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Pour la première fois, des requins hybrides découverts en Australie

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C'est le long de la côte est de l'Australie que les premiers requins hybrides ont été découverts. Deux espèces proches se sont accouplées et ont donné naissance à une descendance viable, qui s'est elle-même reproduite. Résultat, l'une des deux espèces a réussi à étendre son aire de répartition.

Le requin bordé est quasi menacé selon la classification de l'UICN. © Olivier Roux, Flickr, cc by nc 2.0
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Carcharhinus tilstoni, requin endémique de l'Australie et le requin bordé (C. limbatus) sont très proches : seules quelques caractéristiques physiques, comme la taille, permettent de les différencier. Leurs aires de répartition sont différentes mais celle de C. limbatus recouvre entièrement celle son cousin australien, le long des côtes est de l'île. Des chercheurs se sont rendu compte que ces deux espèces s'étaient accouplées, donnant naissance à des requins hybrides. C'est la première fois que ce phénomène est observé au sein des chondrichtyens (requins, raies et chimères).

Le croisement est relativement répandu chez les être vivants, notamment les végétaux. Au sein du milieu marin, ce phénomène a déjà été observé plusieurs fois, et particulièrement chez les poissons sarcoptérygiens. Il faut dire que le mode de reproduction est différent de celui des chondrychtiens : alors que ceux-ci pratiquent une reproduction sexuée interne, celle des poissons osseux est externe. Ils larguent leurs gamètes dans la mer, laissant aux femelles le soin de s'en saisir ultérieurement.

S'hybrider pour accroître son aire de répartition

Mais quel est l'avantage de s'accoupler avec une espèce différente ? Les eaux dans lesquelles nage C. tolstoni, le long des côtes australiennes sont moins profondes et plus chaudes. Son cousin, en revanche, a la capacité d'évoluer également dans des eaux plus froides. En se croisant avec lui, C. Tolstoni permet de donner naissance à une progéniture qui sera capable d'étendre son aire de répartition vers des milieux qui lui sont à priori hostiles.

Individus hybrides et purs retrouvés le long de la côte est de l'Australie. Ct : C. tolstoni ; Cl : C. limbatus. © Morgan et al. 2011, Conservation Genetics - adaptation Futura-Sciences

C'est en réalisant un simple inventaire destiné à l'industrie de la pêche que les chercheurs australiens sont tombés sur des individus qui avaient un profil génétique d'une espèce et des caractéristiques phénotypiques de l'autre. Ils ont donc approfondi leur recherche en réalisant l'analyse génétique (ADN mitochondrial et nucléaire) de requins d'une grande partie de la côté est de l'Australie. Leurs résultats sont publiés dans Conservation Genetics.

Des requins hybrides qui se reproduisent

Ils ont trouvé 57 hybrides appartenant à plusieurs générations. Des simples (F1), résultant de l'association des deux espèces, et des croisés (B+), issus de l'accouplement soit d'un F1 avec un individu « pur » ou bien de deux F1. Signe non seulement que ce phénomène n'est pas tout à fait nouveau, mais surtout, que les hybrides formés sont capables de s'accoupler avec les deux espèces parentes, prouvant le succès de l'hybridation.

Ils ont ensuite effectué une analyse géographique de la répartition de ces hybrides, par rapport aux spécimens « purs » et ont pu observer que plusieurs d'entre eux vivaient à environ 2.000 km plus au sud que le requin australien, où il n'aurait jamais pu vivre. 

Certains êtres vivants doivent s'adapter pour agrandir leur aire de répartition ou conquérir de nouveaux milieux. D'autres se reproduisent tout simplement avec des espèces déjà adaptées...

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