Des différences entre hommes et femmes, on en connaît déjà beaucoup. Mais c’est aujourd’hui une différence cachée au cœur de l’intestin que des chercheurs français mettent en lumière. De quoi peut-être, à l’avenir, mieux comprendre pourquoi hommes et femmes n’expriment pas la plupart des maladies de la même façon.

Cela vous intéressera aussi

[EN VIDÉO] Interview : le microbiote intestinal, allié indispensable du système immunitaire Le microbiote intestinal regroupe l’ensemble des microbes présents dans notre intestin. Il permet un bon fonctionnement ainsi qu’une certaine protection du côlon. Gerard Eberl, responsable de l’unité Micro-environnement & Immunité à l’Institut Pasteur, nous en dit plus au cours de cette interview.

Entre hommes et femmes, il existe des différences évidentes. Celles qui touchent les organes sexuels, par exemple. Mais il en existe d'autres, parfois bien cachées. Et des chercheurs français de l'Institut de biologie Valrose (Nice) et du Laboratoire plasticitéplasticité du cerveaucerveau (Paris) dévoilent justement aujourd'hui l'une d'entre elles. Une différence dissimulée dans un organe adulte non lié à la reproduction : l'intestin.

Notez que deux grands mécanismes orientent les différences entre les sexes. L'expression des gènesgènes portés par les chromosomes sexuels -- XX chez la femelle et XY chez le mâle --, c'est une évidence. Mais aussi l'action des hormoneshormones sécrétées par les organes sexuels et qui sont différentes de l'homme à la femme.

L’équipe des chercheurs a montré, sur le modèle de la drosophile, que le métabolisme des glucides est plus élevé chez les sujets mâles (en bas, expression d’une enzyme digérant les sucres complexes, une amylase en vert). Elle a en revanche montré un taux de prolifération de cellules souches intestinales (en vert sur l’illustration du haut) plus élevé chez les femelles. © Bruno Hudry, Institut de biologie Valrose, CNRS, Inserm, Université de Nice Sophia Antipolis
L’équipe des chercheurs a montré, sur le modèle de la drosophile, que le métabolisme des glucides est plus élevé chez les sujets mâles (en bas, expression d’une enzyme digérant les sucres complexes, une amylase en vert). Elle a en revanche montré un taux de prolifération de cellules souches intestinales (en vert sur l’illustration du haut) plus élevé chez les femelles. © Bruno Hudry, Institut de biologie Valrose, CNRS, Inserm, Université de Nice Sophia Antipolis

Le mécanisme d’une différence physiologique expliqué

C'est ce deuxième cas de figure que les chercheurs mettent ici en évidence. Ils ont en effet constaté que les drosophiles mâles ont, par exemple, tendance à digérer et à absorber plus de sucres que les femelles. Comment ? Via un message envoyé par les testiculestesticules à une partie spécifique de l'intestin par le biais d'une moléculemolécule appelée cytokinecytokine. Une molécule pourtant sans lien avec les hormones sexuelles. C'est aussi ce qui a surpris les chercheurs. En réponse, cette région de l'intestin sécrète du citratecitrate qui agit sur les testicules pour soutenir la production de spermesperme.

De quoi créer chez le mâle, donc, une susceptibilité à la nourriture riche en sucres qui n'existe pas chez la femelle. Une différence physiologique qui pourrait aider à expliquer pourquoi et comment les maladies présentent, dans la plupart des cas, des caractéristiques différentes selon le sexe. Mais aussi pourquoi et comment les réponses aux traitements peuvent varier.