Le paléo-artiste Robert Nicholls n'a pas ménagé sa peine pour reconstituer le corps et l'aspect du Psittacosaurus sp que l'on voit sur cette image. © Jakob Vinther, University of Bristol, Bob Nicholls

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Les dinosaures aussi avaient leurs techniques de camouflage

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Un fossile particulièrement bien conservé de Psittacosaurus a permis de reconstituer la forme et l'aspect d'un dinosaure comme jamais. Surtout, cette reconstitution a permis de tester l'hypothèse de l'utilisation  chez cette espèce de dinosaure du Crétacé d'une forme de camouflage très répandue aujourd'hui chez les animaux : la contre-illumination.

La formation Jehol est une formation géologique mondialement célèbre de la province chinoise du Liaoning, à la frontière avec la Corée du Nord. Elle est connue pour son abondance en fossiles du Crétacé, en particulier en spécimens de dinosaures à plumes. C'est en effet en rapport avec le biota de Jehol que l'on a découvert depuis 1996 un certain nombre de fossiles de théropodes à plumes qui ont révolutionné notre connaissance des dinosaures. On peut citer par exemple le Sinosauropteryx.

Mais on y trouve aussi bien d'autres fossiles d'animaux dans un dépôt sédimentaire qu'on appelle un Lagerstätte (en allemand, littéralement, lieu de stockage, faisant au pluriel Lagerstätten) et qui fait même partie des Konservat-Lagerstätten (Lagerstätten de conservation), les dépôts connus pour l'excellente préservation des empreintes des parties molles. C'est donc une formidable machine à remonter dans le temps.

La formation Jehol a livré en particulier des fossiles de Psittacosaurus soit « lézard perroquet » (en français, les psittacosaures) un genre de dinosaures ornithischiens cératopsiens primitif du début du Crétacé inférieur qui vivait il y a environ 130 à 100 millions d'années. C'est l'un des genres de dinosaures les plus riches en espèces, puisqu'on en connaît au moins dix. L'un des fossiles les plus spectaculaires de cet animal est celui du Psittacosaurus sp que l'on peut admirer au muséum Senckenberg (ou Naturmuseum Senckenberg) de Francfort-sur-le-Main,  le deuxième plus grand musée d'histoire naturelle d'Allemagne.

Une équipe internationale de paléontologues menée par des chercheurs de l'Université de Bristol (UK) et qui s'est adjointe l'aide du paléo-artiste Robert Nicholls vient de publier dans Current Biology un article fort intéressant sur ce fossile et qu'accompagne une vidéo expliquant leurs travaux.

Le squelette de ce Psittacosaurus sp est complet et on peut même voir des empreintes de parties molles ainsi que des restes de pigmentation. © Jakob Vinther, University of Bristol, Bob Nicholls

On savait déjà que l'excellente préservation du corps du dinosaure permettait d'observer ce qui semblait être des restes de pigmentation de sa peau formant une structure rappelant celle que  l'on peut voir de nos jours chez de nombreuses espèces de mammifères, de reptiles, d'oiseaux et de poissons. Cette structure caractéristique est un exemple de ce que l'on appelle de la contre-illumination, une forme de camouflage.

La contre-illumination et les psittacosaures

Le concept en est simple. La pigmentation est mise à profit notamment chez des animaux marins en étant plus sombre sur la face dorsale que sur la face ventrale. Cela leur permet de se cacher de leurs prédateurs selon qu'ils les observent de dessus ou de dessous. Plus généralement, selon l'habitat d'un animal, il sera illuminé de différentes façons et la contre-illumination a pour objectif de compenser les zones d'ombre ou de lumière sur son corps de manière à ce qu'il puisse se dissimuler dans le décor.

Mais les Psittacosaurus étaient-ils bien adeptes de cette technique et si oui quelles informations sur leur mode de vie pourrait-on bien en tirer ?

Les paléontologues ont commencé par confirmer que l'on pouvait bien associer aux zones sombres observées, à l'aide de la lumière polarisée notamment, des restes de mélanosomes, c'est-à-dire des organites intracellulaires à l'intérieur duquel sont fabriquées les mélanines, pigments protégeant la peau des radiations solaires dans le règne animal.

Mais surtout, avec l'aide de Robert Nicholls, une reconstruction à l'échelle en 3D du corps de l'animal, basée sur l'étude fine de son squelette, des empreintes des parties molles et des restes de sa pigmentation, a été réalisée à partir d'argile et de polystyrène extrudé. Elle est présentée comme la reconstitution d'un dinosaure la plus précise et la plus complète à ce jour. Une copie de couleur grise a également été fabriquée et elle a été placée dans différentes conditions d'éclairement pour voir les ombres qui en résulteraient et comparer le résultat avec la contre-illumination supposée et reconstituée sur la première reconstruction.

Les chercheurs ont pu constater que comme ils s'en doutaient, le camouflage était celui que l'on pouvait attendre d'un animal vivant en forêt. En effet, on savait déjà grâce à l'étude des sédiments de la formation Jehol que l'environnement devait être celui de lacs bordés de forêts de conifères. Il semble donc très probable que les psittacosaures étaient bien des adeptes du camouflage.

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