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Cancer : un rapport stigmatise l'eau du robinet

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Publié par le WWF et Guérir.fr, le site de David Servan-Schreiber, un rapport émet un doute sur les effets de l'eau du robinet sur la santé des personnes atteintes d'un cancer. Le rapport n'apporte pas de preuve et en reste au niveau du principe de précaution, en précisant que la qualité de l'eau, en France, est plutôt bonne...

L'eau du robinet est potable mais au prix de nombreux efforts... © Malla_mi / Flickr - Licence Creative Common (by-nc-sa 2.0)

« Si vous êtes atteint d'un cancer, méfiez-vous de l'eau du robinet », c'est ce qu'explique en substance le rapport rédigé sous la direction du WWF et de David Servan-Schreiber (médecin psychiatre), responsable du site Guérir.fr, qui réunit une communauté de personnes victimes de cette maladie. L'équipe signant le texte comprend essentiellement des médecins, dont Luc Montagnier, prix Nobel 2008.

Le document met en cause la présence dans l'eau de différents produits chimiques, dont les nitrates (apportés en grandes quantités par les engrais agricoles), les pesticides et les médicaments. Tous sont suspectés à des degrés divers d'être liés à des maladies, notamment des cancers, ou d'affecter la faune ou la flore.

Selon les auteurs, les normes de surveillance de l'eau n'ont pas suffisamment évolué malgré les progrès d'études récentes. Il est vrai que beaucoup mettent en évidence un effet des polluants sur la santé humaine. Par exemple, la féminisation des poissons des rivières paraît liée, chez les hommes, à la diminution du nombre de spermatozoïdes. Chez la femme, l'incidence de l'environnement sur le cancer du sein ne fait plus guère de doute, avec la mise en cause d'une longue liste de produits, des pesticides à certaines peintures en passant par des crèmes solaires. Chez les agriculteurs, la maladie de Parkinson semble liée à l'usage des pesticides.
En quantités plus ou moins élevées, tous ces produits se retrouvent dans les nappes phréatiques et, partant, dans l'eau destinée aux robinets. Il en est de même pour les molécules médicamenteuses, qui commencent à faire l'objet d'une attention plus grande. Les stations d'épuration, en effet, n'ont jamais été conçues pour filtrer l'eau au point de retenir toutes ces molécules.

Pas de panique

Pour autant, quel est le danger ? La qualité de l'eau fournie aux usagers varie d'une région à l'autre, notamment selon l'urbanisation et les pratiques agricoles. De plus, les contrôles ne sont pas effectués partout au même rythme. Ainsi, expliquent les scientifiques signataires, l'eau distribuée dans les grandes villes est toujours conforme aux normes en vigueur et les contrôles sont réguliers. En revanche, dans les zones rurales, leur fréquence varie beaucoup. Le problème concerne alors surtout les nitrates et les pesticides. « Pour 5,1 millions de personnes, soit 8,4 % de la population française, l'eau du robinet a été mesurée au moins une fois comme non conforme au cours de l'année 2007 » affirme le rapport.

Mais, comme le souligne le même texte, la qualité de l'eau est « globalement bonne en France ». Répondant à ce texte, la Direction générale de la santé précise, à propos de ces cinq millions de personnes concernées par un dépassement du seuil, qu'une restriction de la consommation d'eau n'a été décidée que pour 0,8% des cas, soit 40.000 personnes.

Quant aux pollutions constatées, le risque est très mal quantifié, d'autant que, comme dans tous les phénomènes de toxicité, les effets nocifs de différents produits peuvent se renforcer (une situation popularisée sous le nom « d'effet cocktail »). Il est toujours malaisé de quantifier l'effet d'une molécule isolée.

Que doit-on faire ? Les auteurs du rapport s'en tiennent à des recommandations simples et limitées au principe de précaution. Pour eux, le risque le plus élevé concerne les personnes atteintes d'un cancer et c'est à elles que le rapport s'adresse d'abord. Les conseils sont de se renseigner sur la qualité de l'eau de sa commune et, en cas de doses trop élevées en nitrates ou en pesticides, de privilégier l'eau minérale ou d'utiliser des carafes filtrantes (et de penser à changer les filtres...).

Ces conseils n'ont rien de neuf, d'ailleurs, puisqu'ils sont donnés depuis longtemps par le Cieau (Centre d'information sur l'eau), chargé, justement, d'informer le grand public sur la qualité de l'eau. On peut également se renseigner sur les pages Web consacrées à l'eau sur le site du Ministère de la Santé.

Au final, le rapport, qui a connu un bon succès médiatique, a le mérite de faire parler de ce sujet important mais n'apporte aucun élément nouveau et ne doit surtout pas faire trop peur. Au passage, on ajoutera que la consommation d'eau minérale en bouteille (entre 100 et 200 fois plus chère) n'est pas non plus un acte innocent. Sur le plan environnemental, il n'est sans doute pas judicieux de boire une eau extraite à des centaines voire des milliers de kilomètres de chez soi. Il faut également prendre garde à la quantité de sels minéraux et surtout de sodium, malsain pour les hypertendus...

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