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Panicauts : Eryngium viviparum

Dossier - Tourisme dans le Morbihan : petite virée botanique
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Venez faire du tourisme dans le Morbihan. Découvrez notamment l'île de Groix ainsi que la richesse du littoral : ses plantes rares et ses espèces animales si particulières.

  
DossiersTourisme dans le Morbihan : petite virée botanique
 

Découvrez ici les panicauts, ou Eryngium, de la famille des Apiacées, qu'il ne faut pas confondre avec les chardons. Ils se distinguent des Astéracées épineuses, ou chardons vrais, par leurs anthères non soudées entre elles et par le fruit constitué d'un double akène. Il est surtout question ici d'Eryngium viviparum, le panicaut vivipare, présent dans le Morbihan.

Eryngium alpinum, ou panicaut des Alpes. © Andrew Bossi, Wikimedia Commons, CC by-sa 2.5

Le panicaut vivipare (Eryngium viviparum)

Voici les caractères diagnostiques d'Eryngium viviparum :

  • plante glabre de couleur vert bleuâtre atteignant 15 cm de hauteur ;
  • tiges de 8 à 10 cm, couchées, dichotomes à rameaux divergents ;
  • feuilles basales en rosette, linéaires, lancéolées, épineuses, de 2 à 5 cm de long sur 0,3 à 0,5 cm de large, dont les externes sont dentées et plus étroites ;
  • feuilles caulinaires opposées, sessiles, pennatifides à 3 à 5 lobes incisés épineux dont le terminal est plus grand ;
  • ombelle subsessile à l'aisselle de chaque bifurcation de la tige ou terminale, portant à sa base un involucre de 5 à 10 bractées lancéolées à marges dentées épineuses ;
  • fleurs de 0,5 cm de diamètre, bleu clair à anthères jaune blanchâtre à calice fructifère à dents dressées, convergentes ;
  • fruits : diakènes globuleux, nus à la base, munis d'écailles et surmontés par les sépales persistants.

Caractères biologiques d'Eryngium viviparum

Eryngium viviparum est une plante vivace de type hémicryptophyte en rosette dont les méristèmes persistent au ras du sol durant la période défavorable.

À son optimum, un pied adulte présente typiquement :

  • une rosette « mère » qui est en fait composée de plusieurs rosettes adjacentes resserrées les unes contre les autres ;
  • plusieurs rameaux florifères rigides (de 1 à 5) très ramifiés (on observe jusqu'à 4 niveaux de dichotomie), porteurs de nombreuses ombelles comptant chacune entre 6 à 10 fleurs ;
  • à la base de chaque ombelle, plusieurs « bourgeons feuillés » qui produisent rapidement des radicelles.

La première année, la rosette est simple et ne fleurit pas. Pendant la phase de submersion hivernale, elle se divise et les feuilles immergées s'allongent considérablement, pouvant dépasser 10 cm de longueur. Il semble qu'une partie des rosettes d'origine disparaissent lors de la troisième saison, tandis qu'un nombre plus ou moins important de nouvelles petites rosettes apparaissent, en périphérie des rosettes d'origine.

Par conséquent, la plante peut rapidement disparaître si rien n'est opéré au niveau du milieu pour permettre son maintien (fermeture du milieu). Toutefois, elle a la capacité de reprendre tout aussi rapidement possession d'un espace favorable à sa dynamique de pionnière.

Biologie de la reproduction d'Eryngium viviparum

La floraison s'étale de juillet à septembre. Bien que le panicaut nain soit dit « vivipare », cette caractéristique ne paraît pas constituer son mode de reproduction privilégié. On a, en fait, observé, sur le site de Belz, trois modes de reproduction potentiels :

  • multiplication végétative par enracinement de rosettes constituées par les « bourgeons feuillés » (viviparité) ;
  • multiplication végétative par multiplication des rosettes (tallage) ;
  • reproduction sexuée par graines.

Caractères écologiques d'Eryngium viviparum

Eryngium viviparum est une espèce amphibie des eaux oligotrophes. D'octobre à juin, elle subit une période de submersion et se trouve généralement inondée sous 20 à 30 cm d'eau ; elle connaît ensuite une exondation progressive durant la période estivale.

