Les hippopotames de Pablo Escobar, une espèce invasive bien encombrante. © HERREPIXX, Adobe Stock

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Science décalée : les hippopotames de Pablo Escobar ont-ils provoqué une catastrophe écologique ?

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Les quatre hippopotames de l'ancien ranch du parrain de la drogue, qui se sont multipliés, sont aujourd'hui une centaine. Très agressifs, ils se baladent librement dans la nature et détruisent les berges des rivières tout en étouffant la vie aquatique avec leurs excréments. Mais pas si simple de s'en débarrasser, car ils attirent aussi la sympathie du public et même de certains scientifiques.

Pablo Escobar, le plus célèbre trafiquant de drogue au monde, est abattu par la police sur un toit de Medellìn lors d'une opération spéciale le 2 décembre 1993. À sa mort, les autorités colombiennes s'emparent de sa luxueuse propriété, l'Hacienda Nápoles, située à 150 km à l'est de Medellin. Le ranch de 20 km2 comporte notamment un immense zoo avec toutes sortes d'animaux des différents continents : girafes, autruches, éléphants, chameaux, antilopes rares, oiseaux exotiques et... quatre hippopotames venus d'Afrique que, semble-t-il, Pablo Escobar affectionnait tout particulièrement. La plupart des animaux sont alors éparpillés dans différents zoos, mais le cas des hippopotames divise. Il est finalement décidé de les laisser sur place dans une tentative de « réintroduction » d'animaux sauvages -- bien qu'il n'existe alors aucun hippopotame à l'état sauvage en Amérique du Sud.

L’ancienne propriété de Pablo Escobar, l’Hacienda Nápoles, a été transformée en parc d’attraction. © Paula Funnell, Flickr

Des hippopotames en augmentation exponentielle

Quelque 23 ans plus plus tard, les quatre hippopotames (trois femelles et un mâle) ont pris la poudre d'escampette et il s'en dénombre désormais entre 80 et 100, pataugeant dans les cours d'eau et les lacs aux alentours, selon un décompte de Jonathan Shurin, un écologiste de l'université de San Diego, qui a mené une étude sur ce sujet (publiée dans la revue Ecology).

D’ici quelques dizaines d’années, ils pourraient y en avoir plusieurs milliers

Et la population est en augmentation exponentielle : « D'ici quelques dizaines d'années, ils pourraient y en avoir plusieurs milliers », alerte le scientifique dans le National Geographic. Il faut dire que les animaux jouissent dans la région de conditions idylliques : les rivières méandreuses s'écoulent lentement et ne connaissent pas de sécheresse comme en Afrique. Ils disposent d'un véritable garde-manger avec les champs de céréales et les herbes grasses des pâturages des ranchs aux alentours, ne boudant pas de temps en temps sur une petite vache pour le goûter. De quoi doper leur sexualité.

Les déjections qui étouffent les espèces aquatiques

Outre le danger évident pour les populations (en Afrique, l'hippopotame est l'animal sauvage qui provoque le plus de décès), les hippopotames ont un impact catastrophique sur l’écosystème. Avec leurs excréments, ces mastodontes ont notoirement augmenté la quantité de nutriments dans plusieurs lacs, contribuant à la prolifération d’algues et de bactéries toxiques qui étouffent les espèces aquatiques endémiques. Du fait de leur taille, ils détruisent les rives des cours d'eau, affectant leur circulation.

De quatre hippopotames en 1993, la population d’hippopotames est passée à une centaine en 2020. © FICG.mx, Flickr

D'autres scientifiques suggèrent pourtant que les hippopotames peuvent avoir un rôle bénéfique pour l'écosytème. Deux biologistes danois ont ainsi publié en 2017 une étude arguant que les hippopotames d'Escobar pourraient venir remplir une niche laissée vacante par la disparition des méga-herbivores en Amérique du Sud (qui date tout de même... du Pléistocène). Les poissons morts par anoxie, qui s'accumulent le long des rivières, pourrait en outre servir de nourriture aux charognards. Les hippopotames pourraient également être utiles aux plantes en dispersant les graines, suggère de son côté Jonathan Shurin. Les animaux ont aussi leurs fans et constituent un juteux attrape-touristes : l'Hacienda accueillerait plus de 50.000 curieux chaque année.

Avec leurs déjections, les hippopotames asphyxient les rivières. © vaclav, Adobe Stock

Euthanasie, capture, exode ou stérilisation ?

En attendant, les hippopotames continuent de se reproduire comme des lapins, ce qui n'est pas du goût des habitants à proximité. « Les hippopotames sont très territoriaux et très agressifs, explique à la BBC Carlos Valderrama, de la fondation WebConserva qui lutte pour la conservation des écosystèmes. Ce n'est pas un animal apprivoisé. Le risque pour les populations locales de les laisser se promener est énorme ».

Le gouvernement a un temps envisagé de les euthanasier. Mais, en 2009, la mort d'un des hippopotames, abattu sur ordre des autorités, a soulevé l'indignation à tel point que le gouvernement a dû faire machine arrière. Il a alors envisagé de les stériliser ou de les capturer pour les envoyer dans un zoo. Deux bébés ont ainsi été transférés dans un zoo colombien, mais le transport des adultes, qui pèsent près de 2 tonnes, est très coûteux et il y a peu de volontaires pour les approcher et procéder à la castration. Impossible non plus de les renvoyer en Afrique, où ils pourraient amener des maladies. « Peut-être qu'on pourrait les cuire au barbecue et les manger », plaisante en désespoir de cause Patricio von Hildebrand, un biologiste qui travaille dans la région de l'Amazonie.

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