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L'expédition du voilier polaire TARA menacée par la bureaucratie russe

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Le 11 juillet 2006, le voilier polaire Tara quittait le port de Lorient pour l'océan glacial arctique, qu'il a atteint en septembre, débutant une mission de deux années destinée à étudier et mieux comprendre les phénomènes de changements climatiques des hautes latitudes.

La goélette polaire Tara.

Construite en 1988 à l'initiative du Dr Jean-Louis Etienne, cette goélette de 36 mètres pour 130 tonnes accumule déjà un glorieux passé dans de nombreuses expéditions tant arctiques qu'antarctiques (expéditions Trans-Antarctica, Erebus, Antarctica/fondation Elf, Spitsberg...). En 1995, sous le nom de Seamaster, elle était utilisée par Sir Peter Blake dans le cadre de programme de défense de l'environnement jusqu'à sa tragique disparition. Puis en novembre 2003, Etienne Bourgeois la rachète et la baptise Tara. Depuis deux ans, le voilier polaire parcourt les océans glacés de Georgie du sud jusqu'au Groenland, participant à d'importants programmes scientifiques.

Dans l'expédition actuelle, placée dans le contexte de l'Année Polaire Internationale, Tara devait se laisser encercler par la banquise de l'océan arctique par 82° de latitude nord, et en ressortir deux ans plus tard après une dérive de 1800 kilomètres. Ce programme est rendu possible grâce à sa coque ronde et plate en aluminium conçue pour résister aux pressions extrêmes exercées par la banquise.

Mais un isolement aussi long implique le ravitaillement de l'équipage, et c'est là que le programme coince. En effet, la mission scientifique tout entière est actuellement menacée par les administrations russes, qui n'ont toujours pas autorisé le parachutage des 30 tonnes de vivres et matériel, indiquait samedi dernier un communiqué de l'expédition.

Plus grave, MM. Bourgeois, directeur du programme "Tara Arctic", et Gascard, directeur de recherches en océanologie et membre du comité scientifique, annoncent que le report de plus de huit jours de ce ravitaillement compromet la mission scientifique prévue pour avril avec la venue d'une vingtaine de scientifiques du programme européen Damoclès, qui s'est fixée pour tâche d'identifier les changements affectant la glace de mer, l'atmosphère et l'océan et d'en évaluer l'impact présent et futur.

A cause de ce retard, une quinzaine de techniciens français, russes, danois et norvégiens sont aussi bloqués à Longyearbyen (Norvège), alors qu'ils devraient être occupés à construire une base polaire sur la banquise, à côté du voilier.

Parmi le matériel en souffrance, on relève notamment des matériaux de construction en bois, un petit bulldozer, du kérosène et du ravitaillement. En l'absence d'outils appropriés les huit occupants du bateau, qui attendent la relève avec impatience après plus de 5 mois de nuit polaire, ont été contraints de tracer la piste d'atterrissage sur la glace au moyen de pelles et de pioches, en vue d'accueillir les DC3 qui devraient, un jour, transporter les scientifiques.

En attendant, TARA a réussi à franchir les 86°40 de latitude nord, record absolu pour un navire de surface. Le précédent record était détenu par le navire école russe Sedov, qui avait atteint 86°39 en 1939 après une dérive involontaire.

Après avoir débuté sous de bons augures, espérons que la raison reprendra le dessus et que cette expédition scientifique, dont l'importance n'est plus à démontrer dans le cadre de la recherche sur le changement climatique, ne soit pas interrompue pour de stupides tracasseries administratives.

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