Elle se développe sur un substrat constitué d'une couche de faible épaisseur d'humus reposant sur une couche argileuse d'altération de la roche mère correspondant aux ensembles leucogranitiques sud-armoricains. Ces granites à structure grenue sont riches en micas noirs et pauvres en muscovite. Le pH se situe aux environs de 6,5.

Espèce pionnière, le panicaut nain vivipare supporte difficilement la concurrence de :

  • l'ajonc d'Europe (Ulex europaeus) ;
  • la molinie bleue (Molinia caerulea).

Ainsi, il préfère les milieux ouverts, perturbés par piétinement ou pâturage.

Fleurs d'Ulex europaeus. © PaleCloudedWhite, Wikimedia Commons, CC by-sa 4.0

Communautés végétales associées à l’espèce Eryngium viviparum

Eryngium viviparum se développe dans une prairie maigre, humide et ouverte, enclavée au sein d'une lande mésophile à ajonc d'Europe et ajonc de Le Gall (Ulex gallii), non loin du littoral. Dans ce milieu, elle se retrouve dans deux situations écologiques différentes :

  • en prairie inondable oligotrophe rase subouverte à l'agrostide stolonifère (Agrostis stolonifera) correspondant à un groupement de l'ordre des Agrostietalia stoloniferae ;
  • en pelouse hygrophile localisée dans le creux de la dépression plus ou moins clairsemée et composée d'espèces amphibies se rattachant à l'Elodo palustris-Sparganion.

En l'absence de perturbation conduisant à une ouverture du milieu, l'agrostide stolonifère et la molinie bleue supplantent progressivement le stade pionnier d'Eryngium viviparum.

Eryngium maritimum. © Júlio Reis, Wikimedia Commons, CC by-nc 2.5

Répartition géographique d'Eryngium viviparum

Le panicaut nain vivipare est une espèce euatlantique endémique franco-ibérique. Son aire de répartition est limitée à la péninsule Ibérique et au Massif armoricain. À l'heure actuelle, l'espèce ne se maintient plus que dans une seule station en Espagne (Galice) et en France (commune de Belz, Morbihan, à une altitude moyenne de 12 à 15 m).

Statut de l'espèce : la station de Belz bénéficie depuis 1988 d'un arrêté préfectoral de protection de biotope.

Eryngium campestre. © Bernd Haynold, Wikimedia Commons, CC by-sa 2.5

Évolution et état des populations

Les populations mondiales d'Eryngium viviparum ont subi un profond déclin sur l'ensemble de leur aire, conduisant l'espèce au bord de l'extinction. En Espagne, l'évolution des populations est similaire à celle des populations françaises :

  • Sur la vingtaine de sites répertoriés il y a vingt ans, un seul subsiste en Galice.
  • Au Portugal, l'unique station est éteinte dans la province du Minho.
  • En France, 25 stations avaient été dénombrées dans le sud du Morbihan en 1948. L'urbanisation et les aménagements ainsi que l'abandon des pratiques agricoles ont entraîné l'effondrement de l'espèce puisque seule la station de Belz se maintient aujourd'hui.

Les différentes mesures de gestion appliquées depuis 1991 ont permis de renforcer les populations de l'espèce : les effectifs sont passés à plus de 6.000 pieds en 1998. L'augmentation du nombre d'individus permet de voir s'éloigner le danger d'une extinction, imminente il y a peu. Cependant, la menace de disparition reste d'actualité, la survie de l'espèce étant uniquement liée à un décapage manuel régulier.

Menaces potentielles pesant sur Eryngium viviparum

La fermeture du tapis végétal représente la principale menace pesant sur la station de Belz. Celle-ci résulte de la disparition des pratiques agropastorales. La station étant située au sein d'une zone artisanale, s'ajoute une pression potentielle d'urbanisation (lotissements, infrastructures).

La modification du biotope par drainage provoque un assèchement préjudiciable à l'espèce et amplifie les risques d'incendies. Plusieurs propositions sont faites aux autorités locales pour tenter de sauver ce qui peut encore l'être.