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Conclusions provisoires

Dossier - Archéologie : Il y a 4000 ans dans les Andes
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Au Pérou sur un site archéologique, nous pouvons découvrir des caractères géographiques de développements historiques, singuliers, qui en font un exemple pertinent du concept de frontière, et l'étude des relations entre systèmes environnementaux.

  
DossiersArchéologie : Il y a 4000 ans dans les Andes
 

Il ressort de ces données que l'historique des occupations précolombiennes de cette région de basses Andes semble contredire, en majeure partie, sa caractérisation comme une barrière naturelle, difficilement franchissable, affectée d'un sous-développement, économique et culturel, chronique. Sa position intermédiaire, propice aux échanges, paraît avoir joué un rôle important à plusieurs moments de la préhistoire, dont la période Formative. L'isolement socioculturel d'une partie de cette région semble être apparu relativement tardivement, (postérieurement au VIII ème siècle AD), sous l'effet de l'arrivée de nouvelles populations, de probable origine amazonienne. Il a été clairement renforcé par les divisions administratives postérieures.

Détail de l'intérieur d'une pièce de collier en turquoise décorée de figures d'oiseaux. Santa Ana-La Florida Equateur - © Francisco Valdez IRD

Parler de frontière en l'absence de données linguistiques ou sociopolitiques fiables constitue un exercice à haut risque. Or, dans notre cas d'étude, et en ce qui concerne plus généralement les situations « préhistoriques », le premier registre est définitivement perdu, alors que le second ne peut-être restitué qu'au moyen d'analyses complexes, pour lesquelles les vestiges sont encore le plus souvent trop rares ou trop peu explicites. Prôner dans ces conditions l'existence de frontières anthropogéographiques, aux caractères et effets plus ou moins figés, constitue, à notre avis, une facilité de réflexion, qui reproduit trop souvent les idées préconçues, héritées des géographes des siècles derniers et des conditions de développement modernes. Attribuer un caractère systématiquement défavorable à certaines contraintes écologiques ne permet pas la prise en compte des évolutions susceptibles d'être intervenues sur le temps long, ni du caractère singulier des adaptations humaines. L'analyse des potentialités des environnements, et de leurs capacités en terme de ressources, ne peut constituer un exercice objectif intemporel, et doit être effectuée au regard des états de développement et des organisations sociales de chaque époque.

Petits masques en pierre. Santa Ana-La Florida Equateur - © Francisco Valdez IRD

L'étude conceptuelle des modes de fonctionnement de ces régions intermédiaires ou périphériques reste également pour l'essentiel à réaliser. Les données présentées dans ce texte témoignent, en tout cas, d'une complexité de situation qui s'accommode mal de la vision simpliste d'une zone tampon, déterminée par des conditions écologiques. La question de l'influence des caractéristiques environnementales sur le peuplement et son évolution semble admettre des réponses diverses. Les contraintes géographiques sont peu opérantes dans les périodes où s'exercent des phénomènes sociaux qui transcendent l'espace et ses contingences, mais elles peuvent être déterminantes dans les périodes de repli, lorsque les forces sociales les utilisent à leur profit, et qu'elles justifient la singularité culturelle. Entre ces deux tendances extrêmes, clairement présentes dans les Andes, le rapport au milieu naturel peut revêtir des formes variées. Les limites frontalières sont l'affaire quotidienne des hommes, de leurs pouvoirs et de leurs idéaux, fruits d'interactions où l'élément écologique joue un rôle important mais pas toujours essentiel.

Il convient également de noter que plusieurs des situations et modalités de développement précédemment décrites, semblent être comparables, sous des formes bien évidemment spécifiques, à des développements historiques recensés dans d'autres régions du monde. Ainsi, plusieurs des caractères susceptibles d'expliquer l'implantation et la croissance du centre civico-cérémoniel de Cerro Ñañañique rappellent la situation observée, en Europe, à partir du XVème siècle BC, à la fin de l'âge du Bronze. Le développement, à cette époque, des principautés celtiques paraît en effet résulter de leur position intermédiaire entre le monde méditerranéen et l'aire baltique, source de matières premières recherchées. On observe également, dans cette région du globe, des évolutions postérieures diverses, témoignant de la relative fragilité de ces systèmes, dépendants d'éventuels changements de voies de communication, mais aussi des évolutions sociales affectant l'un ou l'autre des termes de l'échange. Des situations semblables ont existé dans d'autres régions du monde, telles les zones sahéliennes d'Afrique et du Moyen-Orient.