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Fractofusus, l’animal qui se reproduisait comme un fraisier

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Il vivait dans l'océan il y a 565 millions d'années et, comme tous les Rangéomorphes, est profondément énigmatique. Des chercheurs ont tenté d'en retrouver le mode de reproduction grâce à de savantes analyses statistiques. Conclusion : il en avait deux, dont l'un est celui des fraisiers actuels. Mais ce n'était pas un végétal. Fractofusus n'était pas non plus un champignon et ce n'était peut-être pas vraiment un animal. Car à l'époque, les animaux n'existaient pas encore...

Une communauté de Fractofusus telle qu'elle a été mise en évidence sur le site de la péninsule de Bonavista, au Canada. La répartition et la taille de ces communautés ont permis aux chercheurs de mieux comprendre leurs modes de reproduction. © C. G. Kenchington

Dans les mers du Précambrien, avant le Paléozoïque (ou ère primaire pour les plus de 50 ans), aucun poisson ne nageait, aucun arthropode ne marchait sur le fond et aucune grande algue ne s'étalait pour capter la lumière solaire. Pourtant, il y avait déjà des organismes pluricellulaires comme l'a prouvé, en 1946, la découverte de fossiles qui ne ressemblaient à rien à Ediacara, en Australie.

Durant cette période, baptisée Édiacarien, vivaient des organismes paraissant aujourd'hui bien énigmatiques. Parmi eux, en fin de période (entre -580 et -541 millions d'années), le groupe des Rangéomorphes semblait dominer la vie océanique. Ils avaient la forme d'un petit arbre, voire d'un champignon, mais avec une structure fractale sans équivalent aujourd'hui (c'est-à-dire depuis 500 millions d'années), avec une taille variant de 10 cm à 2 m. Ils pouvaient aussi s'étaler sur le fond, formant des surfaces très grandes. Ils sont très mystérieux, à l'instar des Dendrogramma, que nous présentions en 2014. Une étude, parue la même année, montrait qu'ils pouvaient être filtreurs, absorbant de la matière organique dissoute ou des micro-organismes, sans doute abondants dans les océans de l'époque, pauvres en plancton.

Des empreintes de Fractofusus. Cet organisme ne semblait pas avoir d'organe complexe et vivait sans doute fixé sur le fond. © AG Liu

Les organismes précambriens mieux compris... mais toujours mystérieux

Aujourd'hui, la vedette est Fractofusus. Une équipe britannique (notamment de l'université de Cambridge, voir leur communiqué) a étudié les traces de populations de ce drôle d'organisme en différents endroits autour de Terre-Neuve, secteur riche en fossiles de l'Édiacarien, et ont tenté de vérifier si les motifs de peuplement ressemblaient à quelque chose de connu. C'est une analyse statistique, publiée dans Nature, qui leur a donné la réponse, qui est double. Les traces de populations indiquent selon les auteurs une extension rapide, de type asexuée, et qui reposerait sur quelque chose ressemblant aux stolons.

Ces tiges, souterraines ou aériennes, permettent à certaines plantes, comme le fraisier, de se repiquer. Notons que certaines ascidies coloniales - des animaux, donc - utilisent ce genre de reproduction. Mais les motifs des populations évoquent aussi une propagation sur de plus longues distances, donc une dissémination par des sortes de spores, dont les auteurs ne peuvent dire s'ils sont produits par une reproduction sexuée ou asexuée. Ils utilisent le terme, plus général, de propagule, qui désigne une forme permettant à des organismes de se propager.

Alors animaux ou végétaux ? Les Rangéomorphes vivaient aussi en profondeur, là où la lumière était insuffisante pour effectuer la photosynthèse. Leur morphologie semble si éloignée des animaux connus (aucun organe interne n'a été identifié) qu'ils n'en étaient peut-être pas, du moins au sens où nos l'entendons. Comme ils ne ressemblent pas non plus à des champignons, ces organismes, qui ont tous disparu il y a environ 540 millions d'années, n'étaient peut-être rien de tout cela...

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