2013 : Dragon Dream ML866, le mastodonte des airsIl aurait été le chaînon manquant entre l’aéronautique et l’hélicoptère. Dragon Dream était un prototype dont le vol d’essai et les tests de flottaison avaient été concluants. Conçu par la Worldwide Aeros corp, spécialisée dans les dirigeables publicitaires et basée à Montabello en Californie, le projet, baptisé Pelican, avait reçu un financement du département américain de la Défense. Celui-ci avait prêté pour sa fabrication le vieux hangar d’une base aérienne dont le toit s'est effondré sur le prototype. Ce partenariat s’est donc interrompu en 2013.Néanmoins, les recherches se poursuivent et le fondateur Igor Pasternak travaille sur la prochaine génération de son Aeroscraft, ML 866, à coque rigide, une sorte de squelette flexible ovoïde aplati, en composite de fibre de carbone. Sa longueur est de 166 m et sa charge de 66 tonnes, il pourrait atteindre une vitesse maximum de 222 km/h, et son autonomie serait de 5.700 km, avec un plafond d’altitude de 3.700 m. L’atterrissage et le décollage sont verticaux (Vertical Take-Off and Landing-VTOL) et le dotent de capacités opérationnelles à basse vitesse, en vol stationnaire.L’entreprise Aeros a reçu en 2015 un brevet pour sa technologie Cosh qui dote le dirigeable d'un système de compression de l'hélium permettant d'ajuster la flottabilité de l'avion dans les deux sens en vol. L'astuce de sa technologie consiste à échanger sur commande l’hélium contre l’air aspiré de l’extérieur, elle surmonte la limitation des aéronefs déjouant la lourdeur statique et le besoin de ballast externe. En effet, un dirigeable doit embarquer du lest pour compenser le poids perdu lorsque sa cargaison est déchargée, ou il nécessite un équipage au sol pour le maintenir avec des cordes.L'Aeroscraft est équipé de moteurs de poussée vectoriels, propulsé par d’énormes hélices et six réacteurs à double flux facilitant les manœuvres dans n’importe quelle direction. Au lieu d'un train d'atterrissage à roues, Aeroscraft est équipé de coussins d’atterrissage, comme ceux d'un aéroglisseur, avec ventilateurs réversibles, afin que le navire puisse atterrir sur pratiquement toutes les surfaces.Son concepteur affirme qu’il émet zéro émission de carbone et qu’il représente une technologie résolument verte, en mesure de transporter de gros volumes de fret, sur de longues distances, créant de nouvelles opportunités intéressantes pour le transport aérien, en matière de logistique commerciale et militaire et de secours aux sinistrés. Il pourrait traverser le continent américain en 18 heures en survolant les sites nationaux naturels. Igor Pasternak travaille sur deux autres plus grands modèles : le ML868 (230 m de long) aura une capacité de 250 tonnes et à terme le ML86X (280 m de long, 108 de large), d’une capacité de 500 tonnes.Dragon Dream ML866 and Tustin Hangar. © Parkhannah CC by-sa 4.0

Planète

La grande épopée des ballons dirigeables

PhotoClassé sous :Environnement , renouveau du ballon dirigeable , Plans de la nouvelle France industrielle

Dépoussiéré, le concept du ballon dirigeable bénéficie aujourd'hui des technologies les plus sophistiquées et fait phosphorer militaires et civils de concert. Son grand retour en force est loin d'être une lubie pour passionnés fortunés.

Très utilisés au début du XXe siècle, les dirigeables ont été délaissés au profit de l'aviation ; et le tragique incendie, en 1937, de l'Hindenburg de la firme allemande Zeppelin, aux États-Unis, signa la fin des vols commerciaux transatlantiques. Mais, pour mémoire, le LZ 127 Graf Zeppelin avait effectué, durant son exploitation (1928 à 1937), 590 vols, un tour du monde, 143 traversées de l'Atlantique et une du Pacifique, il avait transporté 13.110 passagers.

Cette belle au bois dormant technologique revient sur la sellette et motive plus que jamais les grandes puissances mondiales. En France, la filière du dirigeable se structure et fait partie des programmes d'Industrie du Futur dans le cadre « Plans de la nouvelle France industrielle ». La conquête spatiale se réinvente au Safe Cluster (Security and Aerospace actors for the Future of Earth) en Région sud (ex-Paca) qui se rêve en Airship Village, à l'horizon 2020.

Les ballons dirigeables répondent aux nouveaux défis écologiques, énergétiques et économiques ainsi qu'aux besoins exprimés par l'industrie, réinventant jusqu'au voyage avec, dans un futur proche, des concepts de croisière de luxe dans les airs. Sans oublier les applications militaires de ces forteresses volantes.

Les nouveaux usages identifiés du dirigeable, habité ou autonome, sont multiples. Il peut relayer ou se substituer aux satellites de télécommunication ; en vol stationnaire et mieux qu'un drone, il effectue des missions de surveillance sur des périodes indéfinies (maritime et terrestre, scientifique et environnementale). Cargo aérien, il peut aussi livrer des hôpitaux de campagne et apporter des secours humanitaires lors de catastrophe naturelle sur des zones rendues inaccessibles, car il peut se poser presque partout. Il solutionne le transport aérien de fret complexe (éolienne, tronc d'arbre).

S'il présente quelques inconvénients (lenteur et vulnérabilité face aux conditions aérologiques), il dispose de nombreux avantages. Outre une faible dépendance aux infrastructures aéroportuaires, il consomme dix fois moins qu'un avion et 20 fois moins qu'un hélicoptère pour la même charge et la même distance, le dirigeable n'a qu'une très faible empreinte environnementale. Les moteurs électriques devraient progressivement remplacer le kérosène. La rareté du gaz porteur, l'hélium, oblige à concevoir des motorisations hybrides et alternatives.

Pour cette raison, il reste encore quelques obstacles à dépasser : les dirigeables doivent être pourvus de structures en carbone extrêmement résistantes. Les enveloppes devront être adaptées pour recevoir des panneaux photovoltaïques et être équipées des dernières technologies de textiles intelligents (capteurs connectés), auto-réparants, ultra-résistants et ultra-légers afin de minimiser les fuites de gaz. 

Que de défis à relever mais à portée de main. La Nasa songe à déployer dans quelques décennies un dirigeable sur Vénus quand d'autres rêvent, comme l'architecte Tiagos Barros, à des ballons sphériques assemblés en un nuage de mini-village ambulant. Partons à la découverte de ces voiliers des airs...

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