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Le Yunnan livre le crâne d’un grand singe juvénile du Miocène

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Événement rare, un deuxième crâne fossilisé appartenant à un grand singe juvénile du Miocène a été découvert. Il appartenait à Lufengpithecus lufengensis, un primate qui vivait voici plus de six millions d'années dans la province chinoise du Yunnan. Selon les indices observés, cette espèce n'aurait pas de lien direct avec la lignée de l'orang-outan.

Les grands singes Lufengpithecus lufengensis pesaient environ 50 kg à l’âge adulte. Il y aurait un grand dimorphisme sexuel entre les mâles et les femelles, mais cela reste à confirmer. © Ji Xue-Ping, Yunnan Institute of Cultural Relics and Archaeology

La province chinoise du Yunnan est particulièrement riche en fossiles variés, comme en témoignent plusieurs découvertes dévoilées en 2012. On y a notamment trouvé le plus vieux cerveau complexe jamais étudié. Il appartenait à Fuxianhuia protensa, un animal qui a vécu il y a 520 millions d'années, et que de nombreux spécialistes considèrent comme l'un des ancêtres des arthropodes actuels. Cette même année, des os fossilisés d’hominidés vieux de 11.500 à 14.500 ans ont également été exhumés. Ils restent à ce jour énigmatiques, car ils présentent des caractères morphologiques à la fois archaïques et modernes. Difficile donc de les classer.

Une nouvelle découverte significative faite sur le site de Shuitangba vient d'être révélée dans la revue Chinese Science Bulletin par Ji Xue-Ping, du Yunnan Institute of Cultural Relics and Archeology, et ses collaborateurs (dont certains travaillent pour l'université d'État de Pennsylvanie aux États-Unis). Elle concerne à nouveau un hominidé, mais qui a cette fois vécu à la fin du Miocène, voilà 6,2 à 6,9 millions d'années : Lufengpithecus lufengensis. L'espèce n'est pas nouvelle, car des fragments de crâne et des dizaines de dents ont été découverts par le passé. Cependant, le crâne mis au jour cette fois-ci a l'avantage d'être particulièrement bien conservé... et d'avoir appartenu à un individu juvénile.

En effet, il s'agit du deuxième crâne connu d'un grand singe juvénile ayant vécu au Miocène (entre 23 et 5,3 millions d'années avant notre ère), sachant que le premier a été trouvé sur le site de Yuanmou... dans la province du Yunnan. Les grands singes actuels ont une morphologie crânienne qui reste inchangée durant leur développement. Ainsi, le nouveau fossile fournit le plus bel exemple de ce à quoi ressemblait le crâne des L. lufengensis adultes. Les informations recueillies sont bien utiles, car de nombreux doutes subsistent sur la classification de cette espèce.

Le site géologique de Shuitangba, dans la province chinoise du Yunnan, a déjà livré de nombreux restes fossiles. On y a notamment découvert des os d'un Mesopithecus, une espèce de singe qui vivait également en Europe voici sept millions d'années. © Denise Su, Cleveland Museum of Natural History

Une espèce d’hominidés sans lien direct avec les orangs-outans

Pendant des années, L. lufengensis a été considérée comme faisant partie de la lignée des orangs-outans (Pongo pygmaeus). Les chercheurs s'appuyaient notamment sur la distribution de cette espèce, ainsi que sur l'époque à laquelle elle a vécu pour affirmer leurs dires. En effet, bien qu'ils ne subsistent actuellement que dans le sud-est asiatique, les orangs-outans occupaient également le sud de la Chine à la fin du Miocène.

Cependant, certains spécialistes sont restés dubitatifs en raison des indices morphologiques... qu'ils n'ont pas observés. En effet, aucun caractère crânien propre au P. pygmaeus n'a jamais été vu sur les fragments d'os de L. lufengensis. La nouvelle découverte n'a rien changé à ce fait. Selon l'article, le fossile fraîchement mis au jour renforce même l'idée que L. lufengensis appartenait à sa propre lignée de grands singes de l'Ancien monde, sans lien avec celles des hominidés modernes, et qu'elle a survécu jusqu'à la fin du Miocène.

Rappelons que de nombreux groupes de primates se sont éteints en Eurasie durant cette ère géologique. L'espèce L. lufengensis aurait été moins affectée que les autres, car l'aire géographique qu'elle occupait a moins subi les impacts de changements climatiques. Les chercheurs espèrent maintenant trouver d'autres restes en bon état de conservation, si possible issus d'adultes, afin de préciser la classification et l'histoire évolutive des primates de l'époque. 

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