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Protection des baleines : un an de réflexion, donc de chasse

ActualitéClassé sous :océanographie , développement durable , Protection des baleines

Après l'échec des négociations qu'elle a organisées, la Commission baleinière internationale a décidé de ne rien décider et d'attendre un an de plus pour réviser le moratoire sur la chasse à la baleine. Les pays qui la pratiquent continueront donc à le faire. Les autres n'ont pas obtenu de contingentement. Bref, personne n'est satisfait. Même pas les baleines.

Les quatre espèces de baleines franches (ici celle de de l'Arctique, Eubalaena glacialis) ont failli être exterminées à cause d'une caractéristique intéressante pour la pêche : leur corps riche en graisse les fait flotter une fois qu'elles sont tuées. Récemment, une population inconnue de cette baleine franche de l'Arctique a été découverte, donnant de l'espoir sur sa capacité à survivre.© NOAA

Comme il l'avait demandé, le Groenland vient d'obtenir le droit de chasser la baleine à bosse, neuf par an jusqu'en 2012, très précisément. Les Inuits, soutenus par le Danemark, s'étaient vu refuser par deux fois ce droit, réclamé au nom de la pêche aborigène de subsistance qui lui permet déjà de chasser d'autres espèces, comme le rorqual commun. C'est le principal résultat concret d'une semaine d'âpres discussions à Agadir où se sont réunis la semaine dernière les pays membres de la Commission baleinière internationale (CBI), ainsi que des ONG.

Le thème de la réunion était la modification du moratoire de 1982 qui a interdit la chasse commerciale des différentes espèces de baleines pour une durée limitée, de 1986 à 1990. Faute d'accord ultérieur, le moratoire tient toujours. L'accord laissait la possibilité de prises à des fins d'études scientifiques, ce qu'a fait la Norvège dans les années 1990 ainsi que le Japon, qui continue toujours. La Norvège, suivie par l'Islande, ont ensuite ouvertement repris la pêche commerciale. En 2009, à eux trois, ces pays ont chassé 1.500 baleines.

Deux clans et beaucoup de crispation

A Agadir, les « anti-chasse » espéraient obtenir une limitation plus sévère des prises tandis que les « pro-chasse » voulaient entamer le moratoire. Mais les deux clans semblent désormais trop éloignés l'un de l'autre. La CBI a proposé un compromis, instaurant des quotas à chaque pays pêcheur, qui auraient donc permis de continuer la chasse officiellement et dans la légalité mais à échelle réduite. Trop laxiste pour les uns, trop restrictive pour les autres, cette proposition a été refusée. La CBI a finalement conclu qu'aucune décision ne pouvait être prise et repousse d'une année supplémentaire le moratoire de 1986.

Autrement dit, les pays qui ne le respectent pas (la Norvège et l'Islande) continueront à le faire et le Japon poursuivra sa pêche scientifique qui alimente le commerce nippon.

La Commission baleinière internationale a de plus en plus de mal à imposer une réglementation internationale de la pêche des cétacés. L'organisation, créée en 1946 sous l'égide de l'ONU, rassemblait à l'origine les pays chasseurs de baleines pour garantir la pérennité de la ressource par les études scientifiques et le contrôle des prises. Ces pays, rejoints par d'autres, parfois pour des raisons économico-politiques (le Japon, par exemple, tisse des accords avec des pays africains et des états indépendants d'Océanie), déplorent que, depuis, la CBI tend à devenir une organisation de défense des cétacés. D'autres estiment que les quotas ne sont pas établis sur des bases scientifiques et que les stocks de nombreuses baleines restent préoccupants, alors que d'autres menaces pèsent sur elles. La suite l'an prochain, donc...

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