La France n’a enregistré « que » 82.088 morts supplémentaires par rapport à la tendance naturelle au 28 février 2021. © JeanLuc, Adobe Stock
Santé

Covid-19 : la gravité de l'épidémie est-elle surestimée en France ?

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[EN VIDÉO] Covid-19 : combien de temps dure l’immunité ?  La quantité d'anticorps chez les patients infectés au SARS-CoV-2 est terriblement variable au fil du temps et selon les personnes. © Futura 

Si l'on considère le nombre de morts par habitant, la France est l'un des pays les plus touchés par l'épidémie de Covid-19. Mais, en comparant la surmortalité réelle, nous faisons au contraire beaucoup mieux que la moyenne.

La France a recensé près de 95.000 morts liés à la Covid-19 depuis le début de la pandémie, au huitième rang mondial des pays les plus touchés. Cela représente 1.452 morts pour un million d'habitants, bien pire que l'Allemagne (912 morts/million d'habitants) ou la Grèce (765 morts/million d'habitants) et bien sûr, la Chine (3 morts/million d'habitants). La France serait-elle donc particulièrement nulle dans sa stratégie anti-Covid-19 ? Une nouvelle étude de France Stratégie vient remettre en cause cette idée. En analysant la surmortalité réelle entre 2016-2017 et 2019-2020, elle constate que le nombre de morts est largement sous-estimé dans de nombreux pays.

Des bilans Covid-19 largement sous-estimés dans de nombreux pays

Car, en réalité, le nombre officiel de morts Covid-19 recensés dans de nombreux pays est « dans certains cas très éloigné de la réalité », écrit l'auteur du rapport Julien Rousselon. Les bilans en nombre de morts identifiés Covid-19 sont presque inférieurs de moitié aux excédents de mortalité constatés durant la première année de pandémie. Sur la base de comparaison de la surmortalité (ratio entre décès observés et attendus), « l'Europe apparaît comme la deuxième région du monde la moins touchée du monde après l'Extrême-Orient, et la France est en outre nettement moins touchée que la moyenne européenne ».

Surmortalité constatée dans les différents pays (comparaison du total des décès en 2019-2020 par rapport avec un prolongement de la tendance d’évolution sur les mêmes mois des années 2016-2017). © Céline Deluzarche, d’après France Stratégie

L'étude a passé en revue la surmortalité constatée dans 65 pays représentant 70 % des décès Covid-19 recensés par l'OMS. Selon ses conclusions, l'Amérique latine (Bolivie, Chili, Colombie, Équateur, Mexique et Pérou) est la région la plus touchée du monde, avec une surmortalité de 51,6 % en moyenne, suivie par le Proche et le Moyen-Orient (Égypte, Iran, Israël, Oman, Qatar) avec 26,5 %. L'Amérique du Nord (États-Unis et Canada) comptabilise 23,2 % de morts en plus, et l'Europe 17,8 %. « Au sein de l'Europe, la France se situe significativement en dessous de la moyenne avec une hausse de mortalité de 13,6 % par rapport à la tendance attendue », note le rapport.

Les particularités géographiques jouent un plus grand rôle que les politiques publiques

Une constatation étonnante, alors que l'Europe et la France, en particulier, ont une population plus âgée et donc plus à risque. Les facteurs habituellement avancés pour expliquer ces différences ne sont pas toujours les plus pertinents, met en garde Julien Rousselon. « La pratique de tests à grande échelle en Slovaquie ou le nombre de lits disponibles en Allemagne (par ailleurs, largement exagéré) a finalement pu contribuer à déresponsabiliser la population en donnant un faux sentiment de sécurité », avance-t-il. Les pays les moins touchés, comme Israël ou le Canada, présentent surtout des spécificités géographiques marquées par l'insularité ou une faible porosité des frontières.

Ratio entre le bilan officiel du nombre de morts Covid-19 et la surmortalité constatée. Un ratio supérieur à 100 % signifie que le nombre de morts a sans doute été surestimé. © Céline Deluzarche, d’après France Stratégie

Certes, certains pays ont été tentés de minimiser l'épidémie pour des questions politiques. Mais, d'après Julien Rousselon, la mauvaise estimation du bilan humain de l'épidémie est surtout due au manque de moyens administratifs ou statistiques, ainsi qu'à une précipitation dans la communication des chiffres.

L'étude présente toutefois quelques limites car la surmortalité n'est pas seulement attribuable à la Covid-19 : liées à l'engorgement du système de santé ou encore aux conséquences psychiques, les chances de survie sont plus faibles pour les autres patients. Inversement, une baisse de la mortalité liée à la baisse des accidents et à une moindre incidence des autres maladies transmissibles a été enregistrée. Elle a cependant le mérite de présenter des chiffres plus proches de la réalité que l'apparence des chiffres officiels.

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