Fournir des aides à la décision aux gouvernements avec le Centre international de recherche sur l’environnement et le développement. © malp, Adobe Stock
Planète

Frédéric Ghersi : « Nous évaluons le coût des politiques climatiques nationales »

ActualitéClassé sous :Réchauffement climatique , COP26 , Experts climat

Dans le cadre de la COP26 qui se tient à Glasgow, en Écosse, jusqu'au 12 novembre, Futura vous propose une série d'entretien avec des experts du climat pour décrypter le réchauffement climatique en cours, ses causes et ses conséquences, les risques auxquels nous devrons faire face si nous ne parvenons pas à maîtriser la hausse des températures et à ne pas dépasser le 1,5 °C, les solutions qui existent et celles à mettre en place. L'urgence climatique n'est pas un vain mot ! Aujourd'hui, nous donnons la parole à Frédéric Ghersi, chercheur au CNRS au Centre international de recherche sur l'environnement et le développement.

Cela vous intéressera aussi

[EN VIDÉO] Réchauffement climatique : notre planète en territoire inconnu  Dans la version préliminaire — qui ne couvre que les neuf premiers mois de l’année 2021 — de son rapport annuel State of the Global Climate, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) confirme la tendance au réchauffement climatique. Pour la première fois, la barre d’une hausse de 1 °C par rapport aux moyennes préindustrielles a été franchie sur la période des vingt dernières années. Mais le rapport met surtout en avant les nombreux phénomènes météo extrêmes survenus en 2021 et leurs conséquences pour la planète et pour l’humanité. © Organisation météorologique mondiale 

Frédéric Ghersi, chercheur au CNRS au Centre international de recherche sur l'environnement et le développement, fournit des aides à la décision aux gouvernements.

Futura : Comment analysez-vous les politiques de développement durable ?

Frédéric Ghersi : Depuis 30 ans, nous développons un cadre de modélisation macroéconomique, baptisé Imaclim, qui permet d'évaluer l'influence des politiques climatiques à la fois sur le développement d'un pays et sur ses émissions de gaz à effet de serre. Imaclim a l'originalité de conjuguer au point de vue de l'économiste celui de l'ingénieur, pour prendre en compte les inerties des systèmes techniques, au premier rang desquels ceux d'offre et de demande d'énergie. Nous travaillons, d'une part, sur les politiques de fiscalité environnementale en France et, d'autre part, et c'est aujourd'hui mon activité principale, avec les pays émergents.

Car c'est là que tout va se jouer, là où le développement économique et l'amélioration du niveau de vie, cruciaux, sont susceptibles d'entrer en conflit avec les objectifs de décarbonation. On suppose que les pays les plus avancés feront les efforts nécessaires pour réduire leurs émissions carbonées. Même si on voit bien que les engagements ne sont pas toujours suivis d'effets.

Futura : Avec quels pays émergents travaillez-vous et comment ?

Frédéric Ghersi : Aujourd'hui, nous transférons notre méthode à douze pays émergents, notamment les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) dans le cadre d'un réseau international de recherche reconnu par le CNRS, lui aussi baptisé Imaclim. C'est une démarche inédite. Pour chaque pays, nous couplons notre modèle, soigneusement adapté aux spécificités macroéconomiques nationales, aux modèles de projection des choix énergétiques (quel type d'installations, quel mix énergétique, etc.) de partenaires académiques locaux.

 La densité géographique du lieu d’habitation est un bon marqueur pour évaluer la vulnérabilité à la transition. © bakhtiarzein, Adobe Stock

Cette analyse prospective doit permettre à ces nations de répondre à la question : quels sont les impacts sur la trajectoire de développement économique du pays de la transition que les ingénieurs dessinent en passant de centrales thermiques à des énergies renouvelables ?

Nous fournissons une aide à la décision pour orienter leur développement vers des solutions bas carbone, sans le limiter

Nous fournissons une aide à la décision pour orienter leur développement vers des solutions bas carbone, sans le limiter. Nous travaillons depuis déjà 10 ans avec le Brésil, l'Inde ou la Chine. Sans en avoir les détails, nous savons, par exemple que notre partenaire brésilien a orienté les engagements de réduction d'émissions de gaz à effet de serre pris par le Brésil lors de l'Accord de Paris en 2015.

Futura : Sur quoi travaillez-vous concernant la politique climatique française ?

Frédéric Ghersi : Nous produisons à la fois des analyses macroéconomiques, par exemple des Stratégies nationales bas carbone (SNBC), et des analyses microéconomiques pour mesurer l'impact de la transition sur différentes classes de ménages. Nous avons, par exemple, étudié pour l'Ademe l'impact de la deuxième SNBC (Stratégies nationales bas carbone) et notamment de la forte augmentation de la taxe carbone qu'elle supposait sur les ménages français à des horizons de 5, 10 et 15 ans, en prenant en compte la pénétration du véhicule électrique ou des nouvelles règles de diagnostic de performance énergétique.

Renforcer les liens entre recherche et décision publique afin d’éviter que l’urgence et l’émotion ne nuisent à la prise de décision

Et nous étions en train de travailler sur les mécanismes de rétrocessions de la taxe carbone lorsque le mouvement des gilets jaunes a éclaté en octobre 2018...

Nos réponses sont arrivées trop tard. Mais nous préparons une note de cadrage à ce sujet pour les élections présidentielles : nous y plaidons pour instaurer des chèques verts dont le montant dépende non seulement de la richesse des ménages, mais aussi de la densité géographique de leur lieu d'habitation, car nous avons établi que c'est un bon marqueur de leur vulnérabilité à la transition.

Futura : Vos travaux sont-ils pris en compte à la COP26 ?

Frédéric Ghersi : C'est le travail en amont auprès de chaque délégation qui compte le plus dans ces événements. Nous sommes écoutés dans les instances françaises, tout comme dans les délégations de nos partenaires étrangers. Sommes-nous entendus ? Il faudrait assurément renforcer les liens entre recherche et décision publique afin d'éviter que l'urgence et l'émotion ne nuisent à la prise de décision, comme on a pu l'observer dans des crises passées. 

Abonnez-vous à la lettre d'information La quotidienne : nos dernières actualités du jour. Toutes nos lettres d’information

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !