The Cove : affiche du film. Crédits DR.

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The Cove : des dauphins massacrés dans la baie de la honte

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The Cove - Le Grand Bleu : 20 ans séparent ces deux films. Il y a 20 ans, le public découvrait la beauté de la mer ; 20 ans plus tard il en perçoit l'horreur.... Constatant avec désespoir et colère que la vente des dauphins est devenue un énorme marché, Richard O'Barry cherche constamment à témoigner sur des pratiques peu connues du grand public. Révolté par les méthodes des pêcheurs de Taiji, il s'est mis à filmer ce qui se déroule dans la petite baie japonaise, puis à envoyer les images aux médias afin d'alerter l'opinion : The Cove était né, un film distribué par Luc Besson, au cinéma le 30 septembre.

Synopsis

Après s'être fait connaître dans les années 60 par la série Flipper, l'ex-dresseur de dauphins Ric O'Barry est aujourd'hui un défenseur acharné des cétacés. Avec l'équipe de l'Oceanic Preservation Society, O'Barry entreprend de révéler au monde entier la vérité sur ce qu'il se passe à Taiji, au Japon, une petite ville qui cache un bien grand secret. Malgré l'hostilité de la police locale et des pêcheurs, O'Barry et ses complices réunissent une équipe de choc : cadreurs et preneurs de sons sous-marins, océanographes et plongeurs en apnée se lancent dans une opération secrète, destinée à rapporter des images interdites de la petite baie isolée...


Bande annonce du film "The Cove"

Interview de Luc BESSON

Etiez-vous au courant des massacres de cétacés à Taiji ?

A Taiji précisément non, mais j'avais déjà entendu parler du phénomène sans en connaître l'ampleur. Le film montre bien que cette catastrophe est loin d'être résolue, ce que je trouve totalement insensé. De même, je trouve insensé que les Japonais n'arrêtent pas la chasse à la baleine dans les mers arctiques. Et c'est d'autant plus ridicule qu'ils brandissent d'immenses panneaux indiquant "Recherche scientifique" devant les photographes de Greenpeace - alors que le monde entier sait bien qu'ils massacrent les baleines pour les manger. Ce qui est encore plus criminel, c'est que les autorités japonaises ne sensibilisent pas davantage la population et continuent à encourager l'élimination de ces espèces animales-là.

Vous avez récemment distribué Home de Yann Arthus-Bertrand et The Cove s'inscrit dans une même démarche de sensibilisation. Pensez-vous qu'un cinéaste puisse avoir une influence sur nos comportements ?

Un cinéaste seul, non. Mais si tout le monde se mobilise - les journalistes, les écologistes, les cinéastes etc. -, cela peut contribuer à faire bouger les choses.

Le grand public vous avait découvert grâce au Grand Bleu. Et dans Atlantis, vous évoquiez encore votre passion pour les océans. Peut-on dire que The Cove sonne comme un cri d'alarme ?

Malheureusement, la mer est meurtrie sur toute la surface du globe, et pas uniquement à Taiji - qu'il s'agisse du problème des algues en Bretagne, de la destruction des coraux dans l'océan indien et dans le Pacifique, du fait que les phoques polaires et les pingouins abandonnent leurs petits parce qu'il y a de moins en moins de nourriture etc. Il y a donc comme un cri d'alarme permanent tout autour de la mer : personne n'est là pour la défendre et l'homme continue à la piller bêtement puisque d'ici une vingtaine d'années, il n'y aura plus rien à prendre. Je suis toujours frappé de voir à quel point l'homme peut ruiner son propre environnement par simple appât du gain : nous sommes tout bonnement en train de scier la branche sur laquelle nous sommes assis.

Etes-vous d'accord pour considérer The Cove comme un grand film politique ?

Plus qu'un film politique, je pense que c'est un film nécessaire. Un massacre est perpétré dans une région du Japon, à l'insu de la population locale : il est bon que le reste du monde apprenne la vérité. Le film est donc le fruit d'un travail de journalistes. Il en est de même des grands massacres d'êtres humains ou d'animaux de ces derniers siècles : il est important de se mettre face à l'histoire et d'en tirer les leçons. Du coup, il faut absolument être informé.
En outre, cette région du Japon où les pêcheurs se comportent comme des bêtes n'es pas du tout représentative du comportement de la majorité des habitants qui sont raffinés et cultivés. C'est vraiment une tache de sang qu'ils ont sur les mains et qu'il faut qu'ils effacent.

