Et si finalement l’Homme n’avait pas été bâti comme les singes d’Afrique ? © adrenalinapura, Fotolia

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Un fossile rare datant de 10 millions d’années éclaire l’évolution de l’Homme

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Pendant 10 millions d'années, un singe fossilisé a attendu près de Rudabánya (Hongrie) que des anthropologues l'étudient. Et ce que ces derniers concluent d'une analyse de son bassin, c'est que la bipédie humaine pourrait avoir des origines plus profondes qu'ils le pensaient jusqu'alors.

Rudapithecus. C'est le nom que les chercheurs ont donné à un grand singe qui vivait en Europe au Miocène supérieur, il y a environ 10 millions d'années. Et aujourd'hui, une étude réalisée sur des restes fossilisés d'un spécimen de ce signe offre aux scientifiques une nouvelle perspective sur l'apparition de la bipédie chez l'Homme.

Rappelons que des travaux d'anthropologues de l'université de Toronto (Canada) sur les os des membres, les mâchoires et les dents de Rudapithecus avaient déjà montré qu'il appartenait à la fois à la famille des humains et à celle des singes d'Afrique. Une information en elle-même déjà étonnante compte tenu de l'endroit dans lequel les restes fossilisés ont été découverts : à Rudabánya, en Hongrie.

Mais c'est lorsque les chercheurs de l'université du Missouri (États-Unis) ont découvert, puis analysé un bassin de Rudapithecus -- un os rarement préservé dans le temps -- qu'ils ont eu la plus grande surprise. Les singes d'Afrique modernes présentent un bassin long et un bas du dos étroit. L'une des raisons pour lesquelles ils marchent généralement à quatre pattes. Les Hommes, en revanche, jouissent d'un bas du dos plus long et plus souple qui leur permet de se tenir debout et de marcher sur deux jambes.

Le bassin est l’un des os les plus informatifs du squelette — il donne notamment des informations sur la posture et les techniques de déplacement —, mais aussi l’un des moins préservés à travers le temps. Ici, un bassin de Rudapithecus au centre, de macaque à gauche et d’orang-outan à droite. © Université du Missouri

Où l’Homme et le singe d’Afrique s'éloignent

Le bassin de Rudapithecus trouvé à Rudabánya n'étant pas complet, les chercheurs se sont appuyés sur des techniques de modélisation 3D pour extrapoler sa forme et la comparer à celle de singes modernes. « Le bassin de Rudapithecus est bien différent de celui des singes d'Afrique. Même s'il devait se déplacer dans les arbres de branches en branches comme eux, une fois à terre, il est probable qu'il avait adopté la bipédie », déclare Carol Ward, chercheur à l'université du Missouri.

Ainsi, peut-être qu'au lieu de nous demander pourquoi nos ancêtres ont abandonné la marche à quatre pattes pour la bipédie, devrions-nous plutôt nous demander pourquoi nos ancêtres n'ont pas abandonné la bipédie pour la marche à quatre pattes. Car, selon Carol Ward, pour que « les humains évoluent à partir d'un corps en forme de singe africain, des changements substantiels pour allonger le bas du dos et raccourcir le bassin sont nécessaires. Pour que les humains évoluent d'un ancêtre plus proche de Rudapithecus, cette transition est beaucoup plus simple. »

Des ancêtres morphologiquement différents des singes d’Afrique

L'équipe espère désormais modéliser d'autres parties du corps fossilisé de Rudapithecus afin d'en apprendre un peu plus sur sa façon de se déplacer. Et peut-être soutenir l'idée -- déjà suggérée par d'autres preuves -- que nos ancêtres pourraient avoir été bâtis différemment des singes d’Afrique modernes.

Pour en savoir plus

Homo erectus marchait comme nous il y a 1,5 million d'années

Les empreintes de pas des ancêtres de l'Homme moderne sont rares. Elles sont pourtant précieuses pour tenter de mieux comprendre leur anatomie et, peut-être, leurs comportements sociaux. De telles traces, attribuées à Homo erectus, ont été découvertes au Kenya. Elles sont parfois indiscernables de celles d'Homo sapiens et laissent penser que les individus coopéraient déjà en groupe.

