Le diable de Tasmanie est aussi appelé sarcophile, « qui aime les cadavres ». © Tim Ezzy, Shutterstock

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Le diable de Tasmanie évolue pour résister au cancer

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Le diable de Tasmanie était une espèce menacée d'extinction à cause d'un cancer de la face qui a pour particularité d'être transmissible, ce qui est plutôt rare pour un cancer. Mais le génome du petit marsupial a évolué en réponse à la propagation rapide de ce redoutable fléau.

Dans un article paru dans Nature Communications, une équipe internationale de chercheurs montre que deux régions du génome du diable de Tasmanie ont évolué en réponse au cancer qui menaçait sa survie.

Cette maladie grave de la face, détectée pour la première fois en 1996, aurait causé la disparition d'environ 80 % de la population de diables de Tasmanie en 20 ans. Ceux qui ont survécu ont pu bénéficier d'évolutions dans des gènes importants dans la réponse immunitaire et le risque de cancer.

Grâce à ces évolutions, cet animal emblématique de l'Australie pourrait éviter l'extinction qui le guette. Cette recherche peut aussi aider à mieux comprendre la transmissibilité d'un cancer, la rémission et la façon dont les animaux peuvent évoluer rapidement pour résister à un cancer.

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Article initial paru le 29/05/2012 à 08:39

Le diable de Tasmanie, petit marsupial nocturne et carnivore, est victime d'un cancer contagieux et incurable qui décime l'espèce. Avant son extinction, jugée inéluctable, des Australiens ont créé un refuge où se reproduisent des spécimens sains.

Sur le flanc des collines de Barrington Tops, au nord de Sydney, à Devil Ark, des scientifiques élèvent des diables mâles et femelles qui repeupleront un jour la Tasmanie, l'île du sud-est de l'Australie dont ils portent le nom. Le cancer de la face qui les menace d'une disparition complète d'ici cinq ans entraîne la mort en trois à six mois. La contagion se fait par morsures, lorsque les diables se battent pour défendre leur pitance ou leur territoire.

« Ses chances de survie semblent aujourd'hui minces. La maladie a été découverte en 1996 et quinze ans plus tard, la population a diminué de 91 % », s'alarme l'écologiste Tim Faulkner, de l'Australian Reptile Park. Pour l'heure, « il n'y a aucun espoir de traitement, aucun espoir de vaccin et aucun espoir d'un ralentissement de la contagion », dit-il. Classé comme nuisible quand il proliférait, tout comme son cousin le tigre de Tasmanie, le diable est désormais une espèce en danger d'extinction dont la population est estimée à, au plus, 20.000 à 30.000 individus. Le diable, baptisé ainsi par les colons britanniques qui s'effrayaient de ses cris impressionnants, n'a pas toujours été l'emblème de la seule Tasmanie. Il hantait jusqu'au XVIIe siècle des régions entières d'Australie.

Deux diables de Tasmanie dans les bras de soigneurs. Les mâles sont très agressifs entre eux. © Devil Ark

Son confinement sur l'île a érodé sa diversité génétique et donc son système immunitaire, le rendant vulnérable aux maladies : ses anticorps sont incapables de reconnaître les cellules cancéreuses, observe la généticienne Kathy Belov. Son équipe de l'université de Sydney étudie la tumeur dans l'espoir - infime - de trouver un vaccin ou un traitement. Les scientifiques parient davantage sur la constitution d'une banque génétique et l'élevage des diables. « En l'espace de trente ans et de quelques générations, nous espérons disposer de diables susceptibles d'être relâchés dans la nature et capables de chasser et de se débrouiller », explique-t-elle.

Un diable de Tasmanie très jeune. C'est un mammifère marsupial, donc plus proche d'un kangourou que d'un chien ou d'un rongeur. © Devil Ark

« Des diables heureux »

Devil Ark (l'arche du diable) est une sorte de vaste ferme de 500 hectares bâtie sur la commune de Tomalla Station, au cœur d'un parc national, don de la famille Packer qui a fait fortune dans les casinos et les médias. Le refuge, dont le nom fait référence à l'arche de Noé, accueille une centaine de diables et en espère 350 d'ici 2016, puis un millier dans les années suivantes.

Les petits animaux s'ébattent dans des enclos à végétation dense proche de leur habitat naturel. Nourris le soir de carcasses de kangourous et autres proies, ils peuvent dormir la journée. Ces marsupiaux sont répartis sur la base d'un catalogue d'étalons censé optimiser la reproduction, chaque enclos contient entre six et dix individus, des mâles pour moitié. Une méthode payante puisque 24 diablotins ont vu le jour en 2011. « Ils se sentent bien ici. Tout indique que ce sont des diables heureux et en bonne santé », se réjouit un soigneur, Adrian Good.

Loin des affres de leurs congénères condamnés à mort sur l'île de Tasmanie, les diables de Tomalla Station peuvent se mordre sans crainte, pour un bout d'enclos ou une femelle, ainsi que leur commande leur instinct. « Ces comportements sauvages sont essentiels pour leur survie quand ils seront relâchés », souligne Adrian Good.

L'expérience de l'arche est unique en son genre, affirme Tim Faulkner, car la réintégration dans leur habitat naturel d'espèces sauvages élevées en captivité est une gageure pour la plupart d'entre elles. Elle pourrait toutefois être utilisée pour d'autres espèces endémiques australiennes, comme le koala.

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