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Dans les abysses, les calmars sont bisexuels

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Des observations réalisées dans le fond du canyon sous-marin de Monterey, au large de la Californie, montrent que les mâles d'une espèce de calmar inséminent leurs congénères quel que soit leur sexe. Une forme de bisexualité dont l'unique motivation est une augmentation du succès reproducteur.

Les mâles Octopoteuthis deletron, une espèce de calmar vivant au fond des océans, dépose son sperme sur ses congénères mâles et femelles. © Monterey Bay Auqarium Research institute, dr

La bisexualité et l'homosexualité ne sont pas l'apanage du genre Homo. Plusieurs études scientifiques et observations l'avaient déjà prouvé, mais de nouvelles découvertes réalisées sur des calmars vivant dans les abysses confirment cette théorie. Les mâles transmettent en effet leur sperme à leurs congénères, indépendamment de leur sexe.

Octopoteuthis deletron est une espèce de calmar vivant dans les fonds marins, à des profondeurs allant de 400 à 800 mètres. Afin de se reproduire, les mâles déposent une poche de sperme sur le corps d'une femelle. Ce paquet est ensuite incorporé au sein du corps de la femelle, et lorsque celle-ci est en période d'ovulation, les spermatozoïdes fécondent les ovules.

Impossibilité de distinguer le sexe

Mais voilà, à ces profondeurs abyssales, il est difficile de distinguer quoi que ce soit, et encore plus de faire la différence entre un calmar mâle et un calmar femelle. Alors le mâle se trompe, ou plutôt, selon les observations des scientifiques du Monterey Bay Aquarium Research Institute en Californie, détaillées dans la revue Biology Letters, il dépose le sperme aussi bien sur les mâles que sur les femelles.

Les taches blanches sur cette femelle sont des paquets de sperme déposés par un mâle. © Monterey Bay Auqarium Research Institute, DR

Hendrik Hoving a en effet observé, à l'aide de caméras embarquées sur des engins sous-marins qu'ils ont baladés sur le fond du canyon de Monterey (au large de la Californie), une centaine de calmars dont le sexe d'un tiers environ a pu être identifié : 19 femelles et 20 mâles, précisément. Sur ces individus, mâles comme femelles et dans des proportions similaires (9 mâles et 10 femelles), ils ont observé des dépôts de sperme. Ce qui signifie que les mâles ayant déposé le sperme l'ont fait indifféremment du sexe du calmar cible.

Il faut rappeler que dans cet environnement, les calmars se font assez rares et chacun d'entre eux vit individuellement. Lorsqu'un mâle rencontre un congénère, il devient donc avantageux d'y déposer du sperme puisque le calmar est apparemment incapable de distinguer le sexe de ses congénères. En effet, mieux vaut gâcher quelques millions de spermatozoïdes plutôt qu'une occasion de se reproduire et de diffuser ses gènes. En outre, l'espérance de vie de ces animaux est courte et ils sont sémelpares, ce qui signifie que leur période de reproduction est courte. D'un point de vue évolutif, et surtout concernant le succès reproducteur, ce comportement est donc bénéfique.

Augmentation du succès reproducteur

Peut-on ici vraiment parler d'homosexualité ou de bisexualité ? Selon le biologiste et sexologue Bruce Bagemihl, l'homosexualité peut prendre plusieurs formes : comportements d'affection, parades, vie en couple, association pour apporter des soins parentaux et relations sexuelles. D'après ce chercheur canadien, l'homosexualité est un comportement commun chez environ 450 espèces, dont les plus connues sont certainement les dauphins et les bonobos.

Ce qui est certain, c'est que le comportement de ces calmars n'est guidé par aucune orientation sexuelle. Pour Hendrik Hoving et ses collègues, c'est simplement une stratégie permettant d'optimiser le succès reproducteur, poussant les mâles à inséminer tous les congénères qu'ils rencontrent.

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