Article de Laurent Sacco paru le 15/07/2016

Des empreintes attribuées à Homo erectus ont été trouvées au nord du Kenya et non loin des berges est du lac Turkana. On voit ici l'une d'entre elles. © Kevin Hatala

L'origine de la bipédie chez l'Homme est une question assez complexe. On ne sait pas vraiment quand ni pourquoi elle est apparue chez les hominines, même si l'on peut donner de bons arguments issus de l'anatomie pour estimer à quel point telle espèce était capable d'avoir ce mode de locomotion. Il y a toutefois des débats entre spécialistes, notamment pour déterminer si l'on est en présence d'une bipédie occasionnelle ou pas et, dans cette dernière hypothèse, si elle était vraiment proche ou non de celle de l'Homme moderne.

Pour essayer d'y voir plus clair, on peut espérer tirer des informations relevant de la biomécanique de la marche à partir de traces de pas enregistrées par des sols qui se sont transformés en roche, parfois depuis plus d'un million d'années.

Parmi les traces de pas les plus célèbres, il y a bien sûr celles de Laetoli, découvertes en Tanzanie en 1978 et qui sont datées d'environ 3,5 millions d'années. Leurs caractéristiques, bien que montrant une locomotion de bipède, ne sont pas celles d'un membre du genre Homo et on pense qu'elles ont été laissées par un australopithèque. Elles ne permettent pas de savoir si cette locomotion était exceptionnelle ni si elle se faisait sur une courte distance ou non.

Une reconstitution de la tête d'Homo erectus, présentée au Muséum d'histoire naturelle de Washington. © John Gurche

Des empreintes d'individus bipèdes

En 2009, d'autres traces de pas fossilisées ont été découvertes, au Kenya cette fois-ci, visiblement attribuables à des hominines faisant partie du genre Homo. Elles sont âgées de 1,5 million d'années, d'après la datation des couches sédimentaires où elles ont été trouvées, sur le site de Rutgers' Koobi Fora Field, près d'Ileret.

Pour les paléontologues, ce fut de nouveau une découverte heureuse car les restes fossilisés des pieds humains sont assez rares : les os du pied sont petits et donc facilement avalés par les prédateurs. Comme il n'est pas facile non plus de déduire les caractéristiques des parties molles entourant ces os, ces empreintes permettent d'y voir plus clair quant aux êtres qui les ont laissées.

Ainsi, alors que les traces de pas retrouvées à Laetoli montraient un gros orteil écarté des autres, ce qui est le propre des primates essentiellement arboricoles, celles du Kenya montraient des empreintes de pieds où les orteils sont parallèles. Cela indique, sans doutes possibles, qu'elles ont été laissées par des hominines pratiquant une locomotion fondamentalement bipède et que l'on pense être des Homo erectus.

Une comparaison entre un pieds d'Homo sapiens de nos jours avec une empreinte laissée au Kenya par Homo erectus il y a 1,5 million d'années ne permet pas de trouver de différences entre les pieds des deux hominines. © Kevin Hatala

97 empreintes laissées par au moins 20 Homo erectus

Les recherches ont continué autour d'Ileret et une équipe internationale de paléontologues vient de publier à ce sujet un article dans Nature où elle annonce la découverte de 97 empreintes laissées par au moins 20 individus appartenant probablement tous à l'espèce Homo erectus, sur cinq sites différents. Les analyses ont montré qu'au moins un de ces individus a laissé des traces indiscernables de celles qu'aurait laissé un Homo sapiens pieds nus. On peut raisonnablement en déduire qu'Homo erectus disposait de pieds dont l'anatomie et le fonctionnement étaient très similaires à ceux de l'Homme moderne.

Les chercheurs semblent également parvenus à tirer des informations concernant l'éthologie des Homo erectus. Les caractéristiques des traces retrouvées permettent de penser que l'on était parfois en présence d'adultes de sexe masculin se déplaçant en groupe. Cela suggère qu'ils étaient capables de coopérer, ce qui est un comportement à la base de ceux séparant Homo sapiens des autres primates.

C'est la première fois que l'on trouve des indices en ce sens chez des Homo erectus dans un temps aussi reculé que 1,5 million d'années.

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