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L'Antarctique, à la fois réceptacle et émetteur de polluants

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Les grandes étendues gelées ou recouvertes de neige de notre planète ont toujours été considérées comme autant de pièges à pollution, emprisonnant les polluants atmosphériques capturés par les précipitations neigeuses et conservés indéfiniment, couche après couche et de plus en plus profondément. Mais cette vision idyllique est maintenant contestée.

L'Antarctique

Des chercheurs américains avaient déjà montré en 1998-1999 que de vastes zones du Groenland et d'Antarctique pouvaient réémettre, sous l'action du rayonnement solaire UV, des oxydes d'azote (NOx) à partir du nitrate piégé dans la neige. La concentration pouvait alors atteindre celle enregistrée dans certains grands centres urbains. Restait à déterminer l'importance de ce phénomène de pollution naturelle pour l'ensemble du continent Antarctique.

Une équipe du Laboratoire de glaciologie et géophysique de l'environnement (LGGE) a collaboré avec des chercheurs américains de Princeton et de l'Université de Californie pour mesurer, une année durant, les concentrations de divers isotopes de l'oxygène (16O, 17O et 18O), de l'azote (14N et 15N) et du nitrate atmosphérique (NO3) sur le site de la station côtière française de Dumont d'Urville en Antarctique. La conclusion des chercheurs est que la forte concentration en NO3 mesurée dans les régions côtières est exclusivement originaire du centre du continent. Près de 90% des nitrates qui ont été capturés au-dessus du pôle et qui se sont retrouvés piégés en hiver dans le manteau neigeux sont ainsi réémis au printemps sous la forme d'oxyde d'azote. Descendant alors les pentes en direction des régions côtières sous l'action des vents, ils s'y retrouvent pour une bonne partie sous la forme de nitrates, suite à l'oxydation progressive des oxydes d'azote.

Ces résultats, qui bouleversent les modèles climatologiques jusque-là établis par les chercheurs, devront désormais être pris en compte pour les prévisions météorologiques à long terme, et permettront aussi une meilleure compréhension des climats passés. Il reste aussi à déterminer si d'autres composés chimiques subissent le même cycle de redistribution ou de transformations, et les études actuellement planifiées dans le cadre de l'année polaire internationale devraient encore apporter pas mal de surprises.

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