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Techniques d'extraction et de mise en forme

Dossier - Marbres et marberies du Jura
DossierClassé sous :géologie , marbres , calcaire

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Actuellement renommé pour ses vins, ses fromages et ses paysages, le département du jura l'était au 19e siècle pour ses... marbres. Partez à la découverte des marbres.

  
DossiersMarbres et marberies du Jura
 

Aux 19e et 20e siècles, le marbre est extrait à ciel ouvert, dans une carrière dont la physionomie est dictée par la topographie, la disposition des bancs de pierre et l'évolution des techniques.

La première opération de l'exploitation est la découverture de la roche ou évacuation des morts-terrains dits découverte. Lorsqu'elle devient trop importante donc trop onéreuse, le site est abandonné. Une exception : la carrière de Chassal où, la valeur du matériau aidant, l'extraction se poursuit en souterrain à partir de 1929.

Intérieur de la carrière de Chassal - Photo : Inv. Y. Sancey - © Inventaire général, ADAGP, 1997

Une fois l'aire d'extraction dégagée, commence l'exploitation qui s'effectue en gradins ou en fosse. Ce dernier système est mis en œuvre à Damparis (au Trou-de-la-Grue), à Pratz et à Graye-et-Charnay pour la carrière des Carrats.

Vue d'ensemble de la carrière des Carrats, commune de Graye-et-Charnay - Photo : Inv. Y. Sancey - © Inventaire général, ADAGP, 1997

L'extraction proprement dite s'effectue longtemps avec des coins placés dans des fissures naturelles ou dans des saignées tracées au pic ou à la broche.

A l'inverse de l'outillage des tailleurs de pierres, ce sont les massettes - en acier doux - qui s'usent, les broches étant elles en acier dur. D'abord en forme de prisme, puis ronds mais alors placés entre des joues, tiges plates métalliques facilitant leur passage, les coins sont forcés à la masse, plus lourde que la massette. Le bloc est finalement détaché à la pince à talon, de gros crics aidant à la manœuvre. Occasionnant trop de pertes dans un matériau coûteux, la poudre est peu utilisée. Placé sur des rondins de bois, le bloc est finalement traîné sur l'aire de stockage à l'aide d'un treuil, encore en place dans la carrière des Carrats. Là, il est chargé sur un lourd chariot bas (un fardier, parfois appelé malbrough) tiré par des chevaux ou des bœufs.

Coins en place dans le front de taille de la carrière des Carrats, commune de Graye-et-Charnay - Photo : Inv. Y. Sancey - © Inventaire général, ADAGP, 1997

Parmi les perfectionnements apparus à la fin du 19e siècle, le plus marquant est le fil hélicoïdal, cordelette d'acier montée en boucle et entraînant un produit abrasif dont le frottement use la roche. Mis en œuvre en Belgique à partir des années 1880, il est utilisé à Pratz dans la décennie suivante puis à Chassal. Le 20e siècle va tirer profit des énergies pneumatique et électrique, mais l'évolution la plus importante réside surtout dans les domaines de la manutention (camions, portiques roulants et grues automotrices) et du sciage, avec l'utilisation des outils diamantés (installé à Chassal dans les années 1980, un fil diamanté va alors considérablement y augmenter la vitesse de sciage).

Transport de tranches de marbre avec une grue automotrice à la marbrerie Yelmini Artaud, Balanod - Photo : Inv. Y. Sancey - © Inventaire général, ADAGP, 1997

Transporté à la scierie, le bloc de marbre y est découpé en tranches d'épaisseur variable à l'aide d'un châssis multilames - l'armure -, introduit en France peu avant la Révolution. Le principe est celui de la scie à pierre dure manuelle : le marbre n'est pas scié avec une lame dentée mais usé par le frottement d'une lame d'acier sur du sable arrosé d'eau. De là l'importance de l'approvisionnement en sable - fourni en abondance par la plaine bressane à Saint-Amour, Molinges l'extrayant d'un gisement à Viry - et en eau, utilisée comme source d'énergie aussi bien que pour le sciage.

Châssis de scie multilames Décamps en 1993, marbrerie Yelmini Artaud (autrefois Célard), Saint-Amour - Photo : Inv. Y. Sancey - © Inventaire général, ADAGP, 1993

Les tranches sont ensuite débitées suivant le tracé donné par un gabarit puis, le cas échéant, moulurées. Toute la gamme du perçage, du tournage et de la sculpture est également pratiquée.

Moulurage d'une plaque de marbre à la marbrerie Yelmini Artaud, Balanod - Photo : Inv. Y. Sancey - © Inventaire général, ADAGP, 1997

Finalement vient le polissage, à la machine ou à la main : se succèdent dressage, égrisage, adouci, poli mat puis poli brillant, qui peut être suivi d'une dernière opération, l'encausticage. Presque toujours indispensable, le masticage intervient entre l'égrisage et l'adouci.