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Fukushima : l'arrêt à froid des réacteurs est officiel

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L'arrêt à froid des réacteurs de la centrale de Fukushima a été décrété par les autorités nippones. Une expression confuse, comme nous l'explique Monique Sené, présidente du GSIEN, mais qui représente une étape importante dans le processus de démantèlement du site, qui devrait durer au moins quarante ans.

Fukushima est la pire catastrophe nucléaire, devant Tchernobyl et Three Mile Island. © daveeza, Flickr, cc by sa 2.0

Le 17 décembre, le Premier ministre japonais a annoncé, au cours d'une réunion à la centrale de Fukushima, l'« arrêt à froid » des réacteurs, signe de la progression dans le processus de démantèlement du site. L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) s'est félicitée de cette annonce.

Mais il s'agit surtout, pour le gouvernement japonais, de signifier que les travaux de démantèlement suivent convenablement leur cours et ce, en respectant le timing imposé par la feuille de route établie le 17 avril, soit environ un mois après l'accident. L'arrêt à froid correspond en effet à la fin de la seconde étape. La première étape, qui correspondait au début de la diminution des radiations, avait été atteinte le 19 juillet.

Arrêt à froid : une expression imprécise pour Fukushima

Mais d'ailleurs, qu'est-ce que l'arrêt à froid ? « Pour un réacteur normal, cela signifie que la température et la pression ont été diminuées. La pression est nulle et la température doit être maintenue à une valeur qui dépend de la température de transition fragile-ductile du corium », explique Monique Sené, présidente du GSIEN (Groupement de scientifiques pour l'information sur l'énergie nucléaire), jointe par Futura-Sciences.

Température dans les réacteurs 1, 2 et 3 de la centrale de Fukushima depuis le 19 mars. On voit que la température est inférieure à 100 °C depuis début octobre. © tepCo, adaptation Futura-Sciences

Cette expression est donc bien justifiée si le réacteur est stoppé normalement. En revanche, en ce qui concerne un arrêt provoqué par un accident, comme à Fukushima, « l'expression est extrêmement imprécise », observe Monique Sené. Cependant, les autorités nippones parlent d'un maintien de la température sous les 100 °C, aux alentours de 70 °C. 

Toujours dans le cas d'un réacteur arrêté volontairement, « on effectue en général un arrêt à froid afin de retirer le combustible du réacteur, mais dans le cas de Fukushima, évidemment, cela n'est pas possible ». En effet, une partie du combustible s'est enfoncée à l'intérieur du radier (la plaque de béton sur laquelle le réacteur repose) et il n'est pas possible de l'en extraire. « Il faudra probablement une dizaine d'années avant de pouvoir s'en approcher et encore davantage pour sortir le corium » selon Monique Sené. 

Quarante ans pour le démantèlement

Ces propos vont dans le même sens que ceux tenus par le ministre de l'Environnement nippon qui a annoncé hier matin qu'il faudrait quarante ans pour démanteler la centrale de Fukushima et que l'extraction des combustibles des réacteurs 1 à 3 (les plus touchés) débutera dans une dizaine d'années pour une durée d'environ deux décennies. Selon le gouvernement japonais, le site de la centrale ne sera pas démantelé avant quarante ans.

Un temps extrêmement long qui s'explique entre autres par le fait qu'il faudra certainement faire appel à de nouvelles techniques pour cette situation inédite. L'utilisation de robots semble d'ailleurs inévitable. La preuve que cet accident dépasse largement tous les scénarios catastrophiques qui avaient été envisagés.

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