Le mois d'Octobre est consacré à la lutte contre le cancer du sein. © Axel Kock, Adobe Stock
Santé

Cancer du sein : les femmes qui prennent ces deux médicaments vivent plus longtemps

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Le mois d'octobre est consacré à la lutte contre le cancer du sein, de nombreuses initiatives sont prises afin de sensibiliser les femmes sur cette maladie à l'occasion d'Octobre Rose. Du côté de la science, l'European Breast Cancer Conference se tient actuellement au cours de laquelle ont été présentés les résultats finaux d'une étude clinique. Ces derniers indiquent que l'Herceptin combiné au lapatinib améliore la survie des femmes atteintes d'un cancer du sein HER2+ lorsque le cocktail est pris avant une opération chirurgicale. 

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Chaque année, le mois d'octobre est consacré à la lutte contre le cancer du sein. L’association Ruban Rose est à l'origine d'Octobre Rose et de plusieurs initiatives pour informer et sensibiliser les femmes sur le cancer du sein. Ce cancer est le plus fréquent chez les femmes, il fait environ 12.000 victimes chaque année selon Santé publique France.

Durant les 2 et 3 octobre 2020 se tient aussi l'European Breast Cancer Conference -- virtuellement cette année, coronavirus oblige -- durant laquelle plusieurs recherches portant sur le cancer du sein sont présentées à la communauté scientifique. L'une d'entre elles partage les résultats prometteurs d'un essai clinique concernant deux médicaments et commencé il y a presque 13 ans, en novembre 2007. Selon les résultats, prendre ces deux médicaments avant une chirurgie augmente la survie des femmes atteintes d'un cancer du sein HER2+. La présentation des résultats aura lieu le 3 octobre 2020, à 14 heures.

HER2+, un récepteur surexprimé dans certains cancers du sein

Les cancers du sein sont multiples. Parmi eux, il y a le cancer nommé HER2+. Les cellules cancéreuses dans le sein sont porteuses d'un récepteur transmembranaire appelé HER2+. La partie extracellulaire de ce récepteur reconnaît le facteur de croissance épidermique (EGF, une hormone protéique) qui induit la prolifération des cellules. Les cellules saines contiennent deux copies du gène de HER2 mais, dans le cas d'un cancer, plus de deux copies peuvent être présentes. Les cellules prolifèrent alors de façon anormale. Environ 20 % des cancers du sein sont HER2+.

Le trastuzumab (commercialisé sous le nom d'Herceptin par Roche ) a permis d'améliorer le pronostic des cancers du sein HER2+ depuis son utilisation à la fin des années 1990. Aujourd'hui, des chercheurs présentent à l'European Breast Cancer Conference, un cocktail de médicament (dont l'Herceptin) qui améliore encore un peu plus le pronostic vital des femmes atteintes d'un cancer du sein HER2+.

Une cellule normale comparée à une cellule cancéreuse où le nombre de récepteurs HER2 augmente. © Institut national du Cancer

Herceptin et lapatinib, un duo gagnant ?

Les deux médicaments testés sont l'Herceptin (par injection), un anticorps monoclonal humanisé qui se fixe sur le récepteur HER2 et empêche donc toute autre molécule de s'y fixer et de l'activer après, et le lapatinib (voie orale), un inhibiteur de la tyrosine kinase, l'enzyme qui est activée par la fixation du facteur de croissance épidermique sur HER2 et induit une cascade de signalisations qui pousse la cellule à se diviser sans contrôle. Ces deux médicaments ont été testés en thérapie néoadjuvante, c'est-à-dire que leur rôle est de limiter la croissance de la masse cancéreuse avant une opération chirurgicale.

L’essai clinique NeoALTTO BIG-06, financé par Roche, a concerné 455 femmes atteintes d'un cancer du sein HER2+. Elles ont reçu soit le duo Herceptin-lapatinib, soit uniquement un des deux médicaments avant une chirurgie. Après l'opération, elles ont suivi une thérapie adjuvante de 34 semaines. Au total, les participantes ont été suivies pendant 9 ans et quelques mois. Les résultats finaux de cet essai clinique indiquent qu'il n'y a pas de différence significative entre les trois groupes (Herceptin-lapatinib, Herceptin seul, lapatinib seul) en ce qui concerne la résurgence de leur cancer et la survie globale entre les différents groupes.

Schéma simplifié de l'action de l'Herceptin (trastuzumab) et du lapatinib. L'Herceptin agit sur la partie extra-cellulaire du récepteur et le lapatinib sur la partie intra-cellulaire. En conséquence, la voie de signalisation n'est plus activée. © Tiré de D. Collins et al. Cancer Treatment Review

La réponse pathologique complète plus fréquemment atteinte avec l'Herceptin et le lapatinib

Mais le traitement combiné Herceptin-lapatinib a tout de même eu un effet positif sur un facteur que les médecins appellent la réponse pathologique complète (pCR). Ce terme signifie qu'aucune tumeur n'est détectable au moment de la chirurgie dans le sein concerné, ou dans le sein et dans les ganglions lymphatiques locaux. Les résultats de l'étude clinique indiquent que les femmes qui ont été traitées par le duo Herceptin-lapatinib ont été plus nombreuses à atteindre la réponse pathologique complète (51 % des femmes testées) que celles qui n'ont pris qu'un seul médicament (27 %).

Les chercheurs ont ensuite comparé la survie des femmes ayant atteint la pCR et celles ne l'ayant pas atteint. Leurs résultats montrent que 88 % des femmes ayant atteint la pCR sont encore en vie après 9 ans, contre 72 % des femmes n'ayant pas atteint la pCR. Mais cela n'a pas d'effet dans la comparaison globale de la survie entre les trois groupes, comme indiqué auparavant.

Une piste pour des traitements adjuvants moins agressifs

« Nous aurions pu espérer une survie significativement plus importante dans le groupe de femmes ayant reçu la combinaison de lapatinib et de trastuzumab où les taux de pCR étaient plus importants, mais ça n'a pas été le cas. Cela s'explique possiblement par le fait que l'étude n'était pas faite pour détecter les petites différences dans la survie entre les trois groupes », explique le docteur Paolo Nuciforo, de l'Institut d'Oncologie de Barcelone qui a présenté ces résultats durant la conférence européenne.

Le médecin indique que les femmes qui ont pris le duo de médicaments en chimiothérapie néoadjuvante et qui ont atteint la réponse pathologique complète pourront peut-être avoir un traitement après leur chirurgie moins agressif. Le président de l'European Breast Cancer Council, le professeur Emiel Rutgers, qui n'est pas impliqué dans l'essai clinique, conclut en disant que, même si l'amélioration de la survie des patientes ayant pris les deux médicaments bloquant HER2 n'est pas significative, « les résultats finaux de l'essai NeoALTTO BIG-06 confirment que, après presque dix ans de suivi, atteindre la pCR avec un cancer HER2+ est associé à de meilleurs résultats sur le long terme.»

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