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Un virus mortel probablement transmis par des tiques

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Le virus Bourbon, nouveau venu dans la famille des thogotovirus, serait responsable du décès d'un homme dans le Kansas, aux États-Unis. Le patient était tombé malade au printemps 2014 après avoir été mordu par des tiques. Il est décédé 11 jours après le déclenchement de la maladie.

L'homme touché par le virus avait été mordu par des tiques qui sont des vecteurs d'agents pathogènes. © Christophe Quintin, Flickr, CC by-nc 2.0

Les tiques sont des arachnides acariens qui peuvent transmettre des maladies, comme la maladie de Lyme, due à une bactérie. Mais ils peuvent aussi transmettre des virus, comme le virus Heartland, récemment découvert, et qui, depuis 2012, a causé la maladie de huit personnes dans le Missouri et le Tennessee, aux États-Unis. Autres virus pouvant être transportés par les tiques : les thogotovirus, qui comprennent au moins six virus (Araguari, Aransas Bay, Dhori, Jos, Thogoto et Upolu). Parmi eux, les virus Thogoto et Dhori sont connus pour causer des infections et des maladies humaines. Des anticorps contre le virus Thogoto ont en effet été identifiés dans des régions d'Europe, d'Asie et d'Afrique.

Dans un article paru dans Emerging Infectious Diseases, des chercheurs du CDC décrivent le cas d'un homme d'une cinquantaine d'années décédé en 2014 dans des circonstances troublantes. Cet homme, qui était en bonne santé, a été mordu par plusieurs tiques alors qu'il travaillait à l'extérieur dans sa propriété au printemps 2014. Une tique engorgée a été trouvée sur son épaule quelques jours avant qu'il ne tombe malade. Il a commencé à avoir des nausées, des diarrhées, puis est devenu de plus en plus malade avec des symptômes suivants : fièvre, anorexie, frissons et maux de tête. Le 3e jour, il a consulté son médecin qui lui a prescrit de la doxycycline, un traitement standard contre les maladies liées aux tiques.

Le lendemain, l'épouse du patient l'a trouvé affaibli, éveillé mais avec un état de conscience diminué, d'où son transfert à l'hôpital local. Malgré son traitement, le patient avait de plus en plus de fièvre. Le 9e jour, il était toujours lucide mais sa température dépassait 39 °C et ses difficultés à respirer ont nécessité un apport d'oxygène. Ses besoins en oxygène augmentant, il a été admis en soins intensifs. Sa fonction rénale s'est détériorée et il a été intubé. Il est décédé 11 jours après le début de sa maladie d'un arrêt cardiopulmonaire.

Le nouveau virus observé au microscope électronique. La barre représente 100 nm. © CDC, Kosoyet al., Emerging Infectious Diseases 2015

Le virus Bourbon, un thogotovirus encore inconnu

Le patient a été testé pour un grand nombre de virus mais, comme aucun n'a été reconnu, son sang a été envoyé au CDC (Centers for Disease Control and Prevention) pour d'autres analyses. Des tests génétiques ont alors montré que l'homme était infecté par un virus inconnu jusqu'alors, que les scientifiques ont baptisé « virus Bourbon », du nom du comté dans lequel vivait le patient. Ce virus appartient à la famille des thogotovirus. Même si le rôle du virus dans le décès n'est pas clairement établi, les auteurs soulignent le niveau de virémie élevé du patient dans les échantillons prélevés deux jours avant son décès.

Les thogotovirus peuvent causer une méningite ou une encéphalite, mais ils n'étaient pas connus pour avoir un impact sur les cellules sanguines. Or les tests chez le patient ont montré un déclin des globules blancs et plaquettes. Ces symptômes rappellent ceux d'une ehrlichiose, une maladie bactérienne elle aussi transmise par des tiques.

De même, le virus Heartland peut aussi causer un déclin des cellules sanguines. Il est possible que le virus Bourbon était présent depuis des années sans qu'il ait été remarqué car il n'aurait rendu personne malade auparavant. Une hypothèse est qu'il cause généralement une maladie trop légère pour que les gens se rendent chez leur médecin. Le décès de cet homme serait alors un cas rare où un virus commun est devenu mortel. Mais il est aussi possible que le virus Bourbon ait évolué et soit devenu plus dangereux.

Pour se protéger des tiques, le CDC conseille d'utiliser des répulsifs, de porter de longs pantalons, des t-shirts à manches longues et d'éviter les zones boisées.

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