut Conseil de la santé publique) a publié le 4 janvier 2022 un avis portant sur les bénéfices-risques de la cigarette électronique. Celle-ci peut aussi être appelée Seden pour Système électronique de délivrance de la nicotine. Après une synthèse de la littérature, le document de 148 pages précise que « les connaissances fondées sur les preuves sont insuffisantes pour proposer les Seden comme aides au sevrage tabagique dans la prise en charge des fumeurs par les professionnels de santé ».

Le vapotage est-il un outil d’aide au sevrage tabagique ?

Il est communément admis que la cigarette électronique représente une aide importante dans le sevrage tabagique. Pourtant, cette hypothèse ne s'appuie pas sur des données scientifiques. En effet, il y a peu d'essais sur le sujet et leur qualité méthodologique n'est pas satisfaisante. De plus, le peu de données disponibles montre que dans le cadre du sevrage tabagique, l'utilisation de cigarettes électroniques contenant de la nicotine n'est supérieure ni à l'utilisation de cigarettes électroniques ne contenant pas de nicotine (considéré comme placebo) ni aux traitements substitutifs de la nicotine. Le rapport note cependant qu'« une approche pragmatique doit tenir compte du fait que certains fumeurs vont préférer utiliser un Seden plutôt que de recourir au système de santé ».

On pourrait imaginer que la cigarette électronique soit utilisée à la place du tabac et qu'ainsi elle favoriserait la réduction des risques de celui-ci. Il semblerait que ce ne soit pas le cas. Une personne sur deux en tentative de sevrage tabagique avec une cigarette électronique contenant de la nicotine continue à fumer des cigarettes, additionnant les risques.

La cigarette électronique pourrait représenter une étape vers le tabac pour les jeunes. © Deineka, Adobe Stock

Les cigarettes électroniques incitent-elles les jeunes à fumer du tabac ?

D'après les données disponibles, la cigarette électronique constituerait une sorte de passerelle vers la consommation de cigarettes chez les jeunes alors qu'on aurait pu espérer un effet de diversion. Chez les adolescents, elle jouerait un rôle initiateur. Cependant, les études en question comportent des biais et il est difficile de conclure avec certitude sur ce point.

En conclusion, le HCSP demande aux professionnels de santé qui accompagnent des patients dans leur sevrage tabagique de privilégier les traitements ayant prouvé leur efficacité, ce qui n'est pas le cas de la cigarette électronique. Néanmoins, il nuance : « l'absence des connaissances fondées sur les preuves n'exclut pas que le rapport bénéfices-risques de ces produits utilisés hors système de santé puisse représenter une aide pour certains consommateurs et contribuer ainsi à améliorer leur santé ».

Pour en savoir plus

La cigarette électronique pas bannie, mais pas préconisée non plus

La Haute autorité de santé vient de livrer ses recommandations pour ceux qui souhaitent arrêter de fumer. Et ne donne pas encore un avis ferme sur l'intérêt de la cigarette électronique pour le sevrage tabagique : moins toxique à priori que la cigarette classique, elle ne doit pas malgré tout devenir un tremplin vers l'addiction.

Article de Janlou Chaput, publié le 22 janvier 2014

Ce rapport était attendu. La Haute autorité de santé (Has) devait donner mardi 21 janvier ses recommandations concernant l'arrêt du tabac. Mais celles-ci tombent alors que durant l'année écoulée, la cigarette électronique a connu un véritable essor, sans qu'on dissipe les doutes sur ses éventuels dangers ni qu'on mesure précisément son potentiel de sevrage. Dans l'attente de données scientifiques plus claires, l'instance sanitaire a préféré ne pas se mouiller : l'e-cigarette, adoptée par 1,5 millions de Français, est tolérée, mais demeure surveillée.

Les premières études tendent à montrer que ces cigarettes électroniques ne sont pas exemptes de substances toxiques... mais à des doses nettement moins importantes que celles retrouvées dans les cigarettes classiques. Il n'est donc pas question de la bannir et, au contraire, la Has préconise même de ne pas dissuader un fumeur désireux d'arrêter qui commencerait à vapoter, si la transition ne dure qu'un court délai.

Si elle suscite l'intérêt de la part d'une partie du monde scientifique, l'e-cigarette n'a pas écarté tous les doutes. Ne risque-t-elle pas d'entretenir une habitude du geste ? Et ne facilite-t-elle pas le passage du non-fumeur vers le tabagisme ? Une étude récente suggère ce second point. Des questions qui interpellent encore la Has et qui expliquent sa non-décision. Elle attend des évaluations plus précises pour se prononcer.

Le tabac à l’origine de 73.000 décès par an

Dans le reste de son rapport, la Has rappelle que 97 % des fumeurs qui décident d'arrêter seuls échouent, insistant sur la nécessité d'un accompagnement dans le sevrage tabagique. Les candidats sont nombreux : ils représentent environ la moitié des 15 millions de fumeurs en France. Le soutien psychologique, complété par des substituts nicotiniques (patchs, gommes à mâcher, comprimés à sucer, inhalateurs, etc.) restent le traitement de base à prescrire en première intention. Les autres techniques, moins conventionnelles (acupuncture, hypnose) ne sont pas encouragées par la Has, car leur bénéfice n'est pas établi.

La lutte contre le tabagisme est une préoccupation majeure pour les autorités sanitaires. Dotée d'un pouvoir addictif fort, la cigarette est à l'origine de 73.000 décès par an, rien qu'en France, et les estimations considèrent qu'un fumeur sur deux mourra d'une pathologie directement liée au tabac. Or, il ne faut pas oublier qu'il n'est jamais trop tard pour arrêter.

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