La COP28 a démarré aux Émirats arabes unis sous une pluie de critiques et de controverses. Cette nouvelle conférence sur le changement climatique sera l'occasion, pour la première fois de son histoire, de faire le bilan des actions et résultats de ces dernières années. Principal engagement voté ces dernières années, l'Accord de Paris, dont l'objectif était de limiter le réchauffement climatique à +1,5 °C comparé aux niveaux préindustriels. Cette limite à ne pas dépasser tient-elle toujours à l'heure actuelle ?

 


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    Malgré de grandes décisions, et beaucoup de communication, les actions ont été plutôt timides, pour ne pas dire faibles, depuis l'Accord de Paris de 2015. Il est déjà évident que le bilan qui sera fait lors de la COP28 sera plutôt sombre.

    Aucun des plus grands pays n'est sur la bonne trajectoire

    Fintech et Iceberg Data Lab ont calculé l'empreinte carbonecarbone des États souverains et leur alignement avec les Accords de Paris. Les conclusions sont éloquentes :  

    • « Aucun des 10 pays les plus gros émetteurs n'est sur la trajectoire des accords de Paris » ;
    • « Seulement 1/3 des pays de l'UE sont sur la trajectoire des accords de Paris » ;
    • « Les émissionsémissions des pays augmentent de +50 % en moyenne lorsque leur scope 3 est pris en compte »

    Le scope 3 rassemble toutes les autres émissions de gaz à effet de serre qui ne sont pas liées directement à la fabrication du produit, mais à d'autres étapes du cycle de vie du produit (transport, fin de vie etc).

    Le seuil du +1,5 °C va être atteint dans les prochaines années

    Contrairement aux estimations des modèles de prévision climatique, le seuil du +1,5 °C de réchauffement ne sera pas atteint en 2100, ni en 2050 ni en 2040, ni même peut-être en 2030. Il est désormais quasiment certain que ce seuil sera atteint dans les prochaines années, si ce n'est, dans les prochains mois.

    Il est désormais quasiment certain que ce seuil sera atteint dans les prochaines années, si ce n'est, dans les prochains mois

    La revue Nature précise que le niveau de réchauffement climatique dans le monde atteindra le +1,4 °C en 2023 (résultats définitifs une fois l'année terminée), frôlant déjà le +1,5 °C ! Dans ce contexte, il est évident que l'Accord de Paris n'aura plus une grande valeur une fois ce +1,5 °C atteint. La trajectoire actuelle du réchauffement nous amène désormais déjà sur un réchauffement global de +2,4 à +2,6 °C d'ici 2100, mais le rythme du réchauffement est peut-être encore sous-estimé.

    La hausse des températures prévue d'ici 2100 dans le monde : de +0,9 °C à +6,5 °C comparé à l'ère préindustrielle. © Iceberg Data Lab
    La hausse des températures prévue d'ici 2100 dans le monde : de +0,9 °C à +6,5 °C comparé à l'ère préindustrielle. © Iceberg Data Lab

    Mais si l'on veut ensuite maintenir ce réchauffement à +1,5 °C, sans le dépasser, cela nécessiterait une réduction de 8 % de nos émissions de gaz à effet de serre chaque année jusqu'à 2034 selon l'étude publiée dans Nature. Pour rappel, la pandémiepandémie mondiale de 2020, avait « seulement » fait baisser les émissions de 7 % en 2020.

    Les discussions s'orientent désormais vers les solutions une fois le seuil de 1,5 °C franchi

    Cette COP28 sonnera l'heure du bilan, et il va de soi qu'un bilan réaliste tirera des conclusions bien pessimistes des objectifs non atteints de l'Accord de Paris, et même de sa faisabilité. Aucune nation ne souhaite mettre ses activités à l'arrêt comme c'était le cas en 2020. Seule une transformation profonde de nos modes de vie, avec des décisions au plus haut niveau, de manière concertée à travers le monde, pourrait légitimer le fait de continuer à viser cet objectif de +1,5 °C.

    Sans de telles décisions à l'issue de la COP28, le seuil de l'Accord de Paris pourrait bien n'avoir aucune valeur. Comme le précise Nature, les discussions préparatoires à la COP28 se sont davantage orientées vers les décisions à prendre une fois le seuil franchi, et non plus sur les moyens pour ne pas le franchir.

    Plus encore, cette COP28 semble cette fois-ci se focaliser sur les alternatives technologiques possibles, comme les centrales de capture de carbone, partant du principe que le +1,5 °C de réchauffement sera de toute manière atteint et dépassé.