Un nouveau danger guette les esturgeons sauvages européens

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Des extractions de granulats prévues dans l'estuaire de la Gironde menacent les chances de survie de la population d'esturgeons sauvages européens dont c'est le dernier sanctuaire en Europe. Des impacts qui pourraient affecter aussi le renouvellement du stock de soles exploité dans le Golfe de Gascogne. Est à craindre aussi la libération dans l'eau du cadmium accumulé dans les sédiments

  
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Un nouveau danger guette les esturgeons sauvages européens !

Des extractions de granulats prévues dans l'estuaire de la Gironde menacent les chances de survie de la population d'esturgeons sauvages européens dont c'est le dernier sanctuaire en Europe. Des impacts qui pourraient affecter aussi le renouvellement du stock de soles exploité dans le Golfe de Gascogne. Est à craindre aussi la libération dans l'eau du cadmium accumulé dans les sédiments.

Esturgeon adulte de l'espèce Sturio de 77 cm de long

 Photo : copyright Cemagref - M.Lepage - tous droits réservés

Extraire des granulats du lit des fleuves est maintenant interdit. Les impacts physiques, chimiques et biologiques se sont révélés dévastateurs : érosion régressive, déstabilisation des ouvrages, attaques des berges et instabilité des profils, abaissement des nappes, suppression de zones de reproduction, de nourriceries ou de repos par disparition ou colmatage des substrats, chenalisation des lits et accélération des vitesses d'écoulement. Les dommages subis par les milieux sont tels qu'ils ont été progressivement pris en compte dans les textes réglementaires de la loi sur l'Eau du 3/01/1992 et des SDAGE (schémas directeurs d'aménagement et de gestion des eaux).

Dorénavant exclues des fleuves, les exploitations alluvionnaires convoitent de nouveaux gisements en mer ou en estuaire afin de maintenir leur activité. Or l'on connaît mal l'incidence qu'auraient ces exploitations sur ces écosystèmes, dont les chercheurs découvrent progressivement la richesse, la fragilité et les fonctionnalités biologiques.

Esturgeon européen (Acipenser sturio)

 Photo : copyright Cemagref - M.Lepage - tous droits réservés

  • L'esturgeon, une espèce protégée

L'esturgeon européen (Acipenser sturio) bénéficie depuis 1994 d'un important plan européen de restauration de l'espèce LIFE I et II soutenu par l'Europe, l'Etat et les collectivités locales. Les nouveaux projets d'extraction de granulats dans l'estuaire de la Gironde pourraient bien compromettre tous ces efforts. Déjà, sa disparition de la plupart des fleuves d'Europe de l'Ouest a été provoquée certes par sa pêche excessive mais aussi par la destruction de ses habitats continentaux par les constructions de barrages et les extractions des granulats au niveau de ses zones de reproduction.

Une découverte faite récemment par les chercheurs du Cemagref dans le cadre du programme LIFE vient confirmer l'importance de certaines zones de l'estuaire pour les jeunes esturgeons. Ils vivent en effet durant 3 à 7 ans en estuaire avant d'entreprendre leur migration marine. En étudiant leurs déplacements et leur alimentation, l'équipe du Cemagref a découvert que certaines zones vaseuses étaient plus fréquentées que d'autres. Pourquoi ? En raison de leur richesse en petits vers, de minuscules polychètes qu'ils consomment par milliers.

Esturgeons des espèces "sturio" (en bas) et "Baeri" (au dessus)

  Photo : copyright Cemagref - M.Lepage - tous droits réservés

  • Un risque qui touche aussi d'autres espèces marines

C'est une nouveauté : l'esturgeon sauvage se nourrit surtout de petits vers et non pas de crustacés comme on le pensait jusqu'alors. Or ces petits vers ne se trouvent en forte densité qu'à certains endroits de l'estuaire, souvent au niveau de bancs voisins de sites convoités par les industriels. Les chercheurs ont montré que ces habitats sont également très fréquentés par les jeunes soles et les flets pendant leur croissance en estuaire. Ils constituent des nourriceries qui alimentent le stock de soles exploitées du Golfe de Gascogne.

...l'esturgeon sturio une fois adulte peut dépasser 1 mètre.

Photo : copyright Cemagref - JM. Lebars - tous droits réservés.

Extraire des granulats de cette zone entraînerait l'altération voire la disparition de ces tapis de polychètes. Sont à prévoir aussi des changements de courant et surtout, la libération possible dans l'eau de l'estuaire d'une partie du cadmium accumulé dans les sédiments par des décennies d'exploitations minières. Ce risque qui a interdit depuis 1996 l'activité ostréicole en estuaire pourrait bien concerner le plus grand bassin ostréicole européen de Marennes-Oléron. En effet, ce bassin est partiellement alimenté par les eaux provenant de l'estuaire de la Gironde.

Les conséquences économiques pour la région seraient importantes puisque les eaux alimentant ce bassin ont des concentrations en cadmium proches du seuil maximal réglementaire. D'autant qu'en 2003, les normes des teneurs admissibles en métaux lourds dans les huîtres seront divisées par deux...

  • Encadré

L'estuaire de la Gironde est unique en Europe. Avec ses 675 km2, c'est le plus grand estuaire de l'Europe de l'ouest. C'est le seul à posséder encore toutes les espèces de poissons migrateurs amphihalins dont l'esturgeon européen, les lamproies fluviatile et marine, le saumon atlantique, les aloses, l'anguille et la truite de mer. Il constitue en outre l'une des principales nourriceries pour la population de soles exploitées en Golfe de Gascogne (3000 pêcheurs et 50 M€ de production française).

© Cemagref 2002 Contact scientifique : Véronique Leclerc