Interview de Richard O'Barry

De nombreux spectateurs seront surpris d'apprendre que la chasse au dauphin est légale au Japon. Pourquoi ?

Il existe un soi-disant moratoire sur la chasse à la baleine, mais il n'englobe pas les dauphins ou les baleines de petite taille. Bien entendu, la taille n'a aucune importance : les dauphins sont des cétacés et leur souffrance est la même. Malheureusement, comme on le voit dans le film, la Commission Baleinière Internationale est totalement inefficace et noyautée par des avocats corrompus. Du coup, il ne ressort presque rien de leurs réunions.

Vous soulignez également qu'au-delà de la question éthique, se pose surtout un grave problème de santé publique puisqu'il est prouvé que la viande de dauphin, toujours en vente au Japon, est contaminée par le mercure.

Ce que nous avons découvert, c'est que la viande de dauphin, c'est du poison ! Elle contient davantage de mercure que les poissons qui ont contaminé la ville de Minimata, ce qui constitue pourtant l'un des pires épisodes d'empoisonnement au mercure de l'histoire récente. Et pourtant, les Japonais ignorent tout cela. J'espère que ce film réussira là où les journaux et la télévision japonais ont échoué : révéler au grand jour le fait qu'on ment aux Japonais depuis des années. Il s'agit véritablement d'un acte criminel car la Constitution japonaise prévoit que les Japonais ont un droit d'accès à cette information. Aucun médecin n'a encore étudié les effets de la consommation de viande de dauphin contaminée par le mercure sur l'organisme, mais nous avons rencontré des gens qui nous ont dit qu'ils souffrent de pertes de mémoire ou de déficience auditive. C'est très préoccupant.

Que faudrait-il faire pour que cesse la chasse au dauphin ?

Tout d'abord, les parcs d'attraction utilisant des dauphins rapportent 2 milliards de dollars par an, pour le seul territoire américain - et c'est cela qui motive la chasse. La solution doit aussi venir des Japonais eux-mêmes. Malgré tout, on m'a expliqué qu'une pression extérieure - ce que les Japonais appellent "gaiatsu" - peut avoir un rôle bénéfique.

Est-ce que ce film risque de mettre votre vie en danger lorsque vous retournerez à Taiji ?

Je cours déjà un risque énorme à l'heure actuelle. Quand je vais à Taiji, je dois y aller déguisé - j'y suis même allé en portant une robe, du rouge à lèvres et une perruque pour ne pas me faire repérer. Si on est arrêté au Japon, on est vraiment hors circuit et, du coup, il est fondamental qu'on ne trouve pas une bonne raison de m'arrêter. C'est aussi pour cela que l'on voit les pêcheurs nous filmer car ils espèrent surprendre l'un d'entre nous en train de commettre un délit. Mais les Yakuza représentent une plus grande menace encore car ils ont maille à partir avec la chasse à la baleine et le commerce de poissons au Japon. Quand je suis à Taiji, je suis constamment sur mes gardes pour éviter de m'attirer des ennuis. C'est comme une guerre entre espions.

A votre avis, qu'est-ce que le public retiendra de The Cove ?

Tout d'abord, j'espère que les gens arrêteront d'emmener leurs enfants dans les parcs d'attraction offrant des spectacles de dauphins : faire faire des tours idiots à des animaux intelligents et sensibles donne un mauvais exemple à nos enfants. Ensuite, j'espère que les Japonais arrêteront de tuer les dauphins pour leur viande car, hormis la question éthique, la viande de dauphin est toxique et n'est donc pas propre à la consommation pour l'homme ou l'animal. En troisième lieu, les dauphins et les baleines sont pollués surtout parce que l'homme rejette ses déchets toxiques dans les océans. La consommation d'énergie fossiles, et tout particulièrement de charbon, contribue à l'accumulation de mercure dans l'atmosphère : il faut donc qu'on s'habitue à ne plus utiliser de charbon pour sauver les océans. Par exemple, dans les bureaux de l'OPS, nous avons 117 panneaux solaires qui fournissent 140% de nos besoins en énergie. Et nous avons également deux voitures électriques qui fonctionnent exclusivement à l'énergie solaire. Ce qui prouve que tout le monde peut faire un geste.

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