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Les amours adolescentes des dinosaures

ActualitéClassé sous :paléontologie , dinosaure , reproduction des dinosaures

Les dinosaures ne font décidément rien comme les autres reptiles. Une étude basée sur la croissance des os chez des femelles révèle qu'elles pouvaient pondre des œufs dès l'adolescence. Cette caractéristique les rapproche un peu plus des oiseaux et des mammifères.

Un T-Rex. Crédit : 2005 The Field Museum, GN89907c, peinture de John Gurche

Andrew H. Lee, un jeune paléontologue fraîchement diplômé de l’Université de Berkeley et Sarah Werning, une thésarde de cette même université prestigieuse, l'affirment : les dinosaures pouvaient se reproduire jeunes, bien avant d'avoir terminé leur croissance.

Comment parvenir à une telle conclusion alors que ces derniers, si l'on ne prend pas en compte les oiseaux, ont tous disparu il y a 65 millions d'années, très probablement en raison de l'impact sur Terre d'un fragment de ce qui constitue aujourd'hui l’astéroïde 298 Baptistina ?

Simple, il suffit de scier des os... C'est ce que les chercheurs ont fait, notamment avec des restes de squelettes appartenant à une espèce carnivore cousine du Tyrannosaurus rex (souvent appelé T-Rex), l'Allosaure, et une autre, végétarienne et très commune en Amérique du Nord au début du Crétacé, le Tenontosaure.

Il faut savoir que chez les oiseaux femelles il se dépose un type particulier d'os dans les membres, appelé os médullaire, lorsqu'elles pondent leurs œufs. Ce tissu est riche en calcium et contient beaucoup de petits vaisseaux sanguins, fournissant une source constante de calcium pour les œufs. Or celui-ci a bel et bien été trouvé non seulement dans un fémur de T-Rex mais aussi dans les os d'Allosaure et de Tenontosaure examinés par les paléontologues.

En plus de fournir une détermination du sexe de l'animal, cette observation permet aussi de déterminer à quel âge une femelle dinosaure atteignait la maturité sexuelle. En effet, on constate des anneaux de croissance sur une coupe d'os de dinosaure et, si l'on fait une comparaison avec les oiseaux, chacun correspond à une année de la vie.

Une zone correspondant à de l'os médullaire (medullary bone en anglais) a bien été trouvé dans un tibia d'Allosaure. Cliquez pour agrandir. Crédit : Andrew Lee/Ohio University; fossil courtesy of the University of Utah

Une enquête patiente

Cette découverte ne s'est pas faite sans mal car, toujours si l'on fait une comparaison avec les oiseaux, les tissus d'os médullaire n'existent que quelques semaines tout au plus chaque année. Ainsi, Lee a-t-il dû se concentrer sur des milliers d'os d'Allosaures, issus probablement de 70 individus ayant vécu il y a entre 155 et 145 millions d'années pendant le Jurassique, et que l'on a retrouvés dans la carrière de Cleveland-Lloyd, dans l'Utah, aux Etats-Unis.

 De son côté, Werning  a réussi à se procurer plusieurs sections d'os de Tenontosaurus  venant de l'Oklahoma Museum of Natural History. Ce type de dinosaure végétarien était très répandu en Amérique du Nord il y a entre 125 à 105 millions d'années. C'est un ancêtre des fameux dinosaures à bec de canard, comme les Edmontonsaures.

De l'os médullaire a aussi été trouvé chez les femelles de Tenontosaure. Cliquez pour agrandir. Crédit : Sarah Werning/UC Berkeley & Andrew Lee/Ohio University; fossil courtesy of the Oklahoma Museum of Natural History

La femelle Allosaure était âgée de 10 ans alors que la femelle Tenontosaure n'était elle âgée que de 8 ans. Cela correspond à l'adolescence pour ces animaux qui pouvaient vivre au moins 30 ans. Werning et  Lee ont aussi confirmé qu'une femelle de Tyrannosaurus rex, identifiée en 2005 par la paléontologiste  Mary H. Schweitzer, était âgée de 18 ans, ce qui là encore est jeune pour cette animal qui pouvait vivre plus longtemps que les précédents.

Pour les chercheurs, si les dinosaures atteignaient la maturité sexuelle jeunes, cela veut très probablement dire qu'ils mourraient aussi jeunes, en moyenne, à l'âge adulte. Cette précocité était donc une nécessité pour assurer la survie.

Une fois encore, ce genre de caractéristique, que l'on retrouve chez les mammifères et chez les oiseaux, incite à penser qu'il est douteux de se reposer sur des modèles issus des reptiles, comme le font encore trop de paléontologues, lorsque l'on cherche à mieux comprendre ces animaux du passé. Rappelons que dans la phylogénie actuelle, les reptiles ne constituent plus un groupe tandis que dinosaures, ptérosaures et oiseaux sont réunis dans les ornithodires.

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