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Science décalée : regarde mon cerveau et tu sauras combien j’ai d’amis

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Le volume et le degré de connectivité de certaines régions du cerveau dépendraient de la taille du réseau social. Ainsi, par des systèmes d'imagerie précis, on pourrait estimer l'importance d'un cercle d'amis. Et identifier les sujets solitaires et aux comportements sociaux « déviants ».

Les amis peuvent composer une grande partie du réseau social d'une personne. Et de leur nombre dépend le volume de certaines régions du cerveau... © JohnCrider, Flickr, cc by nc nd 2.0

Timide ou extraverti, casanier ou toujours dehors avec ses amis... Nous sommes tous différents dans notre approche de la vie sociale. Et cela se voit... dans notre cerveau, à la taille de régions précises, qui viennent d'être identifiées.

Le contexte : les aptitudes sociales limitées par le cerveau

L'Homme est à l'instar de ses cousins primates un animal social. L'anthropologue britannique Robin Dunbar s'est même amusé en 1993 à évaluer le nombre maximal de proches que pouvait contenir le réseau social d'une personne pour que celui-ci reste cohérent. En commençant par établir un lien entre la taille du néocortex et la taille du groupe chez différentes espèces de primates, il a extrapolé ces données à l'espèce humaine, et estime donc qu'au-delà de 148 individus (arrondissons comme tout le monde à 150) dans un même cercle, on risque la désorganisation. Des études ultérieures parviennent à des résultats équivalents.

Ce travail célèbre établirait donc un lien direct entre la taille de certaines régions du cerveau et le niveau de sociabilité d'une espèce. Mais pourquoi ne pas chercher à l'échelle de l'individu ? MaryAnn Noonan, chercheuse à l'université d'Oxford (Royaume-Uni), voudrait savoir comment notre encéphale parvient à gérer la confrontation avec un environnement social si complexe, et identifier les zones directement impliquées. L'idée consiste également à déterminer visuellement les individus disposant d'aptitudes sociales, et ceux qui, au contraire, vivent un peu en marge de la société et connaissent des difficultés à s'insérer, comme les personnes autistes ou schizophrènes.

La scientifique vient de présenter la teneur de ses travaux lors du récent congrès Neuroscience 2013, qui s'est tenu à San Diego. Ils révèlent que, comme bien d'autres aspects de la biologie, la taille compte. Et plus une personne a un réseau social large, plus grosses deviennent certaines zones de son cerveau.

Le volume de certaines régions du cerveau dépendrait de notre propre expérience et de nos propres habitudes sociales. La sociabilité engendre la sociabilité. © Heidi Cartwright, Wellcome Images, Flickr, cc by nc nd 2.0

L’étude : des régions cérébrales liées à la taille des réseaux sociaux

MaryAnn Noonan et ses collaborateurs ont recruté 18 volontaires pour observer la structure de leur cerveau. Les cobayes ont parallèlement indiqué le nombre et la fréquence de leurs interactions sociales amicales lors des derniers mois, ce qui a servi à établir le niveau de sociabilité de chacun d'eux.

Verdict : certaines régions cérébrales sont plus larges et mieux connectées chez les personnes disposant des plus vastes réseaux sociaux, par rapport à leurs homologues plus casaniers. Soyons précis : nous parlons de la jonction temporale pariétale, du cortex cingulaire antérieur ou du cortex préfrontal rostral, des zones impliquées dans l'aptitude à attribuer des états mentaux, des pensées et des intentions à ses congénères.

Parmi les autres faits notables, les auteurs ont constaté que ces régions étaient d'autant mieux interconnectées par des fibres nerveuses que les participants avaient de nombreux amis. Comme des autoroutes de l'information nerveuse.

L’œil extérieur : sociabilité, inné ou acquis ?

Restons malgré tout prudents : l'échantillonnage est bien mince. Il faudrait reproduire l'expérience chez un nombre bien plus important de sujets pour valider ces résultats. Cependant, ils suscitent malgré tout quelques réflexions de la part des scientifiques.

S'ils se vérifient, il faudra déterminer si c'est l'expérience qui forge notre cerveau ou bien si les aptitudes sociales demeurent innées. Des expériences précédentes chez le macaque aboutissaient peu ou prou aux mêmes résultats : les singes vivant dans des groupes sociaux plus larges avaient là encore certaines régions cérébrales plus volumineuses que leurs congénères habitués à évoluer dans des petites troupes.

Alors, on peut tout à fait supposer qu'il en va de même chez l'Homme et que notre vie sociale sculpte le cerveau pour l'adapter à nos besoins.

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