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Dossier - Homo sapiens technologicus : philosophie de la technologie
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Pourquoi certains philosophes s'intéressent-ils à la technologie ? Quelles sont les caractéristiques et les problèmes nouveaux de l'Homo sapiens s'il est vraiment devenu un Homo sapiens technologicus ?

  
DossiersHomo sapiens technologicus : philosophie de la technologie
 

Il faut partir de l’idée que la caractéristique de notre temps n’est pas la science, mais la technologie.

La science était la caractéristique de la civilisation moderne, qui mettait les efforts de représentation mathématisée du monde au service d'une valeur bien identifiée, le progrès, entendu d'abord comme progrès de la connaissance.
La technologie, elle, caractérise aujourd'hui une civilisation postmoderne ou postindustrielle, dont les efforts et les valeurs sont dispersés, peut-être divergents, même s'il s'en dégage une logique - celle du confort - dont il n'est même pas sûr que nous voulions faire une valeur.

Il faut mettre au point la relation entre la science et la technique/ technologie, ainsi que l'éventuelle différence de signification entre les termes « technique » et « technologie ».

Question : entre technique et technologie, existe-t- il une différence philosophiquement pertinente ? L'essentiel de la philosophie de la technologie s'écrivant maintenant en anglais, l'usage du mot « technologie » (technology) tend à se répandre. L'anglais n'utilise presque pas le terme « technique », qui existe pourtant, avec un sens assez étroit, mais intéressant : « technique » d'un artiste (peintre, pianiste...), ou savoir-faire directement corporel en général (danseur, gymnaste...).

© P. Stroppa/CEA

D'où l'hypothèse, simple mais puissante : « technique » désignerait des actions directement corporelles, de l'ordre du geste, et « technologie » désignerait directement ou non des objets et donc, par extension, tout ce qui est lié à leur usage, leur production, leur présence dans le monde. C'est le geste qui est technique, c'est l'objet qui est technologique. Technique et technologie ne s'opposent donc en rien, elles se fondent l'une en l'autre, exactement comme le geste et les artefacts humains.

À la barre d'un voilier de haute technologie, malgré tous les systèmes embarqués d'analyse et d'aide à la décision, le barreur reste détenteur d'une technique, c'est-à-dire d'un savoir-faire corporel directement lié à un objet matériel solide et simple. Entre le corps humain et l'artefact le plus complexe existent des liens fonctionnels, à des degrés très différents de sophistication technique. C'est l'unité de cet ensemble qu'il faut comprendre, peu importe où l'on décide de faire passer la ligne de démarcation entre technique et technologie. D'autant plus que la ligne de démarcation entre corps et technique n'est elle-même pas nette : le bras du barreur peut être porteur d'une broche, d'une prothèse en plastique sur une articulation, il peut « voir » l'avant du bateau ou les voiles à travers des écrans vidéo, « sentir » la gîte en gardant les yeux sur un horizon artificiel électronique...

Nous avons à comprendre des ensembles intégrés corps/technique/ technologie.