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Dossier - Archéologie : Il y a 4000 ans dans les Andes
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Au Pérou sur un site archéologique, nous pouvons découvrir des caractères géographiques de développements historiques, singuliers, qui en font un exemple pertinent du concept de frontière, et l'étude des relations entre systèmes environnementaux.

  
DossiersArchéologie : Il y a 4000 ans dans les Andes
 

L'apport des recherches en anthropologie préhistorique et historique aux questions relevant du développement des sociétés humaines se situe sur plusieurs plans complémentaires.

Tout d'abord, l'analyse, dans la durée, des modes d'interactions entre sociétés et milieux permet de s'interroger sur les rythmes auxquels ont évolué les systèmes socioculturels et d'apprécier les réussites et échecs des adaptations passées. Elle renseigne également sur une éventuelle permanence des contraintes naturelles, au-delà des mutations écologiques, économiques et idéologiques intervenues au fil des siècles et permet d'évaluer quel fut l'impact des évolutions et évènements climatiques sur l'évolution des sociétés. Ces capacités d'analyse reposent sur la singularité des données archéologiques et sur le caractère achevé des évolutions observées sur le temps long, qui leur confère valeur d'exemples, interprétables en termes plus généraux d'adaptation et d'évolution.

Par ailleurs, la gestion durable des milieux tropicaux, façonnés par l'homme depuis des millénaires, implique une bonne connaissance des modes d'occupation et d'exploitation traditionnels, des démarches logiques (individuelles et collectives) qui les ont supportés, ainsi que de leurs impacts sur les environnements contemporains. L'intégration, relativement récente, du concept de durabilité aux problématiques du développement renforce tout particulièrement l'intérêt des approches sur le temps long et de l'étude des sociétés humaines établies dans les milieux tropicaux avant les contacts européens.

L'archéologie s'inscrit également dans la thématique des représentations et des identités, qui jouent un rôle important dans les processus de développement. Elle est ainsi, plus ou moins pertinemment, utilisée pour justifier des revendications sociales ou territoriales, où cherche à s'appliquer un principe d'antériorité ou de spécificité culturelle. Elle répond, enfin, à une demande forte émanant des populations des pays du Sud, pour qui la notion de patrimoine occupe une place croissante, parfois amplifiée par les retombées économiques induites (tourisme, médias, marché de l'art...). Plus généralement, et indépendamment de leur valeur scientifique réelle, les reconstitutions du passé génèrent une certaine profondeur de champ culturelle et revalorisent des modes de vie non occidentalisés. Elles s'inscrivent, en cela, dans la dynamique des rapports de force et des enjeux de pouvoir entre les sociétés du Nord et du Sud.

Dépôt d'offrandes céramiques. Cerro Ñañañique.- © J. Guffroy IRD

La reconstitution des organisations sociales anciennes et de leurs évolutions est par ailleurs fortement déterminée par la nature et la diversité des témoins disponibles. Elle passe également par le filtre de notre perception des phénomènes sociaux, interprétés et extrapolés selon des modèles fournis par des sociétés vivant dans des milieux comparables. Cette approche oblige à questionner en permanence la validité des extrapolations entre culture matérielle et organisation des sociétés. Ce point s'avère particulièrement crucial lorsqu'il s'agit de mettre en évidence les fractures sociales, importantes pour la caractérisation des interactions. Pour répondre à ces limitations, il nous semble nécessaire de multiplier les échelles d'observation, aussi bien spatiales que temporelles. L'ambition générale est d'analyser les processus et mécanismes qui ont permis l'émergence de sociétés stables et complexes, mais également les causes des ruptures et évolutions qu'ont connues, à d'autres époques, ces mêmes milieux.